Diakadi Mamadi, alias Momo, est un personnage incontournable à Noailles. Fondateur du Kaloum, à la fois bar, centre culturel et salle de concert, il anime un quartier essentiellement commerçant d’une dynamique interculturelle aux teintes afro. Guinéen, Momo est de cette vague migratoire ouest-africaine qui redessina dès les années 1980 la géographie sociale de Noailles.

Noailles, vitrines d’Afriques

Avec sa devanture rouge verte jaune rouge, le Kaloum projette un imaginaire du continent africain, depuis 14 ans, rue Jean Roque. Il est un des seuls lieu de sociabilité nocturne dans ce quartier qui vit surtout au rythme des commerces, entre les étales du marché des Capucins, les épiceries et cafés nord-africains, les coiffeurs et magasins de produits cosmétiques et d’artisanat ouest-africain. Cette diversité commerciale et culturelle révèle toute une histoire de circulations migratoires qui dialoguent encore dans ce grand marché à ciel ouvert du premier arrondissement de Marseille.

 

« J’ai décidé d’ouvrir un lieu dans ce quartier parce qu’il y avait un besoin. Noailles est un quartier très commercial la journée, mais le soir il n’y a peu d’espaces culturels et festifs où les habitants puissent venir se ressourcer. »

 

Les nouveaux « aventuriers » du creuset marseillais

Arrivé de Guinée Conakry en 1989, Momo débarque à Noailles à l’âge de 15 ans. Issu d’une grande famille, il rejoint frères et sœurs implantés dans la ville depuis déjà plusieurs années. Un départ qu’il subit alors, l’adolescent rêvant davantage un destin de footballeur professionnel que d’entreprendre des études en France. A deux doigts de repartir au pays, le jeune homme construit petit à petit ses réseaux, ses sociabilités à travers la vie festive et culturelle du quartier de Noailles, auquel il est aujourd’hui intimement lié.

 

« Comme mes amis me disent souvent, je n’ai qu’un cercle, entre la Plaine, Noailles et Cours Julien, où j’ai passé 25 ans. C’est mon quartier de cœur. J’ai du mal à m’en éloigner, après 300 mètres en dehors de ce périmètre je suis un peu perdu. »

Momo est de ces nombreux « aventuriers » débarquant dans les années 1980 d’Afrique sub-saharienne, « pour lesquels la promotion sociale par l’école et le diplôme est devenu un mythe » et qui développent alors « une culture d’affaire par nécessité« , selon les mots de Brigitte Bertoncelli [1]. Aussi, notre personnage, Momo, est à la fois observateur de cette culture d’affaire, à travers les réseaux commerçants qui l’entourent, et acteur de cette dynamique en tant qu’entrepreneur culturel.

 

L’interculturel en questions

Dans l’antre du Kaloum, qu’on imagine, pour Momo, autant cocon que l’appartement où il vit 30 mètres plus loin, les décorations évoquent ici et là différentes Afriques. Objets, tableaux et tissus du Mali, de Madagascar, d’Egypte, d’Ethiopie, du Kenya, autant de cadeaux apportés au propriétaire des lieux par les voyageurs ou habitués qui y passent. Momo déploie, sous nos yeux, plusieurs albums photos au ventre bien rond : 10 années d’instants festifs en images. Sur les premiers clichés, des Bretons en fête, parmi les premiers clients du bar. Momo en garde un souvenir ému. Ainsi, le Kaloum réinvente un imaginaire lié à l’Afrique, dans des sociabilités de quartier bien plus que d’appartenances culturelles. Un bar « du monde », comme aimerait peut-être le définir Momo.

Après avoir bu un dernier verre dans l’épicerie voisine, tenue par des amis comoriens, Momo nous confie certains regrets, lorsqu’il se souvient d’un temps où les échanges interculturels étaient fluides, où les frontières entre communautés se dessinaient avec moins de radicalité.

 

« Les habitués du Kaloum ne sont pas nécessairement guinéens. Des personnes de toutes origines ont leurs habitudes ici, car ils se sentent chez eux. Par exemple aujourd’hui dimanche, les gens viennent jouer aux dames, ou écouter des contes avec les enfants, pour ne pas rentrer seuls chez eux ».

 

 

[1] Colporteurs africains à Marseille, un siècle d’aventures, Brigitte Bertoncello-Sylvie Bredeloup, Autrement 2004