En sortie dans les salles françaises le 20 juin 2018, Kuzola, le chant des racines interroge une identité morcelée pour montrer que le mélange a du bon !

Les documentaires musicaux ou familiaux de rencontres ou retrouvailles ont souvent le même défaut quand ils veulent les reconstituer : vu qu’avec un caméraman et un preneur de son, on n’arrive jamais sans prévenir, il faut rejouer la joie et l’étonnement. La spontanéité n’y est pas, cela sonne faux et met à distance. C’est la limite de Kuzola qui aurait pu se passer de ces scènes, mais cela ne saurait oblitérer l’intérêt du film. Car à travers l’histoire complexe et édifiante de la chanteuse Lucia de Carvalho se joue la question des racines.

Née en Angola à Luanda, déplacée au Portugal dans un village pour enfants puis adoptée par une famille alsacienne, et enfin chanteuse dans un groupe de musique brésilienne, elle cherche à travers l’expérience de ce film à reconstruire une identité fragmentée. Les exilés sont dans la perte. Ils ne peuvent pas s’appuyer sur leur passé pour construire le présent. Il leur manque ces repères et ces marques que sont une terre, des proches, des coutumes. Ils n’ont que des traces. Pour renaître et s’intégrer, ils ont souvent tendance à couper les ponts.

Et si c’était pourtant dans ces ponts que se loge l’identité ? L’enregistrement d’un album en forme d’autoportrait est l’occasion pour Lucia de se rendre sur place, en Angola, au Portugal, au Brésil : Kuzola (« aimer » en kimbundu) est à la fois un road-movie musical et familial, à la recherche de sa grand-mère, de sa mère biologique autant que des bases rythmiques de la musique métissée qu’elle développe maintenant avec son groupe. Personnalité bourrée de vie, Lucia imprime chaque image de son énergie et de ses émotions. Porté par les déplacements comme par la musique, le film vibre de ces ponts tant personnels que musicaux qui font la richesse de Lucia, de sa musique, du métissage en général. Et donne une sacrée envie de mordre la vie.