El Kotbia

De Nawfel Saheb-Ettaba

Print Friendly, PDF & Email

Leïla coupe des oignons qui la font pleurer. Elle s’approche de la fenêtre et se met à chanter de sa belle voix avec la radio un air mélancolique… On se demande si El Koutbia n’a pas effectivement la mélancolie pour programme, ou faut-il y voir comme Raphaël Millet dans son livre Mélancolies méditerranéennes un trait de l’âme arabe ? Aïcha demandera à Jamil pourquoi la tristesse serait belle et le film semble tenter une réponse.
Jamil est l’éternel voyageur, engagé comme assistant par Tarek, l’éternel sédentaire, dans la librairie où tous vivent, lui, sa femme Leïla, l’éternelle insatisfaite, et sa mère Aïcha, l’éternelle ténébreuse. Jamil est interprété par Ahmed Hafiane, acteur par ailleurs remarquable dans Poupées d’argile de Nouri Bouzid. Il est ici sans rôle véritable, si ce n’est de balader ses yeux bleus sur ce qui l’entoure ou d’apporter le trouble dans le cœur d’Aïcha. Et c’est bien le problème d’un film où les contradictions qu’il met en scène restent au niveau contemplatif, sans être développées : la superficialité spontanée de Leïla se confronte à l’érudition de Tarek sans que celle-ci nous soit donné d’être sentie. Est-ce que le monde intellectuel ne sait plus répondre aux envies de bonheur factice des jeunes d’aujourd’hui ?
Chacun porte sa douleur : mariage forcé, mort des femmes aimées, manque d’amour, enfermement… « Tu t’habitueras », dit Aïcha à Leïla, selon le vieux schéma de la transmission de l’abnégation féminine. « C’est bien ce qui me fait peur », lui répond Aïcha, et ce ne sera pas le cas, sa progressive émancipation se heurtant à la capacité de tolérance de Tarek, jusqu’à la rupture. Son retour sera traité dans la pure tradition romantique, dans l’image comme dans le son, mais aussi dans le contenu puisqu’elle chante : « J’espérais que tu allais me pardonner. J’attends d’être de nouveau à toi ».
El Koutbia baigne dans cette ambiguïté d’une dévotion des femmes aux hommes que la beauté des verres de couleur et des carreaux de faïence de la librairie a du mal à masquer.

///Article N° : 2671

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire