Fiche Personne
Chanteur/euse

Cheikha Remitti

Algérie

Français

Cheikha Remitti naît le 8 mai 1923 à Thessala, dans la région de Sidi Bel-Abbès, orpheline très tôt, elle s’installe à vingt ans à Rézilane, c’est à cette époque qu’elle commencera sa carrière. Elle mène alors une vie difficile, souvent dans l’illégalité, où elle va de quartiers en quartiers et dort dans les hammams. Elle subira à plusieurs reprises et de manière violente la trahison. Elle se raccroche à une troupe de musiciens Hamdachis, avec qui elle vivra la même vie, de galas en galas, dansant jusqu’à l’épuisement ; « c’est le malheur qui m’a instruit », dira-t-elle. Depuis cette époque elle assume en elle-même la marginalité des poètes maudits.
Son premier enregistrement date de 1954, mais c’est surtout la radio qui fera sa renommée. Elle a composé plus de 100 chansons, c’est un véritable réservoir dans lequel se servent abondamment ses successeurs.
Pour tous les musiciens de Raï, elle figure l’image d’une reine. Les chanteurs de la jeune génération la vénèrent. Une véritable légende s’est tissée autour de cette femme originaire de l’ORANIE qui assène de sa voix chaude et rocailleuse des mélopées, la POÉSIE des TERROIRS, une parole crue et verte comme les tatouages des femmes, comme les produits de la terre.
Libre et rebelle, réaliste et imprévisible, CHEIKHA RIMITTI aux tempes grises, ne veut pas vieillir, a le coeur et l’esprit jeunes, tout comme le RAÏ ! Elle persévère dans son être et son art, sans concession, sans retenue, avec la vérité parfois rageuse de ceux qui n’ont rien à perdre et qui ne cherchent pas les vains honneurs du monde.
Bien ancrée dans l’imaginaire collectif du Maghreb profond depuis plus d’un demi-siècle, RIMITTI en bonne paysanne chante l’amour, l’amitié, le deuil, la guerre, l’alcool, l’émigration, la révolte… un sirocco du Sud, une mémoire d’éléphant. La longévité de sa carrière, l’abondance de sa production montre la diversité de son art et son adaptation à toutes les modes. De ses racines rurales et populaires (les flûtes de roseau : GA SBA au son bas, le lancinant tambour circulaire : GALLAL), elle enchaîne avec la guitare, la basse, la derbouka, la batterie, la trompette de MESSAOUD BELLEMOU et le synthé de MAGHNI MOHAMED. Deux monuments, à la base de la modernisation de la musique RAÏ.
Cette grande DAME, que tous les chanteurs de la jeune génération RAÏ revendiquent comme MERE de ce genre, charme depuis des années le public européen qui découvre une voix langoureuse, douce mais âpre, mielleuse et rude et un art consommé de la danse. HENNÉ, PAILLETTES, et BIJOUX, ROBE ORANAISE, des soupirs, plaintes, halètements, un art consommé de la danse, un corps en transe : la performance de ses chants est d’une incomparable expressivité étalée sur toutes les grandes scènes occidentales CHEIKHA REMITTI reste le témoin vivant d’une société paradoxale et une fervente défenseur du RAÏ. LE VRAI RAÏ. Celui qui est une voix et des tripes.
D’après Nourredine Gafaïti.