En 2017, vous avez pu la voir dans les films Ouvrir la voix d’Amandine Gay et My body my rules d’Emilie Jouvet En 2017, vous avez pu la voir dans les films d’Emilie Jouvet. En 2017, vous avez pu la voir dans les films ainsi que dans la nouvelle création chorégraphique Monstres, on ne danse pas pour rien de Delavallet Bidiefono. Rébecca Chaillon, trentenaire, est à la fois performeuse, comédienne, metteuse en scène, auteure d’autofiction. Afriscope l’a rencontrée.

Crâne rasé, yeux légèrement en amande, voix cassée, parler rapide, Rébecca Chaillon est l’une des protagonistes du documentaire Ouvrir la voix (2017) d’Amandine Gay (1). Elles sont une vingtaine à y questionner leur identité de femmes, noires, nées ou vivant en Europe. Pour Rébecca, la participation à ce projet est une sorte de renaissance. Née à Montreuil (93) de parents martiniquais et ayant grandi en Picardie, elle ne questionnait pas véritablement le racisme jusqu’au tournage de ce long-métrage. Moment où la sororité encouragée par la réalisatrice lui a permis de nommer un mal-être enfoui : « Je me suis prise des claques dans la gueule avec ce film. avant j’étais fermée à toute question sur la colonisation, sur les rapports avec les Dom-tom, la Françafrique ! Alors qu’il faut le dire : même si j’ai pu « ouvrir la voix » en tant qu’actrice, j’ai quand même subi une sorte de plafond en tant que personne racisée. on se sent complexé intellectuellement, comme si on n’avait pas tous les codes ».

Aujourd’hui épanouie dans sa profession de performeuse et d’intervenante théâtrale auprès de publics qui n’ont pas communément accès aux pratiques artistiques, elle est arrivée à Paris à l’âge de 17 ans pour sa licence en arts du spectacle à la Sorbonne. Être intermittente depuis une douzaine d’années convient très bien à sa personnalité. Débordante d’énergie, elle vient, au moment de notre rencontre, de quitter une séance de danse et se prépare à entamer une soirée projection débat. Danse et prise de parole sont d’ailleurs les ingrédients du cocktail de sa prestation dans Monstres (2017) du chorégraphe congolais Delavallet Bidiefono, où elle incarne un texte dont elle est l’auteure : « On ne danse pas pour rien ». Elle y prend du plaisir à crier « T’as cru qu’on allait rester là, à brouter là où tu pisses ? ». Son interlocuteur : l’occident. Son moteur : un trop plein médiatique. « J’entendais des politiciens à la télé, ils disaient avoir amené l’électricité en Afrique. Peu importe qu’ils aient pillé, violé, détruit. Là on devrait juste récupérer les restes et être contents ». Brouter est aussi le mot-clé d’un spectacle qu’elle est en train de monter, intitulé : Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute, performance de douze femmes autour de la pratique du football féminin, qui sortira en 2018.

Regardez-moi manger

Que ça soit brouter, croquer, mordiller, l’art de manger est au centre des réflexions de Rébecca Chaillon, dont la compagnie, créée en 2006, s’appelle d’ailleurs « Dans le ventre » : « On dit qu’on a deux cerveaux, un dans la tête et un dans le ventre. voilà : si je n’étais pas comédienne, performeuse…, je serais bouchère ». On la voit alors, dans ses créations, engloutir des pavés de veau ou de dorade crus. c’est un biais pour parler des relations sentimentales, comme dans son spectacle Monstres d’amour (2016) où il est question de dévorer d’amour et de se faire dévorer, de dominer ou de se soumettre. Ou de questionner les identités, comme dans sa pièce L’Estomac dans la peau (2014). autre récurrence de ses créations, Rebecca se met régulièrement en scène nue. « Pourquoi ne pas se dire qu’on est nu sur un plateau et après voir si on a besoin de s’habiller ? » lance-t-elle en souriant. Nue, elle veut signifier aux gens : « Regardez ce que peut-être vous n’avez pas envie de regarder : ce corps qui n’est pas filiforme, pas blanc. regardez ce crâne sans cheveux. vous êtes mon miroir ».