Murmures

Haroun Mahamat Saleh à propos du Fespaco « Découvre-t-on quelque chose de nouveau, un film intéressant, une nouvelle voix, une nouvelle musique ? »
mars 2011 | Divers | Cinéma/TV | Burkina Faso
Source : RFI

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A la 22e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), le film de Haroun Mahamat Saleh brigue l’Etalon d’or de Yennenga. Mais le réalisateur tchadien fait entendre son mécontentement concernant le plus grand festival de cinéma africain. Le Prix du Jury au Festival de Cannes pour son dernier long métrage Un homme qui crie, Haroun Mahamat Saleh, 50 ans, a également contribué à la réouverture de la dernière salle de cinéma couverte de Ndjaména : Le Normandie. Voir notre article : [L’inauguration du Normandie à Ndjaména : quand l’international pousse le local]

Frédéric Garat
, envoyé spécial au Burkina Faso d’RFI questionne Haroun sur ses attentes du prix de l’Etalon d’or.

Haroun : « Je suis satisfait déjà d’avoir eu le prix à Cannes, et je vous avoue que maintenant, l’Etalon d’or n’a pas – comment dire ? – une valeur extraordinaire pour moi, parce que quand vous voyez l’histoire des Etalons, il y a depuis quelques années, pas mal de films qui sont vraiment ce que les Cahiers du cinéma (revue française spécialisée dans le cinéma) appellent de grands téléfilms, souvent des films d’ailleurs ignorés sur le plan international, qui ne sortent pas, qui ne sont pas vendus, comme quoi ils ne parlent pas au monde, et que la valeur intrinsèque, me semble-t-il, de l’Etalon de Yennenga a perdu de sa superbe. Ce n’est pas de la prétention, mais je vous avoue que je commence à être très, très déçu par le Fespaco. […]
Il n’y a pas d’exigence dans la sélection. C’est le seul festival qui ne va pas chercher les films, il faut lui envoyer les films. Donc il n’y a pas un désir de chercher ce qui se fait. Et du coup, on attend tranquillement, en bon fonctionnaire, qu’on nous envoie les films, et à partir de ce moment-là on les sélectionne. »

Frédéric Garat : Ce que vous dites, apporte encore plus de relief à la thématique de ce festival cette année, qui est Cinéma africain et marché. Pour qu’il y ait un marché, il faut qu’il y ait des produits et des acheteurs. Est-ce que les produits sont bons ? Et est-ce que les acheteurs sont présents ?

Haroun : « Non, nous ne sommes pas compétitifs en fait. Ce n’est pas parce qu’il y a deux ou trois films sur le plan international qu’il faut se dire qu’on est dans le marché. L’Afrique n’existe pas comme marché, parce que tout simplement, elle n’achète pas et elle n’a rien à vendre au monde. Il y a juste deux ou trois auteurs qui arrivent à vendre leurs films. Mais cela ne fait pas une forêt. […]
Le plus terrible aujourd’hui au Fespaco, c’est que tout le monde – vous journalistes, nous cinéastes – devrait se poser la question de savoir pour quelle raison on vient au Fespaco. Découvre-t-on quelque chose de nouveau, un film intéressant, une nouvelle voix, une nouvelle musique ? Non. Presque tout ce qui est intéressant, il est découvert par d’autres festivals, parce que les autres festivals sont à la recherche. Ils veulent savoir qui a un film. Ils regardent les films, ils sont en train de labourer le terrain. Ici, personne ne laboure rien, à l’image de ces jeunes que l’on voit assis sur des bancs buvant du thé à longueur de journée, etc. Comme ça, on va vers la mort. Moi, je ne veux pas mourir. Je veux continuer à faire des films pour l’Afrique que j’aime, pour l’Afrique qui est debout, pour l’Afrique qui est digne. »

Extraits des propos recueillis par Frédéric Garat à Ouagadougou, paru sur RFI le 3 mars 2011.

Lire l’intégralité sur : [rfi]
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