Programmé dans le cadre de la Semaine Asymétrique à Marseille en novembre dernier, le film sera à nouveau projeté le 10 et 17 janvier 2019 dans le cadre des ateliers d’Aflam, association organisatrice des « Rencontres des cinémas arabes », le plus gros événement de la région marseillaise autour des cinémas arabes. La Pêche et l’Olive est un film-voyage, au cœur de la jeunesse d’une rive à l’autre de la Méditerranée, de Montreuil au village cisjordanien de Beit Sira.

À l’été 2014, il pleuvait encore des bombes sur Gaza. Gaza, c’est un peu le symbole de la Palestine à l’étranger – la misère, la résistance, mais surtout le danger. Il n’y a donc rien d’anodin dans la décision de cette bande de neuf jeunes de Montreuil, âgés de 14 à 17 ans de suivre en 2016 le projet ambitieux d’Abdelatif Belhaj et de Lolita Bourdet, qui les ont rassemblés pour qu’ils deviennent les personnages d’un film qui relie la banlieue française à la Cisjordanie, plus précisément au village de Beit Sira, dont la moitié des territoires s’est vue colonisée par des Israéliens venus s’installer à la lisière des champs de thym (zaatar). Ce film crée un pont des murs à pêches de Montreuil aux oliviers de Palestine, et traduit avec subtilité la poésie d’une transformation de la conscience identitaire d’une bande de jeunes confrontée à de nouvelles formes d’altérité.

La Pêche et l’Olive est né de la collaboration historique établie entre la ville française de Montreuil et le village palestinien de Beit Sira. Le jumelage fêtait ses dix ans en 2016 ; c’était l’occasion d’honorer l’accord qui liait les deux villes. La coopérative à l’initiative de ce projet fut bientôt rejointe par deux artistes travaillant à l’époque sur le secteur de la ville, qui proposèrent le projet d’un film documentaire qui marquerait la rencontre entre une jeunesse volontaire de la banlieue parisienne et la jeunesse palestinienne de Beit Sira.

Le projet est simple, et le symbole est fort. Après une première prise de contact par vidéos interposées, un groupe d’adolescents montreuillois se rend en Cisjordanie pour rencontrer leurs homologues palestiniens, avant de les accueillir chez eux aux abords de Paris. Cet échange fait bien plus qu’honorer le jumelage de deux villes dans l’ombre des capitales ; il invite les jeunes – et avec eux les spectateurs – à prendre conscience de la fragilité d’une définition identitaire. Devant les classes de Palestiniens qui attendent leurs visiteurs Français se présentent Aziza, Cennet, Nohobo, Bilel, Mariam, Rami, Sirandou Ryad ou Ines, originaires de Côte d’Ivoire, du Maroc, du Mali, d’Algérie, d’Égypte ou de Turquie, qui jusqu’ici n’auraient jamais pensé se définir comme Français. L’un d’entre eux, arabophone, en vient même à refuser de parler français avec ses camarades, comme pour se sentir plus proches des Palestiniens qu’il côtoie – et qui le rabrouent : ils doivent être fiers d’être Français. Car quelle que soit la couleur de leur peau, le racisme auquel ils peuvent être confrontés dans leur pays de naissance, ils portent, aux yeux de ces jeunes de Beit Sira, ce qu’est la France. Les Palestiniens, eux, se battent encore pour faire reconnaître leur appartenance nationale.

En Cisjordanie, voyageant d’un checkpoint à un autre, le groupe de jeunes Français apprend la difficulté de vivre avec une identité niée. En accompagnant ces derniers dans les rues de Beit Sira, les jeunes Palestiniens apprennent la diversité, eux pour qui la France était sans doute, comme le dira une jeune du groupe des Français, le pays des « blonds aux yeux bleus ».

©Plexus

Le film est une grande leçon de tolérance. Le résultat immédiat de ce double voyage est de transformer l’image d’Épinal ou de guerre qui occupait les esprits des uns et des autres : Paris, ce n’est pas que la tour Eiffel, et la Palestine n’est pas toujours en guerre. Les Juifs ne sont pas nécessairement sionistes, et les Français parlent aussi, parfois, l’arabe. Pour les Français comme pour les Palestiniens, ce voyage est aussi l’occasion d’une construction identitaire personnelle, loin de la famille et des cadres traditionnels ; c’est pour eux l’occasion de se mettre à l’épreuve de l’adversité. Sans honte, ils balbutient quelques mots d’arabe – leur nom, leur âge – et sont prêts à tout pour échanger avec cette jeunesse qui vit sur les restes d’un passé différent. Les jeunes Palestiniens leur enseignent la dabké, une danse traditionnelle qui affirme à chaque saut la fierté de la tradition arabe locale.

La caméra des adultes qui les accompagnent est bienveillante. Les cinéastes ont fait le choix de centrer le sujet du film sur la perception des jeunes et leur transformation au fil du récit. Débordant de loin la géopolitique, leur prise de conscience bouleverse leur propre rapport à la vie. Arrivés à Montreuil, les Palestiniens tentent bel et bien de comprendre ce qui les entoure, mais les questions liées à leurs traditions personnelles subsistent ; comment justifier d’être musulmane et de ne pas porter le voile ? Est-ce vrai que les femmes sortent le soir, seules dans les rues ? L’impact de ces questions est intéressant à observer sur le visage des jeunes Français qui les reçoivent – comme si, pour la première fois, ils prenaient conscience d’une certaine réalité de l’univers dans lequel ils évoluent quotidiennement. Et après avoir interrogé la réalité palestinienne, c’est à leur tour de s’expliquer : c’est ainsi que peut naître une amitié, et de là que peut s’imposer la paix.