Fiche Personne
Réalisateur/trice Producteur/trice

Makela Luyeye Pululu

République démocratique du Congo

Français

En 2002 et 2003, Makela Luyeye Pululu a réalisé « Being African » en Afrique du Sud. Il s’agit d’un reportage-documentaire de dix minutes traitant de thèmes très actuels et notamment celui de la xénophobie des habitants noirs d’Afrique du Sud dans le township Joe Slovo à Cape Town. Le film est conçu comme une émission de télévision. Un reporter présente à la caméra le cas de deux victimes de l’intolérance et il mène une enquête en interviewant des personnes concernées. Le premier cas est celui d’un réfugié noir de Namibie arrivé dans le township Joe Slovo, où il a monté avec succès un petit magasin pour lequel il a même engagé cinq employés noirs originaires du township. Un jour, plusieurs habitants du township ont attaqué et détruit ce magasin tenu par un « étranger » et ont chassé le Namibien et sa famille. Il a heureusement pu sauver sa vie. Le deuxième cas est plus dramatique. Il s’agit d’un Angolais qui fut tué au moment où des habitants du township ont attaqué quelques réfugiés angolais, qu’ils accusaient de prendre leurs femmes, leur travail, etc. Le film se conclut en donnant la parole à une représentante d’un comité qui lutte contre l’intolérance raciale et qui explique que non seulement les réfugiés arrivant au pays mais aussi les habitants d’Afrique du Sud doivent apprendre la tolérance mutuelle.

Makela Pululu sait de quoi il parle. Habitant depuis 1998 à Cape Town, il est lui-même un réfugié.
Né le 5 mai 1965 à Kinshasa dans une grande famille de la classe moyenne, il a fait ses études primaires à l’école officielle de Limete, avant de fréquenter l’Institut littéraire Lumumba et l’Athénée de Kalina (Gombe). Sa situation familiale (le divorce et puis le décès de ses parents) l’amène ensuite à changer d’orientation et à entrer à l’Institut technique industriel de N’Djili. Considérée comme une des plus grandes écoles à l’époque au Zaïre, cette institution avait aussi des accords de collaboration dans le domaine de l’éducation technique avec la Belgique.

Vers 1988, il obtient son diplôme d’électricien industriel et commence à travailler chez Novatex, jusqu’au moment où la ville est dévastée par le pillage et les émeutes. Ayant perdu son emploi, il décide d’émigrer en Angola et trouve à Luanda du travail comme électricien dans une usine de fabrication de batteries pour véhicules. Deux ans plus tard, il quitte ce pays pour l’Afrique du sud avec sa famille, sa femme et ses deux enfants, et décroche un emploi d’électricien chez Movie Camera Company.

Parallèlement, il suit des cours du soir pour se former comme cinéaste et a l’occasion d’acquérir de l’expérience concrète dans l’industrie cinématographique du pays. Outre « Being African », il a réalisé notamment le court métrage « Water Conservation » (1′) pour le Public Service Announcement, sélectionné en 2003 parmi les dix meilleures publicités publiques au concours des Africa Vuka Awards organisé par la chaîne de télévision câble/satelitte MultiChoice, établie à Johannesbourg. A la fin de 2003, il travaille comme électricien chez Media Film Service.

Makela Pululu réalise ses films durant ses temps libres et dans le cadre d’une petite société qu’il a montée avec un ami. Parmi ses films en production figure un documentaire sur un mariage entre une Congolaise et un Sud-Africain. Il s’est aussi lancé récemment dans la réalisation des vidéo-clips, et vient de produire et réaliser le clip « Santa » du groupe Young Bakuba (prod. Afrika Film Company). Le film, d’une durée de neuf minutes, raconte l’histoire d’un jeune musicien pauvre délaissé par sa petite amie, issue d’une famille riche, parce qu’il n’a pas assez d’argent pour cohabiter avec elle? Si l’on ajoute que ce groupe, constitué de réfugiés de Rdc et du Cameroun, marie la musique kwasa kwasa rumba (congolaise) et la musique makossa (camerounaise), et chante en lingala, on voit que, même au sein d’un « genre » aussi codifié que le clip, Makela Pululu fait l’éloge du métissage, thème qui lui tient manifestement à c?ur.

Guido Convents-Le film africain & le film du sud/LP