Murmures

Le Monde – Entretien avec l’écrivain Haïtien Lyonel Trouillot
janvier 2011 | Faits de société | Littérature / édition | Haïti

Français

Selon Grégoire Allix du Monde « Un champ de ruines, des camps de tentes et des bidonvilles : un an après le séisme qui a dévasté Port-au-Prince et sa région, le 12 janvier 2010, la reconstruction de la capitale haïtienne est au point mort. A peine 5 % des décombres ont été dégagés, moins d’un milliard de dollars ont été versés par la communauté internationale sur les 10 milliards (7,75 milliards d’euros) promis, et pas un édifice n’a été rebâti.
Pire : une épidémie de choléra endeuille le pays, accompagnée d’une virulente polémique sur son origine, qui pourrait être liée à la présence de casques bleus népalais ; et l’élection présidentielle censée désigner un successeur au président René Préval a été ajournée en raison d’accusations de fraudes qui ont débouché sur une grave crise politique. »

Grégoire Allix Le MondeUn an après le séisme, peut-on dire que la reconstruction a commencé ?

Lyonel Trouillot – La reconstruction ? De quoi ? Par qui ? Avec quoi ? En fonction de quelle vision globale des besoins de la société ? Il n’y a qu’à voir le Palais national, encore dans l’état où l’a laissé le séisme. Non, on ne peut pas parler de reconstruction. Ni sur le plan symbolique. Ni sur le plan matériel. Promesses non tenues des uns (du côté de la communauté internationale), incompétence et insouciance des autres (du côté des responsables politiques haïtiens).
Ajoutez à cela le manque de coordination et l’incapacité ou le refus de faire appel aux capacités haïtiennes, d’impliquer les Haïtiens en tant que sujets dans les projets de reconstruction de leur pays, il y a très peu de fait.

G.A – Haïti était, avant le séisme, un pays profondément inégalitaire. La reconstruction peut-elle s’attaquer à cet enjeu ?

L.T – La reconstruction ne peut se concevoir sans la transformation des structures sociales haïtiennes. C’est ce que nombre de citoyens haïtiens clament depuis un an : un système scolaire républicain ; des services publics pour l’ensemble des citoyens ; le respect des différentes composantes culturelles de l’haïtianité (non pas prise comme enfermement mais comme enrichissement permanent) et le respect de la culture populaire ; des institutions démocratiques non inféodées à l’exécutif.

G.A – Haïti était, avant le séisme, un pays profondément inégalitaire. La reconstruction peut-elle s’attaquer à cet enjeu ?

L.T – La reconstruction ne peut se concevoir sans la transformation des structures sociales haïtiennes. C’est ce que nombre de citoyens haïtiens clament depuis un an : un système scolaire républicain ; des services publics pour l’ensemble des citoyens ; le respect des différentes composantes culturelles de l’haïtianité (non pas prise comme enfermement mais comme enrichissement permanent) et le respect de la culture populaire ; des institutions démocratiques non inféodées à l’exécutif.

G.A – Considérez-vous que les Haïtiens ne sont pas suffisamment associés à la reconstruction ?

L.T – Que les Haïtiens ne soient pas écoutés, c’est une évidence. Les organisations non gouvernementales, pour ne nommer qu’elles, fonctionnent, pour la plupart, selon leurs propres évaluations des besoins, développent seules leurs stratégies, leurs agendas…
Sur le plan politique, l’ensemble de la société haïtienne avait prédit que l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 tournerait à la catastrophe, avec un Conseil électoral inféodé à l’exécutif, la machine de l’Etat mise au service de la plate-forme dirigée par le président sortant.

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Extraits d’un entretien de Grégoire Allix avec Lyonel Trouillot paru dans Le Monde du 9 et 10 janvier.
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