Murmures

La littérature camerounaise en anglais (1)
juillet 2012 | Divers | Littérature / édition | Cameroun
Source : Presse

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« La littérature camerounaise d’expression anglaise: heurs et malheurs d’un champ culturel en constitution », par Pierre Fandio
Pierre Fandio, professeur de littérature à l’université de Buea (Sud Ouest, Cameroun) publie un très intéressant article dans le Journal du Cameroun. L’universitaire revient sur l’histoire de la littérature camerounaise d’expression anglaise, un thème qui lui est cher et qu’il s’est attaché à approfondir dans de nombreuses publications.

Pour Pierre Fandio, la littérature camerounaise en anglais est née en exil, avec la publication de la pièce I Am Vindicated de Sankie Maimo, publiée chez Ibadan University Press en 1959 au Nigeria.

Cependant, remarque Pierre Fandio, « les premiers textes de la littérature camerounaise d’expression anglaise ne semblent point briller par leur encrage dans les préoccupations des populations qui les ont suscités : alors que René Philombe, Mongo Beti ou Daniel Ewandé connaissent la prison ou l’exil parce que leurs écrits heurtent de front le pouvoir de Yaoundé au lendemain de l’indépendance, alors que les accords de Foumban qui créent deux Républiques Fédérées du Cameroun et garantissent les libertés fondamentales aux citoyens des deux territoires sont mis hors-jeu par une série d’ordonnances et de lois d’exception anticonstitutionnelles (1961, 1963, 1966, etc.), alors que le régime du président Ahidjo exclue systématiquement l’héritage britannique pourtant déclaré officiellement comme faisant partie intégrante du patrimoine national de la vie publique, alors que sous prétexte de « pacification » du pays, la soldatesque du même Ahidjo, « assistée » par l’armée française, assassine à tour de bras les patriotes camerounais (plus de 400 000 morts dans les seuls Mungo, la Sanaga Maritime ou l’Ouest), bref, pendant que « Rome brûle », nombre de créateurs de la minorité anglophone semblent chanter, comme la cigale de la fable ».

C’est donc à l’étranger, mais aussi à Yaoundé, que la littérature camerounaise anglophone prend réellement son essor : « en dehors du nombre jamais atteint de lettrés en la langue de Shakespeare que connaît le Cameroun, la revue Abbia publiée par la Faculté des Arts, Lettres et Sciences humaines de l’Université Fédérale du Cameroun, aura permis à de nombreux Camerounais autant d’expression française que d’expression anglaise, de faire leurs premières armes, soit comme critiques, soit comme créateurs ou les deux à la fois, sous la direction clairvoyante de Bernard Fonlon. Nombre des ex-collaborateurs de Abbia sont d’ailleurs aujourd’hui des références incontestées de la critique littéraire camerounaise: Ambroise Kom, Nalova Lyonga, Bole Butake, etc. En effet, ce féru des lettres anglaises et françaises, et passionné de la littérature camerounaise originaire de l’ex-Cameroun Occidental et qui manie avec une aisance exceptionnelle la langue de la reine d’Angleterre et celle de Molière, a dirigé pendant 20 ans (1962-1982) la revue Abbia qui peut à juste titre être considérée comme l’une des toutes premières pierres de l’édifice de toute l’institution littéraire camerounaise ».

Il faudra donc « attendre la fin des années 70, voire le milieu des années 80 pour que la littérature camerounaise d’expression anglaise devienne effectivement nationale au sens où l’entendent les promoteurs de la « Harlem Renaissance » ou même de la « Négritude », dans la mesure où elle semble vouloir, enfin, traduire des préoccupations de nombre de ceux que Stephen Arnold appelle des « orphelins à la recherche de leur identité. » « Il est vrai que cette période coïncide avec l’avènement d’un régime politique qui se veut plutôt libéral au Cameroun », ajoute-t-il.

À partir de cette période et en deux décennies d’indépendance, « une élite intellectuelle originaire de l’ex-Southern Cameroon a émergé, a l’instar d’une population suffisante de producteurs et de consommateurs potentiels de la littérature écrite ».

D’après un article publié par Pierre Fandio dans le journal du Cameroun (en lien).

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