Rencontres territoires de la création Artistes, institutions et opérateurs culturels pour un développement durable en Afrique

Lille, les 26, 27 et 28 septembre 2000

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Des actes seront publiés sur ces rencontres, reprenant les textes des différentes interventions : notre objectif ici n’est que d’en rendre compte de façon personnelle, forcément subjective, mais d’en rendre compte quand même car elles nous semblent dégager une certaine nouveauté de vision qui mérite d’être soulignée.
Voilà des rencontres qui mettaient les moyens. Tout le gratin artistique africain (essentiellement francophone avec quelques ovnis anglophones ou lusophones) était réuni trois jours à Lille pour colloquer aux frais de l’AFAA (Association française d’action artistique, rattachée au ministère des Affaires étrangères), pour un bilan-perspective dix ans après les rencontres Afrique en créations qui avaient initié une nouvelle politique de coopération artistique avec l’Afrique. L’occasion en somme pour l’Etat français de manifester sa volonté de changement dans sa politique de coopération, d’en réunir les acteurs pour la discuter avec eux, de dégager des pistes concrètes d’action. Côté intentions pas de problème : c’est démocratique et ça baigne dans la concertation. Plus prosaïquement, le dossier indiquait trois objectifs : 1) témoigner de la vitalité de la création contemporaine et établir un bilan de dix années d’appui international (rien que ça), 2) mener une double réflexion sur les conditions de la création artistique, les mécanisme de production et de diffusion des oeuvres ainsi que le rôle économique et social de la culture dans le développement durable de l’Afrique (donc en éclatant déphasage avec l’inaction notoire de nombre de ministères de la Culture africains), 3) définir de nouvelles orientations pour la coopération culturelle internationale. C’est bien sûr ce dernier point qui manquait – mais comment pouvait-il en être autrement ? Autant un colloque de trois jours peut tirer un bilan (en général déjà prémaché en d’autres endroits : ce genre d’exercice n’était nouveau pour personne), autant les solutions sont tellement lointaines que trois jours ne suffiraient pas à en aborder les prémices. Si bien que l’on avait l’impression qu’il aurait mieux valu jouer franc-jeu : proposer l’état des réflexions concrètes des tenants de la coopération et les soumettre à la critique constructive plutôt que de simuler une concertation d’autant plus frustrante qu’elle ne peut réellement avoir lieu dans un tel contexte.
Et c’est justement ça qui était intéressant à Lille : sentir quel vent souffle aujourd’hui à la Coopération culturelle française. Un nouveau discours se faisait jour à Lille, qui réjouit mais qui n’est pas sans soulever des interrogations. Réjouissant car il est nouveau et intéressant d’entendre Olivier Poivre d’Arvor, directeur de l’AFAA, ouvrir les rencontres en indiquant que : « la France n’a plus les moyens de rayonner partout : c’est un concept dépassé » ou récusant « l’idée d’un centre, d’une provenance de l’extérieur ». Voilà enfin affirmé clairement ce qui va à l’encontre de cette fameuse « diffusion de la pensée française » qui reste le sigle de l’association du même nom (qui a récemment regroupé sous ce titre l’Audecam et le Clef/Notre librairie) et le fond d’une habitude de méfiance par rapport à la qualité des créateurs du Sud prise depuis bien longtemps dans les rapports artistiques Nord-Sud. Car il s’agit concrètement par exemple, comme le soulignait avec humour le metteur en scène béninois Alougbine Dine à la fin du colloque, de « mettre fin à l’envoi en Afrique d’artistes du Nord pour qu’ils se ressourcent, metteurs en scène imposés qui sont rarement des metteurs en scène éminents chez eux ». En somme, l’enjeu est de reconnaître enfin la valeur des créateurs africains pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’on a besoin qu’ils soient. Et de faciliter leur émergence pour enrichir la pluralité universelle de la création face aux menaces de laminage culturel planétaire que fait peser la mondialisation culturelle. Poivre d’Arvor annonçait donc la couleur :
1) soutien aux opérateur culturels du Sud – ça tombe bien, ils n’attendaient que ça : ils ont même déjà créé des réseaux. Et sont même en passe de structurer leurs soutiens. C’est ainsi que le programme OCRE (opérateurs culturels en réseau) initié avec assiduité par Valérie Thfoin au sein d’Afrique en créations a maintenant le vent en poupe après avoir galéré un bon moment pour s’imposer, que le réseau Afrique Synergie (opérateurs culturels en Afrique centrale) animé par l’Espace Linga Téré de Bangui dirigé par Vincent Mambachaka est soutenu par l’Agence de la Francophonie et qu’un réseau d’information culturelle en Afrique et en Europe (RICAFE) est en train de se structurer avec les mêmes partenaires et Africultures comme relais au Nord. 2) à partir de janvier 2001, un programme de trois ans de formation aux métiers de la culture répondant aux besoins dans l’administration et la gestion culturelle. Un comité consultatif sera créé autour de Joël Dechezleprêtre, ancien directeur du CCF d’Abidjan et maintenant responsable du programme Afrique en créations.
Donc, concertation et un soutien moins ethnocentré aux créateurs et à l’ingénierie culturelle, comme on dit maintenant. Tout va bien ! C’est la joie, ça explose ! Pourquoi s’inquiéter quand même ? Parce que toute nouvelle vision n’échappe pas à de nouvelles contradictions puisqu’on reste dans le domaine de la relation Nord-Sud. Parce qu’on n’échappe pas en un tour de main à son histoire (celle de la sempiternelle dialectique entre le coeur et la raison), que l’on peut craindre des réticences et des freins de la part d’une institution de coopération dont on connaît les pesanteurs, que nombre de directeurs de CCF sont des gens formidables mais que leur action a souvent la durée de leur affectation et tout bascule à leur départ, que l’intérêt des créateurs n’est pas forcément identique à celui d’une structure officielle de coopération, que l’enjeu reste toujours l’indépendance réelle de la création, que cette création n’est art que si elle dérange, que rien n’est simple quand d’un côté il y a des moyens considérables et de l’autre une main nécessairement tendue pour avoir une chance de survie, et que dans un tel contexte il est bien difficile de ne pas se substituer à l’Autre en lui disant ce qu’il doit faire.
Voilà, rien de plus : l’inquiétude plutôt que la certitude, tout simplement. « Travailler au plus près des créateurs, à la hauteur des espaces locaux, dans le contexte de la faiblesse des politiques d’Etat envers la culture » disait Poivre d’Arvor, soucieux de « conforter les initiatives privées dans les villes ». Oui, super, mais en restant conscient qu’inévitablement, on élit (« identifie ») certains au détriment d’autres, que cela crée des tensions d’autant plus naturelles qu’elles sont issues d’une différence de traitement par un extérieur qui est perçu d’autant moins neutre qu’il est l’ancien colon.
Ceci posé, les rencontres de Lille ont été un formidable lieu d’échange et de connaissance qu’il serait stupide de négliger. D’entrée, des « grands témoins » ont dégagé quelques pistes. Noureïni Tidjani-Serpos (Unesco) s’est demandé pourquoi l’Afrique n’intéresse pas les médias. Une deuxième forme d’analphabétisme est en train de naître dans le monde du futur, à travers le non-accès à l’informatique. Dans ce contexte, les artistes contribuent, par leur retravail des mythes et légendes, à une façon de dire aujourd’hui à partir de ce qui était. Erik Orsenna, écrivain appartenant au comité éditorial des NEI d’Abidjan, a insisté sur les problèmes de l’édition. Donnant l’exemple de Moses Isegawa, Ougandais qui a écrit en néerlandais son livre à succès Chroniques Abysiniennes, il a mis en valeur l’obstination et la ruse nécessaires pour se faire entendre. Il en a lui aussi appelé à une alliance de tous les créateurs face à la menace du fossé numérique, du nouvel analphabétisme. Tidjani Serpos lui a répondu que la ruse demandait l’éducation, signalant que les musées africains n’ont pas les oeuvres des artistes contemporains et a dénoncé la classe moyenne, ces hommes d’affaire qui ne parrainent pas la culture, « cette bourgeoisie de béton complètement aveugle ». Tandis qu’Orsenna citait Victor Segalen, ce poète qui a tant voyagé : « Le divers décroît, là est le grand péril terrestre. » Tout cela en guise d’introduction était plutôt politiquement correct. Et voilà que le Camerounais Célestin Monga arriva (avec un peu de retard pour problème de visa, intéressante réalité rappelée à diverses reprises par Philippe Goutte de Zone Franche qui se bat pour les visas d’artistes.) et réussit à chauffer la salle ! Parti du Cameroun parce qu’il était menacé pour ses critiques envers les autorités, il a maintenant trouvé refuge aux Etats-Unis et un poste d’économiste en vue à la Banque mondiale. Est-ce cette influence quotidienne, ce plongeon dans les hautes sphères américaines ? Son discours a en tout cas clairement évolué : « En Europe, dit-il, la culture est perçue comme un moyen de domination, d’où les régulations adoptées par l’Union européenne qui impose par exemple 40 % des programmes télévision de provenance locale. Les Etats-Unis, eux, n’ont pas de ministère de la Culture ! » Et d’insister sur la culture comme refuge du relativisme : chaque peuple a le droit et le devoir de protéger sa culture, mais quand Li-Peng se réclame de 10 000 ans d’histoire chinoise, les Etats-Unis ne peuvent qu’aligner « leur création il y a 200 ans par une bande de voyous » ! Ainsi, la conception de la culture et de la démocratie est-elle très précise et occidentale. La Constitution du Bhoutan prévoit de développer le bonheur national brut ! Tout cela pour contester une idée non avouée : un produit culturel ne doit pas répondre aux exigences minimales. Monga était au Fespaco et a été impressionné par la médiocrité justifiée par le fait qu’on a le droit de faire ce qu’on veut. Frissons dans la salle. Bassek Ba Kobhio, le cinéaste camerounais, se trémousse de plus en plus sur son fauteuil. Monga explique que c’est un problème d’attitude : les artistes attendent qu’on vienne les aider à faire ce qu’ils ont à faire ! Dans le cadre de la mondialisation et des marchés connectés, c’est suicidaire. Il faut au contraire tirer l’avantage de l’existence d’un marché global dans le « grand rendez-vous du donner et du recevoir » dont parlait Senghor. Les réactions de la salle ne se sont pas faites attendre ! Quoi ? Dans ces rencontres des créateurs, nous faire croire que les films africains sont nuls ? (Bassek explose) Que seul le marché est porteur ? Qu’il ne faut pas attendre les aides ? La douce torpeur qui s’empare de chacun après le repas de midi était vite balayée. Les débats pouvaient commencer. Des ateliers par disciplines (dont on trouvera quelques compte-rendus dans la revue et sur le site : arts plastiques, danse, cinéma) devaient dresser un état des lieux pour dégager les freins au développement culturel. Francisco d’Almeida (Culture et développement, Grenoble), valeureux organisateur du colloque, renonça au discours qu’il avait préparé pour rattraper les retards d’horaire, inaugurant une incroyable course contre la montre qui durera jusqu’à la fin des rencontres : discours minutés, signaux sonores en cas de dépassement, tension permanente du temps qui manque. ce n’est qu’ainsi que la pléiade d’intervenants purent chacun placer leur mot, résumant en catastrophe à quelques phrases les papiers qu’ils avaient préparé avec tout le sérieux du monde. Les actes seront édités, qu’on se rassure. Mais côté ambiance, c’était spécial. En ce mercredi, la plénière « Pour un milieu professionnel artistiquement autonome et économiquement viable » était animée par Dominique Wallon, ancien directeur du CNC et président de l’association Ecrans Nord-Sud qui soutient la diffusion des films d’Afrique en France et en Afrique. « Comment faire changer les politiques des gouvernements ? demandait-il en introduction. Quelles alternatives les professionnels de la société civile peuvent-ils développer ? Quels partenariats le Nord peut-il proposer ? Une production à deux vitesses, l’une locale l’autre internationale semble inévitable : comment gérer la coupure ? » Il a signalé que dans le cinéma, en soutenant la production, les aides ont largement sous-estimé les problèmes structurels, favorisant la situation actuelle de faiblesse de production. Enfin, insistant sur l’importance de l’autonomie artistique, il demandait comment l’affirmer sur le marché ? Félix-Alain Tailly, qui anime le PSIC en Côte d’Ivoire (Programme de soutien aux initiatives culturelles, financé par l’Union européenne), insista sur le manque d’existence juridique des métiers de la culture, ce qui encourage des aventuriers à s’autoproclamer managers ! A quoi s’ajoute les mauvaises conditions de travail et de rémunération des artistes et un déficit d’information sur le financements. Sur 64 projets subventionnés par le PSIC, seuls 9 avaient un administrateur attitré. Les autres étaient gérés par les artistes. Leitmotiv de ces rencontres : le manque de formation, égrené sous toutes les formes, dans tous les recoins, à chaque micro. Les techniciens apprennent leur métier sur le tas, les artistes s’improvisent entrepreneurs, la performance générale s’en ressent. Rémi Sagna (Biennale des arts de Dakar, qui vient de passer à l’Agence de la Francophonie) insista sur le besoin de critiques d’art, de journalistes culturels compétents. Des ateliers de journalistes culturels ont ainsi été débutés au MASA, continués à Dak’art, seront poursuivis à Bamako. Inutile d’insister sur l’importance de la chose pour la mémoire de la création culturelle contemporaine. Oumou Sy (styliste sénégalaise) exposa son travail avec les ateliers qu’elle anime où une centaine d’élèves apprennent les techniques traditionnelles du costume mais aussi le tissage, la poterie, la céramique, la peinture sur soie et traditionnelle, le batik, la haute couture, le design, la bijouterie touarègue et autre. Les résultats en sont montrés au Carnaval de Dakar. Et surtout, les produits sont vendus sur internet, répondant à une forte demande. Vincent Koala (ODAS Africa, Burkina Faso) est un ancien ingénieur des eaux et forêts converti dans la lutte contre la désertification culturelle ! L’ODAS, qui gère elle-même la compagnie des deux danseurs Sania ni Seydou, contribue à la professionnalisation des compagnies artistiques pour leur permettre d’être crédibles internationalement. Son problème : avoir un fond de roulement ! L’inévitable styliste nigérien Alphadi reprit son couplet dynamique sur la viabilité et la rentabilité de l’industrie de la mode et Cyrus Parfait, qui a coordonné les rencontres chorégraphiques d’Antananarivo insista sur l’importance de la gestion du temps. Le secrétaire général du MASA, M. Yablaih, rappela que la Masa avait été un tremplin pour nombre d’artistes comme Meyway, les Frères Guissé, Le Panafrican Orchestra, Wendo Kolosoy etc, tandis que Were Were Liking montra une fois de plus combien il lui était difficile d’arriver à faire tourner sans aide le village Ki-Yi d’Abidjan. Mamadou Konté (Africa Fête, Dakar) avait trois mots en tête : formation, circulation et développement. Et c’est Vincent Mambachaka (Espace Linga Téré, Bangui) qui posa la question cruciale de la pérennisation des entreprises, de ces lieux de diffusion nés il y a 10 ou 15 ans en marge face aux manques de structures et de politiques des Etats. Pour ne plus faire la course aux subventions, il insista sur l’importance des réseaux permettant formation, échanges, résidences d’artistes, appui aux festivals par mobilisation des compétences locales. C’est ce que tente le réseau Afrique synergie en Afrique centrale. Le programme cadre prévu sur deux ans avec le soutien de l’Agence de la Francophonie permettra formation et circulation dans les structures existantes en Afrique (et non en Europe, comme d’habitude). Durant le débat, Mme Cissé, galeriste à Dakar, appela a arrêter les colloques qui redisent la même chose et passer à du nouveau, comme l’arrêt des coopérations et leur remplacement par des structures de crédit. Elle fut largement applaudie. Le cinéaste camerounais Bassek Ba Kobhio lui emboîta le pas et proposa une motion pour que les possibilités de crédit aux PME-PMI en Afrique soient ouvertes aux entreprises culturelles. Larges applaudissements dans la salle pour marquer un accord qui sera pourtant peu évoqué par la suite. Vinrent ensuite, comme un écho déformé, les bailleurs de fonds. Thomas Laely (Pro Helvetia, Suisse) indiqua bien qu’il fallait un lien nécessaire avec la Suisse pour participer à la production. Damien Pwono (Ford Foundation, Etats-Unis) annonça que la fondation, qui reçoit 200 projets par jour, appuyait le développement des réseaux, proposant de financer le prochain colloque sur le sujet, et était prête à mettre en place un système de crédit. Bruno Asseray (coopération culturelle au ministère français des Affaires étrangères) précisa bien que la France considérait la culture comme dans le champ d’aide de l’Etat et non seulement un produit commercial. Bernard Petterson (Agence de la Francophonie) rappela que les caisses de l’Agence n’étaient pas extensibles et que le professionnalisme était un critère. Gabrielle von Brochowski (qui représentait l’Union Européenne) signala que les accords de Cotonou avaient sécurisé l’aide à la culture pour 20 ans (d’aucuns pensent pourtant que c’était un pas en arrière) et qu’un nouveau programme était mis en place pour les services de conseil et de promotion pour les entreprises culturelles.
L’après-midi, la plénière « outils du développement culturel » était animée par Serge Kancel qui a longtemps animé à lui tout seul la petite cellule de la coopération culturelle à l’Union européenne. Il insista sur le fait qu’il n’y a pas de création sans information et que la culture n’est pas un secteur : on arbitre pas le cinéma contre les arts plastiques. Boyzie Cekwana, chorégraphe sud-africain, renchérit en indiquant que certains ont réussi à capter les postes d’influence en trustant l’information, tandis qu’Alougbine Dine, metteur en scène béninois, montra qu’en prévoyant des spectacles adaptés à l’environnement africain (manque d’éclairages et de salles équipées), il pouvait les faire tourner partout. Oumar Sall (Groupe 30 Afrique, Dakar) indiqua qu’il a constitué une base de données sur les arts, avec 7000 adresses dans 49 pays africains. Le Groupe 30 était parti du constat de la méconnaissance par les pouvoirs publics des initiatives des artistes. Le site internet du Groupe permettra de mettre cette base à disposition, des publications comme Papaye et Medi’art proposent réflexions et informations, une activité de circulation de spectacles est développée. L’initiative RICAFE (réseau d’information culturel en Afrique et en Europe) menée en commun avec nombre de partenaires africains en partenariat avec Africultures qui en assure le relais au Nord permettra un élargissement de cette action. Vincent Mambachaka insista alors sur l’importance d’un site portail, inscrit au programme du RICAFE, pour que l’information soit disponible partout, Afrique Synergie agissant comme programme pilote à cet égard. Koudbi Koala (Nuits atypiques de Koudougou) insista sur l’origine rurale du réseau en place autour du festival, Valérie Mouroux (Ecrans Nord-Sud) exposa l’action de son association envers les exploitants de cinéma africains et l’importance d’un réseau, Vincent Koala (ODAS Africa) décrivit les moyens au service des 60 structures inscrites. Manda Tchebwa insista sur le manque d’une télévision comme CNN ou Euronews en Afrique, Souleymane Coulibaly rappela l’importance de familiariser les jeunes – futurs acheteurs – avec les oeuvres d’art et corrélativement de sensibiliser les médias sur la culture africaine, sans négliger les supports traditionnels qui gardent un impact important. Jean-Marie Borzeix (directeur de Télérama) trouva que l’Afrique occupait une grande présence dans les médias français de la culture alors que l’Amérique du Nord ignore les créations africaines. Antoine Yverneault rappela l’action de RFI et la revue Africa Mediterraneo insista sur l’absence en Italie d’analyse et de vision critique. Je me permis alors d’intervenir pour rappeler que les articles publiés dans la presse française sont souvent entachés d’une grande méconnaissance de l’Afrique et d’une gangue de préjugés, qu’Africultures pensait qu’il était temps d’insister davantage sur la déconstruction des représentations imaginaires issues de la colonisation et qu’en étant à son 32ème numéro, la revue proposait depuis bientôt 3 ans une information indépendante et critique, ce qui me semblait essentiel face aux inévitables complaisances de médias officiels qui doivent respecter la susceptibilité des Etats.
Du dernier jour, peu de choses à dire qui sorte du protocole, les ateliers du matin ayant dû être menés à vitesse grand V pour ne pas faire attendre les officiels. Même le discours d’Alpha Konaré, président de la République du Mali, (qui suivait un discours convenu entaché de force citations savantes de Charles Josselin, ministre délégué à la Coopération), n’atteignait pas la vigueur de ses autres discours. « Je suis venu à la recherche de quelque chose qui nous unit », commença-t-il, rappelant l’histoire de la collaboration avec Afrique en créations. « A l’époque, nous comprenions qu’il fallait ce métissage, ce brassage, mais qu’il fallait conforter aussi nos langues nationales et notre culture nationale. La fuite en avant vers le métissage serait un égarement. L’Afrique culturelle est en danger : l’exception culturelle est aussi africaine ! » ajouta-t-il.
Il avait auparavant écouté religieusement (avec le même silence que Martine Aubry, sans parole pour cause de pré-campagne électorale) les conclusions des ateliers, résumés forcément subjectifs de par la personnalité de leurs rapporteurs et forcément succints vu le temps imparti (un leitmotiv.). Quelques points cependant sur les ateliers qui n’étaient pas en plénière, car c’est quand même là que se situait l’intérêt de ces rencontres !
1) Marilyn Douala Belle Schaub (Doual’art, Cameroun) pour l’atelier arts visuels : - la formation : soutenir les résidences de création, le recyclage, créer des bibliothèques et renouveler les fonds documentaires, structurer la recherche pour la formation d’historiens et de critiques d’art. - inscription de l’artiste dans la société : soutenir la liberté de création, appréhender la rentabilité socio-économique des créations. - information et diffusion : partenariats avec les missions de coopération qui préachètent les titres de presse, diffusion par internet mais pousser aussi le livre par des partenariats avec des librairies sur le continent. - réseaux de galeries Sud-Sud et Sud-Nord : sortir des salles d’expo et investir l’espace urbain, formation des managers culturels. En somme, revoir les politiques de coopération dans le sens d’un soutien à l’autonomie des lieux de diffusion en facilitant la mémoire vivante.
2) Alougbine Dine (Atelier Nomade, Cotonou) pour l’atelier théâtre : - mettre fin à l’envoi d’artistes du Nord pour se ressourcer. - Autonomie de la création : les artistes s’insurgent contre la méfiance du Nord (metteurs en scène imposés qui sont rarement des metteurs en scène éminents chez eux). - la durée : soutenir des éditions pluriannuelles et non plus des activités. - faire face à l’absence d’agences de tournées pour l’Afrique et l’international. - palier au manque d’envergure des festivals faute de financement, de plus soumis à des lourdeurs procédurières et à des décaissements lents. - importance des financements croisés : il en va de la liberté des artistes.
3) Souleymane Koly (Koteba, Côte d’Ivoire) pour l’atelier danse : - la danse n’est pas considérée comme une discipline rentable et est donc négligée localement, forcément extravertie : elle aura un financement institutionnel ou ne sera pas, sans créativité. Il reste à conquérir en Afrique, auprès des pouvoirs publics. - recentrer la danse africaine sur elle-même, sur le public africain : les programmes Afrique en créations sont conçus de l’extérieur, les revoir avec les partenaires sur le terrain. Cela veut dire aussi que les productions africaines doivent s’adapter à l’économie africaine, que les formations prennent en compte le patrimoine africain et universel mais se fassent en priorité dans les lieux où se trouvent les danseurs. - L’argent du Nord, certes, mais géré au Sud, en parité avec le Sud (cf les PSIC de l’Union européenne). - investir tous les espaces alternatifs : ouvrir les imaginaires, même si on a pas les salles du Nord !
4) Manda Tchebwa (télévision nationale congolaise, RDC) pour l’atelier musique : - soutenir les musiques de terrain, pas seulement la circulation Sud-Nord mais aussi Sud-Sud. - faciliter le soutien par les médias - renforcer les quotas de musique africaine dans les médias français - aider la formation des journalistes.
5) Bassek Ba Kobhio (cinéaste camerounais, Ecrans noirs) pour l’atelier cinéma : - faire face à la faiblesse du nombre de producteurs véritables en Afrique et la difficulté de remplir les critères d’éligibilité des financements menant à l’autocensure, - formation de tous car le cinéma est un art collectif : chef de la photographie, opérateurs etc sont trop peu africains ; depuis la fermeture de l’INAFEC de Ouagadougou et en dehors de la formation vidéo existant au Ghana, la formation est pratiquement inexistante en Afrique. - face à la frilosité des télévisions françaises, des quotas pour les cinématographies peu diffusées.

///Article N° : 2427


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