Il laisse porter sa barque au grès du vent et des intempéries mais il tient. Près de 20 ans après ses débuts dans le rap, Nakk Mendosa présente son deuxième album Darksun 2. Itinéraire d’un rappeur talentueux mais pas pressé.

« Le rap conscient en guerre contre la trap : #Taxi #UberPop « , cette phrase tirée du nouvel album de Nakk Mendosa met en exergue le conflit de génération entre un rap à l’ancienne qui serait davantage artisanal et celui de la jeune garde qualifié d’artificiel. Nakk lui, se faufile en sifflotant sur sa mobylette. Sa carrière démarre à la fin des 90’s, une période faste pour les rappeurs français avec la signature en série de gros contrats avec les majors. Originaire de Bobigny (93), la vingtaine à peine entamée, il se fait remarquer avec son groupe Soldafada sur des scènes de festival hip-hop ou des mixtapes. Nakk a la plume sensible d’un MC Solaar et la légèreté d’un Ménélik, le tout enveloppé dans une ambiance banlieue roots symbolisée par un de ses titres phare « La Tour 20 ». Le public rap raffole de ses storytelling « Surnakkurel(les) » qui n’arrivent qu’aux jeunes de banlieue. Les fameuses soirées avec « trois meufs, trente mecs, trente bagarres, trente batards, trente patates dans ta gueule après crois moi tu rentres pas tard « . En 2000 il signe chez BMG mais trois ans plus tard, suite à une restructuration du label, il est jeté dehors. Son premier album quasiment prêt ne sortira donc jamais.
Storytelling toujours
Nakk quitte le label avec un chèque « qui comporte très peu de zéros » d’après lui, mais suffisamment pour vivoter tranquillement pendant deux ans. Certains amis lui signalent que sur le net, existe une nakkosphère qui continue de spéculer sur la sortie de son album. Il décide alors de se bouger un peu et de sortir en indépendant un CD comportant des morceaux recyclés et quelques inédits. Le bien nommé Street minimum sort en 2006. Une streettape que Nakk qualifie de fait « à l’arrache même si pour certains c’est mon meilleur projet « . Là encore il faudra attendre quatre longues années avant de revoir une galette du rappeur de « boboche » dans les bacs. « Je suis comme la Coupe du Monde frère ! » balaie-t-il quand on lui fait remarquer que c’est long. Le Monde est mon pays, considéré comme le premier album est suivi très rapidement d’une réédition puis de la mixtape Darksun dans laquelle il convie une vingtaine de rappeurs dont Lino, Youssoupha, Ladea et Niro. Malgré ses longues périodes d’absence, Nakkos garde une grande crédibilité dans le milieu. En hibernation lors de l’ère des street-dvd et des clashs sur internet, il n’a à priori pas d’ennemis.
Supernova, un EP 10 titres, sort en mars 2013. Nakk Mendosa fait moins de bruit malgré l’originalité du projet. Il n’entre plus dans la case « MC des années 1990 sur le retour » et apporte une nouvelle patte sonore. Mais là encore il faut attendre trois ans pour écouter son deuxième album étrangement intitulé Darksun 2. Comme d’habitude, Narcisse (son vrai prénom) rappe en matant son reflet, racontant sa vie, ses troubles et ce qui le maintient au jour le jour. Il sort cependant par instants des clous, avec le morceau « Elodie » notamment, où il se met dans la tête d’une adolescente victime des attouchements de son beau-père. Du story-telling, toujours mais avec une sensibilité nouvelle. Dans un registre différent, Nakk expose avec subtilité la fragilité et la superficialité des relations amoureuses avec « Miss Venezuela ». Il réussit aussi avec brio l’exercice de style le plus difficile dans le rap : le titre dédié à sa mère, « Mama », mené dans une ambiance doublant percussions et piano. « C’est le morceau de ma vie« , commente t-il. Gravement malade, Jackson, son grand frère est décédé pendant l’enregistrement de Darksun 2. Endeuillé, Nakk n’a pas souhaité en faire un morceau mais a tenu à lui dédier cet album, mi-ombre mi-lumière.

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