Nos ancêtres les Gauloises

De Christian Zerbib

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Des femmes immigrées marchent dans la neige. Elles se rendent au musée archéologique de Bibracte en Bourgogne, une ancienne ville gauloise. « Que les Gaulois soient nos ancêtres, cela ne veut rien dire ! », lance le guide. L’appellation est générique et groupe tous ceux qui étaient situés entre Romains et Barbares.
Voilà pour l’identité nationale ! Comme le disait l’historien Fernand Braudel, « la France n’est que diversité ». Cette dizaine de femmes issues d’une dizaine de pays sont la France. Mais elles ont aussi en commun d’avoir des enfants français et habitent toutes dans l’agglomération dijonnaise. C’est sur cette base que Christian Zerbib leur a proposé un projet un peu fou : raconter ensemble leur histoire au théâtre. Le film ne documente donc pas une aventure existante mais la génère. Et quelle aventure ! Le projet théâtral apporte au film un récit venant unifier les multiples récits des femmes et crée cette dose de suspense qu’est la progression vers la soirée de la première. Plus nous apprenons à les connaître, plus nous partageons leur tension.
Ces femmes, nommons-les : elles le méritent. Elles dégagent une énergie et une humanité sans limites. Ce sont Diane Seng (Cambodge), Atefa Yacoub (Afghanistan), Aliyé Sagiroglou (Turquie), Germaine Fouya Boukari (Togo), Fatiha Knifass (Maroc), Oumou Bourakkadi (Sénégal), Marjion Barrière (Hollande), Aurélie Ango Aboré (Gabon), Aicha Harid (Maroc), Darcy Martin (Brésil). Zerbib a fait des castings dans les centres de formation et les cours d’alphabétisation. Pourquoi monter un spectacle théâtral ? Parce qu’il est plus facile de se lâcher dans un tel projet, et de sortir ses tripes, mais aussi parce que leur histoire est souvent dramatique. Elles restent discrètes mais on sent leurs douleurs rentrées, les couleuvres avalées. La pièce et le film sont pour elles l’occasion de sortir de leur silence, de dire les choses face à leurs enfants, et pourquoi pas, de dire à tous qu’elles sont des femmes qui demandent à être respectées.
Le film n’a pas de grand message si ce n’est celui-là : la dignité. En se rendant chez elles pour faire la connaissance de leurs enfants, les filmant dans leur intimité familiale, et alternant cela avec le rude travail théâtral sur les scènes qu’elles ont elles-mêmes écrites à partir de leur vécu, Zerbib instaure une proximité telle qu’elles nous deviennent familières. Nous partageons leur histoire mais plus encore leur envie de la dire. Peu à peu, ces femmes nous regardent autant que nous les regardons, et cet échange ouvre à une véritable émotion.
Point besoin dès lors de grands discours pour affronter les préjugés. C’est en rendant à l’Autre un visage humain que s’écroulent les idées reçues. Ces femmes ont eu le courage d’affronter la dureté de l’immigration, et elles trouvent là le courage de monter sur scène. Elles ne sont certes perçues ici qu’en tant que mères, au détriment des autres dimensions de leur vie (sentimentale, professionnelle, etc.), mais c’est aussi ainsi que ce film pourtant très ancré dans le vécu échappe au réalisme. On les voit travailler leur rôle pour arriver à un vrai spectacle et sortir ainsi de l’enfermement domestique. Un groupe se construit dont on perçoit la solidarité qui dépassera la représentation finale : une sororité s’est construite, cette fraternité féminine qui n’est pas forcément donnée comme un acquis mais qui se construit à la faveur de telles expériences. Et qui le fait en toute simplicité, dans un grand éclat de rires !

///Article N° : 10458

Les images de l'article
Nos ancêtres les Gauloises © NiZ !
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