Fiche Personne
Ecrivain/ne Acteur/trice Poète Producteur/trice radiophonique

Joseph Zobel

Martinique, Martinique

Français

(26 avril 1915-17 juin 2006)

Auteur du grand roman créole RUE CASES NEGRES, brillamment adapté au cinéma par Euzhan Palcy. Il fait une courte apparition dans le film (il joue le rôle du curé qui reçoit la croix).
Surveillant au Lycée Schoelcher, il y rencontre Aimé Césaire qui l’encourage à publier ses écrits.
Epris de voyage, il a travaillé comme producteur de radio au Sénégal. A la veille de sa mort, il était potier et cultivait des bonzaïs (arbres nains). Joseph Zobel était empreint de spiritualité.

Biographie
par Alfred LARGANGE, Juin 2006

Joseph Zobel (26 Avril 1915, Rivière-Salée – 17 Juin 2006, Alès) est un romancier, poète et sculpteur Martiniquais, considéré comme l’un des auteurs les plus significatifs de la littérature antillaise.

Né dans un foyer martiniquais très modeste, il a tiré de son enfance un roman, La Rue Cases-Nègres, porté à l’écran par Euzhan PALCY en 1982 (Lion d’Argent à la Mostra de Venise en 1983).

Enfance

Issu d’une famille très modeste, Joseph Zobel nait le 26 avril 1915, fils d’une employée de maison et d’un chauffeur de maître. Sa mère étant employée de maison, l’enfant est élevé par sa grand-mère maternelle, Amantine (surnommée Man Tine), ouvrière agricole travaillant sur une plantation sucrière de Petit Bourg (Commune de Rivière Salée). Elève brillant, soutenu par l’amour inconditionnel et les sacrifices de sa grand-mère, le jeune Joseph Zobel obtient une bourse modeste lui permettant de poursuivre ses études jusqu’au baccalauréat. Lycéen, il quitte Petit-Bourg pour rejoindre sa mère à Fort-de-France.

Joseph Zobel tirera de ses souvenirs d’enfance la matière du roman La Rue Cases-Nègres, classique de la littérature publié pour la première fois en 1950. Le titre recevra le Prix des Lecteurs et connaitra une certaine renommée. Il est jusqu’a aujourd’hui étudié par les collégiens français.

Les débuts littéraires

Bachelier, le jeune Joseph Zobel voit ses rêves d’études d’architecture à Paris brisés par la Commission des Bourses de la Martinique. Aucune aide ne lui ayant été accordée, alors que ses ressources sont inexistantes, le jeune bachelier se tourna vers un premier emploi au service des Ponts et Chaussées. En poste dans les villages du Diamant et du Saint-Esprit, le jeune Joseph ZOBEL découvre, au contact des pêcheurs du Diamant, un mode de vie différent, quoique empreint des valeurs du monde rural qu’il a connu à l’intérieur des terres.

La Seconde Guerre Mondiale, imposant un blocus aux Antilles Françaises, interdit tout projet de départ vers l’Hexagone. Joseph Zobel travaille alors comme aspirant répétiteur puis maître d’internat au Lycée Schoelcher. Les aspirations artistiques de Joseph Zobel trouvent à s’exprimer dans quelques nouvelles qu’il fait lire à ses amis. Un professeur d’Education Physique et Sportive portera les textes au journal Le Sportif, qui les publiera avec un certain succès populaire. Le public martiniquais apprécie que, pour la première fois, un auteur mette en scène les us et coutumes martiniquais, sans pour autant céder a un exotisme facile. Joseph Zobel s’inscrit alors dans le courant de la littérature régionaliste ou « de terroir ».

Aimé CESAIRE, jeune Agrégé de Lettres enseignant dans le lycée, apprécie les premières nouvelles de ZOBEL et l’encourage à écrire un roman. S’inspirant de son expérience dans le village de pêcheurs du Diamant, Joseph Zobel écrit en 1942 Diab’-là, l’histoire d’un paysan qui décide de conquérir sa liberté par le travail de la terre, auprès d’une communauté de pêcheurs dont il partage la vie. La Martinique étant gouvernée par l’Amiral ROBERT, représentant autoritariste du Gouvernement de Vichy, le roman est censuré et ne sera finalement publié qu’en 1947.

Au départ de l’Amiral ROBERT, Joseph ZOBEL, dont l’engagement est reconnu par les représentants de la France Libre, est recruté comme attaché de presse du Gouverneur PONTON(1), envoyé du Général DE GAULLE. Il a la charge de deux publications culturelles qui ne surviront au suicide du jeune Gouverneur.

Le départ vers l’Hexagone et la carrière littéraire

Profitant d’un congé administratif, Joseph ZOBEL rejoint Paris en 1946 pour reprendre ses études. Suivant des cours de littérature, d’art dramatique et d’ethnologie à la Sorbonne, il est en même temps professeur adjoint au Lycée François Ier de Fontainebleau.

Installé à Fontainebleau avec son épouse et ses trois enfants, Joseph ZOBEL consacre les années 50 à une activité littéraire intense, publiant outre La Rue Cases-Nègres les romans Les Jours immobiles et La Fête à Paris (suite de La Rue Cases-Nègres). En plus de ses romans, le jeune écrivain écrit des poèmes qu’il déclame dans divers festivals en France, en Suisse et en Italie, mettant à profit les talents qu’il a développés grâce à ses cours d’art dramatique.

L’expérience africaine

En 1957, porté par son désir de connaître l’Afrique, Joseph ZOBEL profite de ses nombreuses relations parmi les Sénégalais de Paris et est recruté par le Ministre sénégalais de l’Éducation, Amadou Matar M’BOW, comme directeur du collège de Zighinchor (actuellement Lycée Djignabo) en Casamance. Installé finalement à Dakar comme surveillant général du Lycée VAN VOLLEN, il devient quelques années plus tard producteur d’émissions éducatives et culturelles à la Radio du Sénégal, dont il crée le service culturel. Les émissions de Joseph ZOBEL seront écoutées dans toute l’Afrique Occidentale Francophone.
Quelques anecdotes de sa vie dakaroise sont relatées dans les recueils de nouvelles Mas Badara (1983) et « Et si la mer n’était pas bleue » (1982).

La retraite, dernières publications

Installé dans le vilage de Générargues (proche d’Anduze, dans le département du Gard) depuis sa retraite en 1974, Joseph ZOBEL a poursuivi son travail littéraire de façon originale en réécrivant ses romans : Les Jours immobiles devenant Les Mains pleines d’oiseaux et La Fête à Paris devenant Quand la neige aura fondu.

En 1995, Joseph ZOBEL publie à compte d’auteur d’Amour et de Silence, un livre d’art combinant poèmes inédits, extraits de son journal personnel et aquarelle. L’auteur, par ailleurs maître en art floral japonais (Ikebana) a en effet appris l’aquarelle auprès du maître Coréen Ung No Lee (Séoul 1904-Paris 1989).

Les deux derniers livres de Joseph Zobel ont été publiés en 2002 : Gertal et autres nouvelles rassemble cinq nouvelles inédites et des extraits de son journal, tenu de 1946 à 2002 ; Le Soleil m’a dit rassemble son ?uvre poétique complète, composée de recueils publiés à compte d’auteur et de poèmes inédits.

Importance littéraire

Joseph ZOBEL ne semble pas avoir reçu des milieux universitaires et littéraires l’attention réservée aux auteurs du mouvement de la Créolité (Patrick CHAMOISEAU, Raphaël CONFIANT, Ernest PEPIN et Jean BERNABE).

Cependant, une analyse objective des thèmes et des procédés de ses premières oeuvres révèle pourtant qu’il peut être identifié comme un des précurseurs de la Créolité, d’une part du fait de la simple vertu de son projet d’expression de l’âme populaire martiniquaise, et d’autre part par certains procédés de langage apparaissant dans Diab’la et Rue Cases-Nègres. […]

Ecrivant dans une langue de facture classique, Joseph ZOBEL a su donner à ses textes un puissance d’évocation qui explique que ses romans, profondément humanistes, soient aujourdhui considérés comme des classiques de la littérature martiniquaise.

NOTES
(1) Jeune fonctionnaire Gaulliste, le Gouverneur PONTON fut posté en Martinique en 1945 après une carrière entamée dans les colonies africaines, foyer de la France Libre grâce au Guyanais Félix Eboué.
Les ambitieux projets de développement (aéroport, etc.) et de promotion sociale du jeune gouverneur furent rapidement en butte à l’inertie et aux intrigues de l’oligarchie locale. Isolé, découragé, le jeune homme céda à la dépression et se suicida en 1946, provoquant une grande émotion populaire.

Source :
http://zobel.potomitan.info/article5a.php (Site hommage à Zobel)