René Philombe, entre le maquisard et le pilonne : autoportrait impersonnel

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Nous brisons en passant
les plus lourdes montagnes,
Nos voix clamant sans cesse :
 » en avant ! en avant !
R. Philombe

Epuisé. Tel est le bref adjectif qui traduit le mieux la situation de l’œuvre littéraire de René Philombe aujourd’hui. En dehors de Bedingula, l’ancien maquisard, qui est presque introuvable au Cameroun et qui a été édité récemment par les soins du Pr. Ambroise Kom, l’incontestable fondateur de la littérature camerounaise contemporaine d’expression française est absent de tous les lieux qui servent de transfert de la mémoire littéraire d’un peuple à sa postérité. Dans les bibliothèques, les librairies, les écoles du Cameroun, celui qui créa avec quelques amis la toute première association littéraire nationale, qui se battit comme un fauve sur tous les fronts, malgré son handicap physique, pour que notre littérature ait voix au chapitre dès l’indépendance du Cameroun, est absolument introuvable. De quoi feuilleter la vaste littérature de la France sans les Du Bellay, Ronsard et les autres poètes de la Pléiade ; sans Baudelaire, et l’Amérique noire sans les Langstone Hugues et autres Coutee Cullen et Sterling Brown. Pourtant, que n’a fait l’héroïque handicapé de Batchenga pour ne pas mériter la fortune qui est si nettement attachée à une œuvre dont l’audience internationale est des plus spectaculaires. Faut-il rappeler qu’en 1984 lorsque Philombe publie à Yaoundé Le Livre camerounais et ses auteurs son œuvre romanesque est déjà vieille de près d’une décennie de traduction ? Nul n’est prophète chez soi, la maxime est vraie et cruelle. Mais la mémoire des pionniers, effacée ou piétinée, demeure l’hydre à mille tête, le phoenix, oiseau mythologique qui renaît toujours de ses cendres, pour dire que ce qui vient de la genèse détient une flamme qu’il est impossible d’éteindre. Philombe l’immortel, la graine morte pour le salut des générations en germination. La mémoire du maquisard, flamme ardente, est pourtant présente, et entretenue par les revues, les cœurs et les bouches de bonne volonté. Poète lucide, il a su de son vivant qu’il fallait qu’il se signe. Qu’il esquisse son propre portrait impersonnel. Histoire d’être perché sur une fenêtre et de se voir passer dans la rue.
 » De son vrai nom Philippe-Louis Ombédé, poète, romancier, dramaturge, journaliste, nouvelliste, essayiste, René Philombe est né vers 1930 à Ngaoundéré, où son père travaillait dans l’administration coloniale en qualité d’écrivain-interprète ; mais il est originaire de Batsenga, arrondissement d’Obala (1), département de la Lékié, province du Centre. Etudes primaires dans différentes écoles catholiques et officielles. Il obtient son CEPE en 1943 et, classé parmi les meilleurs éléments du territoire, il sera envoyé comme boursier au cours de sélection de Dschang, avant d’entrer à l’Ecole supérieure de Yaoundé en 1945.
Déjà féru de littérature, le jeune adolescent commence à pasticher les grands écrivains français, La Fontaine, Voltaire et Ronsard notamment. Il collabore au journal scolaire L’appel du tam-tam. Mme Jacquot, son professeur d’histoire et d’instruction civique l’estime par ses notes en rédaction, le prend en amitié et lui ouvre les portes de l’idéologie marxiste dans laquelle il se sentira à l’aise. Une grève de la faim et Ombédé est renvoyé en 1946 comme étant l’un des meneurs du mouvement avec trois camarades.
Il rentre au village où il aide son père à cultiver le café et le tabac. En 1947, il est nommé secrétaire du Tribunal coutumier de Sa’a, aux côté de celui-ci, président de ladite juridiction. En 1948, il crée, avec la caution morale d’un jeune administrateur des colonies, une association culturelle sous l’égide de laquelle un comice agro-pastoral est organisé. Il gagne un prix du meilleur conte dans un concours lancé par le Comité d’Expression Culturelle de la France d’Outre-Mer pour son titre Araignée disgraciée.
Reçu à un concours de police en 1950, il se retrouvera à Douala. Là, il milite clandestinement au sein de l’UPC. Tout aussi clandestinement, il assiste à une assemblée pan-camerounaise tenue à Kumba en 1951. Ce qui lui vaut une affectation disciplinaire à Garoua, mais il ne s’exécutera pas. On le verra finalement dans la première promotion de l’école de police de Yaoundé en 1952. Tombé malade en 1955, abandonné de son service, il sera pris en charge par son ami et compatriote, le Dr. Zogo Mbassy, qui venait d’ouvrir une clinique à Nlongkak. Un peu rétabli, il crée deux journaux en 1959, l’un en français (La Voix du citoyen) et l’autre en Ewondo(Bebela Ebug). Ces activités journalistiques seront une source de tracasseries policières. Et son état de santé empire rapidement. Avec un groupe d’amis, il crée en 1960 l’APEC dont il assumera les fonctions de Secrétaire général jusqu’en 1981 ; la troupe  » Les Compagnons de la comédie  » en 1970 ; le journal Ozila en 1971. En 1977, il sort de son pays pour la première fois pour un périple de trois mois et demi à travers les Etats-Unis d’Amérique sur invitation de certaines universités et institutions culturelles. Il sort pour la deuxième fois en 1980 pour la République fédérale d’Allemagne où son roman Un sorcier blanc à Zangali et plusieurs de ses œuvres venaient d’être traduits en Allemand. Désormais, Philombe se consacre à son métier d’homme de lettres. Il étudie à fond les langues beti et prépare un dictionnaire français-ewondo. Ses œuvres : Lettres de ma cambuse, nouvelles, éditions CLE, 1964 et 1972 (épuisé) traduction anglaise par le Pr. R. Bjorson aux éditions Buma Kor publishing house, Yaoundé(épuisé), 1977, Prix Motard de l’Académie Française 1966. Sola ma chérie (roman), éditions CLE, Yaoundé, 1966(épuisé). Histoire queue-de-chat (nouvelles), éditions CLE, 1972 (épuisé), traduction anglaise du Pr. R. Bjorson aux éditions Three continent press, Washington. Un sorcier blanc à Zangali, (roman), éditions CLE, 1969 (épuisé), traduction allemande par le Pr. Hermine Reichert aux éditions Otto Lembeck, Francfort-sur-Maine, 1980. Deuxième version allemande, éditions Aufbau-Verlag Berlin und Weimar (République démocratique d’Allemagne), 1983. L’ancien maquisard, (roman) à paraître (2). Afrikapolis, éditions Semences africaines, Yaoundé, 1979, épuisé. Les époux célibataires, éditions semences africaines, 1974(épuisé) Amour en pagaille, éditions Semences africaines, Yaoundé, 1982, (épuisé). Petites de chants pour créer l’homme, éditions semences africaines, 1977(épuisé), traduction allemande par Armin Kerber aux éditions Unionsverlag, Zurich, Zurich, 1980 ; tradusction russe par Alexandre Karlo aux éditions Nedelia, Moscou, 1980. Choc anti-choc, éditions semences africaines, Yaoundé, 1979(épuisé), traduction en allemand par A. Kerker aux éditions Unionsverlag, Zurich (Suisse), 1980. Hallalis et chansons nègres (poèmes), éditions semences africaines, Yaoundé, 1969. La saison des fleurs (poèmes), à paraître. Larmes tranquilles (à paraître)  »
Extrait de René Philombe, Le Livre camerounais et ses auteurs, Yaoundé, semences africaines, 1984, pp 287-289. (302 pages)

1. Aujourd’hui, Batchenga est un arrondissement autonome, il ne dépend plus d’Obala.
2. Vient de paraître, sous la conduite du Pr. Ambroise Kom.
///Article N° : 4190

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