Ecrivain, historien de l’art et photographe, critique de photographie pour le New York Times Magazine, Teju Cole publie, aux éditions Zoé, le roman Chaque jour appartient au voleur. Sortie prévue le 4 octobre. 

Chaque jour appartient au voleur est le récit d’un retour au pays natal, le Nigéria pour le narrateur. Ce roman s’inscrit dans le sillon d’autres livres qui traitent du même sujet comme Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie qui lui aussi évoquait le retour de sa narratrice au Nigéria, son pays d’origine. Teju Cole a grandi au Nigéria avant de s’installer aux Etats-Unis. Il vit aujourd’hui à New-York.

Dans ce roman, à la première personne, l’intrigue se déroule dans une durée d’un mois. Le narrateur n’est pas revenu à Lagos depuis 15 ans et oscille sans cesse entre mélancolie, surprise de retrouver ou de ne pas retrouver les éléments de sa vie passée et regard critique sur son pays. Cette relation d’amour-haine se construit au travers de son regard dedans-dehors, car comme l’écrit le personnage principal “c’est en étranger que je reviens”.

Il est alors critique envers ce qu’il voit, vit, ressent. La première critique, et qui commence alors même que le narrateur n’est pas au Nigéria mais seulement au consulat de son pays aux États-Unis, porte sur la corruption omniprésente. Les épisodes où interviennent les pots de vin et autre arnaques se répètent tout au long du roman ce qui pousse l’écrivain à produire une réflexion sur cette pratique comme : « L‘argent, dispensé en quantité appropriés au contexte, sert ici de lubrifiant social. Il facilite les mouvements tout en préservant les hiérarchies. […] À chaque transaction correspond une somme idoine qui arrondit les angles. Et personne à part moi ne semble gêné que l’argent exigé par quelqu’un dont le doigt chatouille la détente d’une kalachnikov soit moins un pourboire qu’une rançon. »

Teju Cole introduit ainsi différentes réflexions sur la façon dont on fonctionne au Nigéria. Il commente par exemple ce qu’il appelle « L’idée besoin », à savoir le fait qu’au Nigéria l’apparence compte plus que le concret. Ce qu’il faut c’est l’idée, plus que la chose en elle-même. Le personnage raconte : « un jour, en allant en ville avec l’un des chauffeurs de bus scolaire, je m’aperçois que la ceinture de sécurité ne s’enclenche plus. Oh, vous n’avez qu’à tendre la ceinture et vous asseoir sur la boucle, répond-il, c’est l’idée besoin. L’enjeu n’est pas la sécurité. Juste son apparence. »

Le récit est riche de nombreuses descriptions de la ville, des sensations qui l’accompagnent, comme lorsque le personnage s’échappe de la lourdeur familiale pour prendre le danfo – taxi partagé – ou encore le taxi moto et se perdre dans les dédales de Lagos dont il nous fait partager sons, images, odeurs. Le narrateur y partage aussi grandement sa foi dans l’art et les initiatives culturelles dont il cherche la trace partout.

Le fait que Teju Cole soit un photographe de renom se traduit dans le roman par la présence de photographies prises par l’auteur lors de voyage à Lagos mais aussi dans la forme même du texte. Les scènes de vie se succèdent, formant un ensemble d’instantanés qui composent une capitale mouvante, vivante. « Les récits me tombent dessus de toute part. Chaque personne qui pénètre dans la maison, chaque inconnu avec qui j’engage la conversation a une histoire fascinante à offrir. » L’auteur nous emmène donc avec lui. Lorsqu’on referme Chaque jour nous appartient, nous avons voyagé à Lagos. Et c’est surement la plus grande qualité de ce livre par lequel il est facile de se laisser emporter.