Rentrée littéraire 3 : Hemley Boum 1

Si d'aimer… de Hemley Boum

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Avec Si d’aimer…, sélectionné pour le prix Ahmadou Kourouma 2013, Hemley Boum propose un deuxième roman, après Le Clan des femmes, qui décrypte les relations humaines, leurs complexités, avec une large place donnée aux paroles de femmes.

Maintenant que tout est détruit, nous pouvons enfin commencer à penser et à aimer. Cette phrase de l’écrivain Christian Bobin illustre parfaitement le roman de Hemley Boum. Si d’aimer… explore les sentiments et comportements, les émotions et les décisions, prises par des personnages confrontés à la maladie du Sida, à Douala au Cameroun. Une maladie, une épreuve de vie qui les réunit, sans qu’ils ne puissent connaître l’issue de ce drame. Mais ce n’est pas tant l’avenir qui importe dans ce livre, que la manière d’être dans l’instant avec soi-même, avec l’Autre. « Les chemins détournés que prend la vie pour vous mettre face à vous-mêmes sont si imprévisibles« 
Salomé d’abord, la femme de Pacôme, mariée aimante, faisant fi des relations adultères de son mari. Elle ferme les yeux, met à distance cette réalité de leur couple, jusqu’au jour où cela éclabousse à jamais leur vie bourgeoise, confortable, enviée. Salomé est diagnostiquée séropositive. L’ombre de la mort, de la fin, de la destruction inéluctable irruptionne soudain en plein jour. Les silences assumés ne tiennent plus. Dès lors son destin rejoint celui de Céline, prostituée, amante de son mari, atteinte du sida à un stade avancé. Leurs voix se libèrent sous la plume de Hemley Boum, qui déroule dans plusieurs « je » des trajectoires de vies confrontées à ce drame avant tout personnel épouvantable. Le « Je » de Valérie intervient également, amie fidèle de Salomé, médecin, femme indépendante, ayant refusé le cadre traditionnel de la vie de couple. Amante aussi de Pacôme. L’homme à femmes qu’on ne connaît autrement que dans la bouche des femmes qui l’aiment, qu’il aime. L’homme liant dont on ne découvre pas l’intimité, de qui Valérie dira « l’homme aux mille facettes, aux mille vérités contradictoires. peut-être parce que pour lui chaque femme est unique et qu’il a la capacité de le lui faire sentir, il trouvera toujours une femme prête à l’aimer, c’était sa grande chance et sa malédiction ».
Et puis le quatrième et dernier « je » est celui de Moussa, compagnon de route d’infortune de Céline, ayant grandi avec elle dans les quartiers pauvres de Douala. Il vit avec elle sa fascination pour le « grand monde », la regarde, impuissant, s’enfoncer dans l’illusion de la richesse, par la prostitution.
Avec la voix intime de ces quatre personnages, entremêlée, d’un chapitre à l’autre, Hemley Boum, sans jugement de valeur, explore, décortique les relations humaines et les émotions de chacun, leur intimité, leur vulnérabilité, leur « moi » profond, invitant le lecteur à s’identifier naturellement à l’un ou l’autre des personnages, à l’une ou l’autre des sensations. Le décor citadin de Douala est simplement le lieu où évoluent les personnages. Face à la perspective de la mort, à la revisitation par chacun de son passé, si douloureux soit-il, c’est la vie qui suinte à chaque page, à chaque phrase. L’espoir sans cesse renouvelé de vivre (enfin !) pleinement et en vérité, l’instant. La vie malgré tout.
Frankétienne retentit alors en écho :
Rallume ton être
ton corps entier
au flux de ta mémoire.
Tu es déjà
le café que tu savoures
la chair que tu touches
le parfum que tu respires
Tu es la Vie
Tu es le souffle

Lire également l’entretien avec Hemley Boum [ici]///Article N° : 11800

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