Après avoir tenu un blog sur les arts visuels contemporains pendant quelques années à partir d’Abidjan et nourri de ses différents séjours sur le continent africain, Isabelle Zongo lance il y a quelques mois une fondation pour la promotion des arts et de la culture en proposant des services sur le web, Original Foundation. Elle accompagne également la conception, via cette fondation, de plusieurs événements culturels dont le Black Market, co-organisé avec le Bushman Café de la capitale économique ivoirienne, en ce premier weekend du mois de juillet.

 Avec le Bushman Café, espace hybride de restauration et d’événements culturels ouvert il y a quelques années, vous proposez un « marché artisanal à la découverte de nos traditions ». Qu’est-ce que cela signifie ? Quelles sont les traditions dont il est question ? Et dans quelle mesure la notion de « découverte » signifie qu’il y a un manque de connaissances de la population au sujet de ces « traditions » ?

L’idée du « Black Market » est venue de Alain Kablan Porquet, propriétaire du Bushman Café. A travers ce « Black Market », nous souhaitons rappeler le traditionnel marché africain. Un espace vivant ou l’on retrouve des produits de tout genre tels que la pharmacopée avec les plantes des herboristes, les huiles et savons traditionnels ou encore les produits et matières traditionnelles telles que les kinté, kita, indigo ou encore les bijoux et accessoires en bronze ou étain. L’idée est de s’appuyer sur nos savoir-faire traditionnels pour faire ressortir la beauté de nos us et coutumes.

La notion de découverte est intéressante car l’Afrique est un vaste continent qui compte plusieurs nations. Chaque pays dispose de savoir-faire propres et d’autres sont partagés entre pays de même région. C’est pourquoi, durant ces deux jours de marché, nous aurons le plaisir d’accueillir des artisans du Ghana, du Kenya, du Burkina Faso, du Cameroun et de la Côte d’Ivoire. Nous avons par ailleurs sélectionné des artisans pour la touche écoresponsable de leur activité. Une façon de rappeler que l’artisanat traditionnel africain est respectueux de l’environnement.

On peut donc dire que le Black Market est une invitation à s’approprier ou se réapproprier le marché africain, lieu d’échanges et de découvertes de la richesse des plantes, saveurs, artisanats et arts du continent noir.

Nous sommes une structure complémentaire à l’action des fondations classiques, des galeries, des curateurs, des promoteurs, des institutions publiques et privées

Il y a quelques mois vous avez décidé de transformer une plate-forme blog sur la promotion des arts et culture avec un focus sur l’Afrique en fondation. Qu’est ce que ce changement implique ? 

Ce qu’il faut retenir, c’est que la plateforme de blogging Original – Arts & Culture, lancée en novembre 2014, a été mise en place pour contribuer à créer du contenu sur les arts et culture émanant de la zone Afrique. Chemin faisant, nous avons rencontré les acteurs du milieu, découvert les réalités du terrain et réalisé la nécessité d’agir dans la transformation structurelle et structurante de ce secteur. C’est ainsi qu’est née la « Original Foundation », la première fondation numérique de promotion des arts et culture avec un focus sur l’Afrique.

Devenir une fondation a été un choix bien réfléchi puisque notre statut de fondation numérique est un statut hybride. Nous sommes une structure complémentaire à l’action des fondations classiques, des galeries, des curateurs, des promoteurs, des institutions publiques et privées. Changer de statut nous permet de quitter un rôle de spectateur – reporteur pour un rôle d’acteur du changement. En effet, nous apportons notre contribution, d’une part, à la transformation des habitudes de promotions en proposant des solutions numériques aux artistes, artisans, promoteurs ; et d’autre part, en permettant à la jeunesse de se rapprocher de la culture à travers l’outil digital. Le grand changement est donc de se servir du numérique comme outil pour créer des liens, renforcer la coopération et mettre en place des actions concrètes sur le terrain qui impacteront réellement le secteur et les hommes.

Les formations artistiques ou de gestion des métiers culturels sont obsolètes

Vous définissez cette fondation comme la première fondation numérique pour la promotion des arts et de la culture avec un focus sur l’Afrique. Qu’est ce que cela signifie ? Quel est l’objet de cette fondation ? 

Deuxième édition de ArtGir auprès de 39 enfants de l’orphelinat Loving Hands Safe House de Gilgil (Kenya) le 14 avril 2018

La fondation a pour objet d’accompagner les artistes, artisans et acteurs du milieu et pour vulgariser et promouvoir les connaissances, projets et actions mis en place en vue de valoriser les Arts et la Culture. .Le numérique est un moyen pour créer un pont entre les acteurs, amoureux, et passionnés d’arts et de culture à travers le continent et plus largement, le monde. Nous développons trois axes. D’abord l’éducation. “No Education, No Culture, No Future”  Selon l’UNICEF, un internaute sur trois à l’échelle mondiale est un enfant. Sur le continent africain, il s’agit d’un internaute sur cinq. Les jeunes africains se tournent donc de plus en plus vers l’outil internet pour s’informer. Il y a donc une nécessité d’être présent, auprès d’eux, et de leur proposer une source fiable d’informations nécessaire à la vulgarisation, l’apprentissage et le partage de nos cultures. Il est important de lutter pour la transmission des cultures, savoirs et us et coutumes du continent afin de sensibiliser et donner une base à la jeunesse. En effet, une jeunesse éduquée et créative est un gage de développement de la société, et donc un pari pour son avenir.

Ensuite il s’agit de travailler avec les artistes et artisans à partir d’un constat : Les formations artistiques ou de gestion des métiers culturels sont obsolètes et ne permettent pas de faire face aux réalités des temps modernes. Plutôt que d’imposer une manière de faire, nous prenons le parti pris de sensibiliser à la chose numérique afin que les artistes, artisans, et promoteurs embrassent ce changement pour une transformation structurelle du secteur en vue de sa survie. Le digital doit donc faire partie intégrante de la logique de promotion.

Vernissage de l’exposition « L’Harmonie du Wax et de la Peinture » de Irley Rivera (du 7 au 14 avril 2018) à Institut Français de Côte d’Ivoire

En ce sens, nous proposons des services de consulting car nous disposons aujourd’hui d’une expertise sur le terrain pour accompagner les structures désireuses de promouvoir les arts et culture. Nous proposons ainsi des contenus et informations uniques, mais aussi un support à l’organisation d’activités spécifiques ayant trait à la promotion des arts et culture comme des expositions-ventes, des vernissages, des accompagnements à la rédaction de projets, du conseil et du coaching en développement de projet etc. Notre soutien prend une forme morale, intellectuelle, matérielle et financière selon les situations. Et certaines de nos prestations sont facturées en vue de financer nos activités à caractère social et celles de promotion.

Qu’entendez vous par « focus sur l’Afrique » ? La dimension est très large.

Nous entendons par « focus sur l’Afrique » la nécessité de ne pas enfermer les acteurs dans une « africanité ». Il ne s’agit pas de les identifier obligatoirement comme « Africain ». Le focus sur l’Afrique nous permet aujourd’hui de nous intéresser aux acteurs intégrant dans leur démarche une part de l’Afrique dans toute sa composante artistique et culturelle. C’est pourquoi, vous pourrez découvrir sur notre plateforme une japonaise jouant d’un instrument de musique africain ou un ivoirien résolument citoyen du monde qui transmet un message universel dans son œuvre ou encore des acteurs qui s’engagent à la vulgarisation d’un genre musical sur le continent… L’idée est vraiment de montrer que l’Afrique du 21ème siècle est une Afrique qui bouge, qui bouillonne et qui est en effervescence.

On entend par fondation la capacité de soutenir financièrement des projets artistiques. Dans quelle mesure « Original Foundation » peut aujourd’hui le faire ? 

Aujourd’hui, la « Original Foundation » dispose de peu de moyens pour financer des projets de grandes envergures mais nous ne nous limitons pas aux moyens financiers. Nous nous concentrons sur les projets concrets, avant-gardistes et à forte valeur. Nous sommes convaincus qu’un projet pertinent trouvera toujours un mécène. C’est pourquoi, nous invitons les porteurs de projets à nous contacter. Notre premier actif reste notre savoir, notre expertise, et notre connaissance du terrain et des acteurs. Nous savons, grâce au numérique, que nos actions ont déjà une portées mondiales puisqu’accessibles dans les 178 pays qui nous suivent à travers le monde. Je suis donc convaincue que les projets, qui naitront, permettront un meilleur engagement des donateurs et éventuels mécènes.

Seen Expo Afro Chic édition 2 le samedi 7 avril 2018 au Seen Hotel Abidjan Plateau

Quel est le modèle économique de la fondation ? De combien de personnes et quels profils est composée votre équipe ? 

La Fondation fonctionne aujourd’hui par le biais des cotisations des membres, des dons de particuliers  et des activités de consulting. La Fondation compte 3 membres actifs au sein du bureau. Il s’agit de Stéphane Affeni, Trésorier disposant d’une large et solide expérience dans la production audiovisuelle et la communication de marque et produit. Elsa Koffi est secrétaire Général. Chimiste de formation et riche d’une expérience dans l’assistanat de haut niveau à destination de top managers évoluant dans le secteur public. Ses compétences en gestion d’organisation et relations publiques sont une force pour la Fondation. Je suis quant à moi présidente de la structure aujourd’hui. J’ai une expérience dans l’assistanat de haut niveau à destination de top managers évoluant dans le secteur public et privé et suis conseiller spécial du Président Fondateur de la plateforme Chefs-in-Africa, Dieuveil Malonga. J’ai aussi une expérience de six ans dans l’accompagnement et le coaching de marque créative et d’artistes indépendants et à une connaissance des arts et culture du continent et particulièrement ouest africain. La Fondation est soutenue par un mécène qui souhaite conserver l’anonymat. Sa vision pourrait se résumer ainsi : « Le degré de connaissance artistique et culturelle d’un peuple est un gage de sa créativité et de sa capacité d’innovation et, par conséquent, de sa capacité à s’adapter au changement. Œuvrer pour la vulgarisation de la culture et des arts issus de l’Afrique, le continent le plus dynamique aujourd’hui, est plus qu’une nécessité, c’est un devoir ».

Exposition de Ernest Dükü « MasKArade @ ANANZE explorer » du 8 mars au 12 mai 2018 à la LSGG à Abidjan. Original Foundation a apporté un accompagnement média

Par ailleurs, vous continuez la publication d’articles. C’est une dimension média d’information que vous souhaitez développer en parallèle où elle est constitutive de l’activité de la fondation ? 

Il fut une époque où la maîtrise de l’information était source de pouvoir. Aujourd’hui la donne a changé. C’est le diffuseur de l’information unique, vérifiée et fiable qui a le pouvoir. En effet, être au courant à temps de l’information est important. Mais à l’heure de la surinformation, il est nécessaire d’avoir des diffuseurs fiables qui donnent une information précise et pertinente. Et notre plateforme à cette force.

Créer une communauté « engagée » pour la promotion des arts et de la culture 

En effet, en moins de 3 ans et demi nous avons réussi à produire plus de 700 articles sur diverses thématiques et ainsi nous avons pu réunir plus de 89 000 visiteurs en provenance de plus de 178 pays dont 51 % sont basés en Afrique. Nous avons 1905 abonnés qualifiés à notre newsletter dont 75 % sont des femmes âgées de 25 à 55 ans et nous sommes suivis par plus de 5000 personnes sur les réseaux sociaux.

Aujourd’hui, avec la Fondation, nous allons plus loin. Le travail que nous réalisons verra sa pertinence dans 20 ans, lorsque nos enfants et petits enfants s’interrogeront sur leurs origines, leurs passés familiaux et collectifs. C’est un travail de collectes, d’archives et de diffusions des savoirs que nous sommes en train de réaliser. Nous diversifions nos contenus. Nous proposons depuis le 24 janvier 2018, des contenus vidéos de valorisation des acteurs de la promotion des arts et culture avec un focus sur l’Afrique. Il est inadmissible que des monuments disparaissent dans l’anonymat complet. C’est pourquoi nous sommes heureux et fiers que Mme Simone Guirandou N’Diaye, Historienne de l’Art et Galeriste de renom nous ai accordé sa première interview vidéo. Nous ne souhaitons pas devenir un média d’informations. Ce n’est pas notre vocation. Nous sommes plutôt en train de créer une communauté « engagée » pour la promotion des arts et de la culture avec un focus sur l’Afrique.

Vous êtes implantés à Abidjan. Quel est le territoire de couverture de vos activités de promotion artistique et culturelle ? 

Nous sommes effectivement implantés à Abidjan. Pourquoi Abidjan ? Abidjan est une plateforme artistique et culturelle de choix en Afrique de l’Ouest mais aussi au niveau économique. Depuis Abidjan, nous pouvons nous rendre dans le monde entier. Mais, grâce au numérique, nous pouvons vous dire que nous sommes lus dans plus de 178 pays dans le monde.Nos lecteurs basés en Corée, au Kazakhstan, aux Etats Unis, au Mozambique ou encore en France, Tunisie, Australie, Bénin, Guinée, Rwanda et Kenya prouvent que notre plateforme n’a pas de limites. Nous sommes prêts à nous déplacer selon les projets car les Arts et la Culture sont des valeurs universelles.

 Par « arts et culture », qu’entendez-vous comme discipline artistique ? Période de création ? Espace de création ? 

Pour nous, les Arts sont ceux définis comme tels selon la classification internationale, à savoir :

Vernissage de l’exposition « United Colors of Africa » de Claire Marboeuf (Du 23 mars au 5 avril 2018) au Seen Hotel Abidjan Plateau

La culture englobe pour nous l’ensemble des rites, traditions, us et coutumes. C’est ainsi que l’on parlera parfois de Mode mais en traitant un aspect traditionnel et historique comme les adinkras, les motifs des pagnes ou la confection des tentures traditionnelles. Nous parlerons également de Gastronomie, car les arts culinaires sont parties intégrantes des cultures, ou encore de l’Architecture puisque cette dernière est souvent un témoin d’une évolution culturelle et artistique. Nous sommes donc dans une présentation des « Arts et culture » comme témoignage de l’histoire collective passée, présente, et future.