Murmures

Appel à propositions : Colloque L’Afrique francophone dans le jeu littéraire mondial
mars 2011 | Appels à contributions / candidatures | Littérature / édition | France

Français

L’Afrique francophone dans le jeu littéraire mondial

« Modalités et enjeux des stratégies de la norme et de l’écart »

Colloque international, Dijon, 19-21 octobre 2011


Les efforts des approches du décloisonnement que sont la littérature-monde, le postcolonialisme ou encore l’histoire globale visent à reconfigurer en profondeur le champ mondial du savoir. Il s’agit, pour elles, d’ouvrir une nouvelle ère des mesures du monde, une ère qui se caractériserait notamment par une volonté de décloisonner les épistémologies et les méthodologies et de décentrer les positions discursives. Dans cette perspective, la prétention de l’Occident à détenir le discours universel est dénoncée et une place centrale est accordée aux savoirs, naguère dédaignés, des anciennes colonies.
Cette tentative de reconfiguration du champ mondial du savoir, parce qu’elle est de nature à bouleverser les représentations du monde et les rapports de force, mérite une étude globale à même d’en interroger les modalités et les enjeux. Ce colloque voudrait préparer une telle étude en se focalisant, d’abord, sur la manière dont l’Afrique francophone intervient dans le jeu littéraire mondial.
L’Afrique, en tant qu’objet et sujet de discours, occupe, en effet, dans le champ littéraire mondial, une place de plus en plus affirmée. En attestent les prix littéraires qui couronnent les auteurs africains ou encore la manière dont l’Afrique et les Africains sont au cœur de la littérature-monde et plus largement de la pensée postcoloniale. Or, d’une part, ce continent a longtemps été considéré comme un objet d’écriture peu noble et, d’autre part, la fonction auctoriale n’a pas toujours été reconnue aux Africains. Dès lors, l’étude des stratégies à travers lesquelles, l’Afrique est passée, en l’espace d’un siècle, du statut d’un continent « hors littérature » à celui d’un continent en position de dire ce que doit être la littérature constitue une entrée intéressante à une interrogation plus globale des bouleversements actuels du champ mondial du savoir.

Ce colloque entend ainsi revenir sur les usages de l’Afrique francophone dans ce qu’il convient d’appeler le jeu littéraire mondial. Il s’agit, en substance, de tenir compte du fait que « la pratique de la littérature – même et surtout en Afrique – ne consiste pas seulement à créer des œuvres. Elle consiste aussi à occuper, tel un militaire, des positions qui font que cette littérature peut être lue, ou des positions à partir desquelles les œuvres lues acquièrent une valeur, ou esthétique, ou sociologique, ou même épistémologique (1) ». En effet, comme le montrent les travaux sur la notion de champ littéraire (2), la valeur d’un texte se mesure à l’aune de la tradition littéraire. Or cette tradition, bien qu’elle se présente comme une vérité dont la légitimité ne peut être mise en doute, est toute conventionnelle. Il s’agit, somme toute, d’un code partagé par une élite et imposé à l’ensemble de la société comme étant la norme. Pascal Casanova démontre qu’au niveau mondial, la tradition littéraire est détenue par Paris et qu’un auteur qui souhaite devenir visible se doit de savoir savamment doser les stratégies de l’assimilation et de la dissimilation. La première consiste à intégrer la norme parisienne, à fondre son texte dans la littérature française. La seconde repose sur l’affirmation de la différence, sur la pratique de l’écart. Chacune de ces stratégies a ses avantages et inconvénients. La première confère, d’emblée, au texte une aura de noblesse mais risque de le noyer dans la masse d’une littérature française abondante. La seconde permet au texte de se distinguer rapidement mais risque de le marquer du stigmate de la périphérie, d’en faire un texte secondaire que la tradition littéraire ne saurait consacrer. On voit donc la nécessité qu’il y a à maîtriser le jeu littéraire, à savoir se placer à bonne distance de la norme et de l’écart.

L’Afrique, parce qu’elle passe pour être l’exemple même de la différence, est ainsi, d’une part, l’un des réservoirs les plus représentatifs de la stratégie de l’écart et présente, d’autre part, un risque proportionnellement accru de disqualification du point de vue de la tradition littéraire. C’est la raison pour laquelle, il semble pertinent de revenir sur les usages – conscients comme inconscients – que le jeu littéraire a de ce continent depuis la littérature exotique jusqu’à la littérature dite postcoloniale en passant par les littératures coloniale, négro-africaine, française, etc. Il semble par ailleurs que cette interrogation ne saurait être complète si elle ne prenait en compte, non seulement la manière dont ces usages informent les luttes de positionnement des textes, mais également les lectures qu’on en a et par prolongement les représentations de l’Afrique et du monde.

Axes possibles de réflexion :


Dans quelle mesure les différents acteurs (auteurs, critiques, lecteurs, éditeurs, universités et autres instances de consécration, etc.) ont-ils conscience du jeu littéraire et en maîtrisent-ils les règles ? Comment interpréter le fait qu’ils jouent – consciemment ou inconsciemment – le jeu ? Quel crédit accorder aux discours que ces acteurs tiennent sur leurs pratiques ? Dans quelle mesure ce discours participe-t-il du jeu littéraire et informe-t-il la réception des textes ?

Quels sont les motifs africains les plus porteurs dans la recherche de la bonne distance entre la norme et l’écart ? Quels en sont les usages privilégiés ? Par quels processus, des motifs qui participent, d’abord, de l’écart parviennent-ils à s’ennoblir au point de finir par participer de la norme aussi bien au niveau du champ littéraire africain qu’au niveau du champ mondial ? La littérature-monde, par exemple, entend ériger la nouvelle tradition littéraire, en partie, à partir des motifs de la littérature africaine.

Si l’on considère que l’Afrique tend, aujourd’hui, à dicter la norme, quels sont les autres lieux qui prétendent à la norme, où sont les nouveaux lieux de la production de l’écart ? En Afrique même dans des usages inédits de motifs traditionnels comme ceux de l’oralité, de la tradition, de la solidarité, dans l’exploration d’espaces délaissés par le discours consacré (littérature populaire, stratégies concurrentielles entre auteurs établis en Afrique et auteurs de la diaspora, etc.) ; dans des nations aujourd’hui encore à très faible capital littéraire, dans la résistance opposée par les anciens centres littéraires, etc. ?

Cette nouvelle configuration qui tend à placer l’Afrique du côté de la norme entraîne-t-elle une rupture dans les représentations de ce continent ? Est-elle, par exemple, de nature à déconstruire le paradigme de l’altérité à travers lequel les textes sur l’Afrique sont, le plus souvent, lus ? Dans quelle mesure le concept de littérature-monde, les études postcoloniales renouvellent-elles le discours sur l’Afrique ?

Dans quelle mesure la prise en compte de la notion de jeu littéraire autorise-t-elle une relecture des textes, y compris des textes exotiques et coloniaux ? Permet-elle, par exemple, de mieux prendre conscience du décalage qui peut exister entre le discours que les auteurs tiennent sur leur travail littéraire et la pratique effective qui est la leur ?

Cette liste de pistes n’est, bien entendu, pas exhaustive.

Détails pratiques


Organisateurs :

Jacques Poirier, professeur de littérature française à l’Université de Bourgogne, pour le Centre pluridisciplinaire textes et cultures. Contact : [email protected]
Abdoulaye Imorou, docteur de l’Université de Cergy-Pontoise, pour l’association Autour de l’Afrique. Contact : [email protected]

Avec la collaboration du CEPA (Collectif Ensemble pour l’Afrique) et de l’ABEA (Association bourguignonne des étudiants africains).

Dates et lieu :
Du 19 au 21 octobre 2011 à l’Université de Bourgogne, Dijon

Date limite
Les propositions (titre provisoire accompagné d’un résumé d’une dizaine de lignes) sont à envoyer avant le 20 mai 2011 aux deux organisateurs.

Le colloque prend en charge les frais d’hôtellerie et de restauration mais ne peut, sauf exceptions, s’engager en ce qui concerne les frais de transport.

1. Romuald Fonkoua, « L’Afrique en khâgne : Contribution à une étude des stratégies senghoriennes du discours dans le champ littéraire francophone », Présence Africaine, n° 154, 1996, p. 130-175.
2. Voir, entre autres, Pascale Casanova, La république mondiale des lettres, [1999], Paris, Seuil, coll. « Points. Essais », 2008 ; Bernard Mouralis, Les contre-littératures, Paris, PUF, 1975 ; David N’Goran, Le champ littéraire africain : Essai pour une théorie, Paris, L’harmattan, 2009.
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