Fiche Personne
Acteur/trice Dramaturge

Ibrahim Barwane

Comores

Français

Informations fournies par l’artiste ou son représentant :

Né aux Comores, Ibrahim Barwane a fait des études d’histoire (licence) et d’anthropologie (DEA à l’Université de Paris 8) et prépare sa thèse sur « les rapports qui existent entre notables, religieux et politiques à la Grande Comore ». Il est aussi membre de la Société des Africanistes.
Il se retrouve dès l’âge de 14 ans au théâtre, sans doute un peu par accident, en incarnant en 1985 un roi sans royaume dans « La fin de Msafumu ». Un an plus tard, il tient un rôle important dans « Madjadji Boto », une pièce de moussa Said sur les comportements vestimentaires des jeunes du début des années 70.
Il prend part en 1991 à la « Découverte de la chanson » organisée par RFI, où il obtient le premier prix de la composition comorienne.
Barwane écrit et joue sa première pièce en 1997, à la veille de son départ en France. « Enfant pourquoi pleures-tu ? » retrace le parcours chaotique d’un jeune qui se retrouve en France après toutes sortes de démarches, de revirements et d’humiliations? avant de se voir finalement expulsé vers son pays. Cette ?uvre satirique lui vaut un succès foudroyant. Suivent alors « L’Esprit du Bangwe » (2000) et « Dialogue de sourds ou malentendu » (2002).
Notre « guide » poursuit sa dénonciation des travers et pesanteurs sociales dans son one man-show « Parcours » (2002), toujours avec le même humour grinçant. A Travers la trajectoire chaotique d’un comorien, les difficultés rencontrées devant les murs de l’ambassade pour l’obtention du visa, et son voyage vers Madagascar et la France, c’est le « politiquement correct » et l’hypocrisie de la société bien-pensante de Moroni qui sont mis à nus. On pense ici à Léautaud : « Il y a le vrai théâtre, l’étude des m?urs, la peinture des caractères, la satire des tares et travers humains, ce grand théâtre comique ! ».
Toujours en 2002, c’est cette fois autour d’une démonstration de danses traditionnelles au Musée de l’Homme que Barwane illustre la comorianité. La même année est publié son recueil « Contes des îles de la lune » (Mensonges, Mensonges, mais qui osera me contredire ?), par Wanantsi (les enfants du pays), un groupe de jeunes étudiants comoriens. Ecrits avec Zabraty Abdillah et Ziara Said, ces contes sont publiés à l’occasion de la journée mondiale de l’enfant à Villejuif. Les aventures d’Ibounaswia et de Djohé, toujours reliées à une moralité, ont là encore une portée didactique. Barwane a tenu son pari : concilier vulgarisation de la littérature orale et amusement.
Mais c’est seulement avec la tragi-comédie « Pauvres Comores » (Maskini Comores) qu’il pose sans complaisance la problématique du sous développement dans les pays du sud. Comores, malade depuis sa naissance, n’a pu être soigné par aucun médecin, malgré les nombreuses ordonnances prescrites (« Colonisation », « Indépendance », « Démocracha »?). Il explique alors au Docteur la France que ses quatre enfants (Grande Comore, Mohéli, Anjouan et Mayotte) l’ont « décomorianisé », et finit par se lancer dans une démonstration critique contre « les vrais responsables de sa maladie », notamment l’ex-puissance colonisatrice, les autorités politiques comoriennes, les institutions financières et l’armée. La personnification des îles Comores et les jeux de mots ne servent qu’à mieux pointer du doigt certains maux. Une fois encore, Barwane revendique la vocation pédagogique de son « travail de vulgarisation » : il s’agit de nous faire comprendre les choses « pour que l’inacceptable ne soit plus accepté ».
L’auteur poursuit en parallèle son travail d’animation théâtrale avec des associations comme « Tout est dans l’Art » ou « Fraternité Comores » pour « briser l’isolement entre quartiers, individus, générations ».
Parmi ses projets : la création d’une « Maison des Comores » en France, une tournée en Grande Comore pour plusieurs représentations de « Pauvres Comores » et la représentation de sa toute dernière pièce « Pauvre Afrique ».

Carole Rufo