Barakat !

De Djamila Sahraoui

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Connue pour l’excellence de ses documentaires (La Moitié du ciel d’Allah, Algérie la vie toujours, Et les arbres poussent en Kabylie), Djamila Sahraoui a voulu passer à la fiction pour explorer sans les limites de ce qui ne se dit pas face à une caméra combien la violence travaille la société algérienne et lancer un grand cri : basta ! ça suffit ! (barakat) Il y a dans cette pérégrination de deux femmes beaucoup de finesse et d’humanité. L’une est infirmière, l’autre est médecin : elles évoluent dans l’Algérie malade du début des années 90. Khadidja est de la génération de la guerre de libération, Amel a la trentaine. Lorsque le mari d’Amel, journaliste, disparaît, les deux femmes tentent de le retrouver dans un maquis islamiste (dont le dirigeant est interprété par un réalisateur légendaire du cinéma algérien : Mohamed Bouamari, l’auteur de Le Charbonnier, 1972, et Premiers pas, 1979). C’est dans ce qui est à la fois affrontement et connivence entre les deux femmes que s’ancre le film. « Sans le bricolage de ma génération, vous seriez encore à lécher les chaussures du colon français », répond Khadidja aux reproches d’Amel. Savoureuses, leurs différences s’estompent dans leur commune condition de femmes, qu’elles transgresseront en pénétrant avec un malin plaisir des territoires interdits. Elles osent faire scandale dans un café, s’afficher librement dans la rue et surtout rejouer les risques pris lors de la guerre d’indépendance. Introduit par une magnifique voix a capella, ponctué par l’ould d’Alla, tourné sans excitation en plans fixes et prenant le temps de laisser aux personnages leur regard et leur dignité, notamment le vieil homme qui accueille les deux femmes en fuite, ce film tout en sobriété et doté de furtifs moments d’émotion pourrait convaincre s’il n’était pas construit sur une alternance pesante de dialogues à messages et de respirations musicales. Cette faiblesse de traitement plombe malheureusement sa pertinence, alors qu’il ne se veut pas seulement œuvre de mémoire mais aussi et surtout réflexion sur une Algérie qui ne sait comment sortir de l’Histoire de violence héritée de son passé. Non content de jeter cette violence à la mer, il répète comme tant d’autres films de ce pays, sans doute parce que c’est un message à marteler, que le mal algérien réside dans son mépris des femmes.

///Article N° : 4443

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