Fiche Spectacle
Théâtre
THéâTRE
Et les chiens se taisaient (Philippe Chemin)
Aimé Césaire, Léopold Congo Mbemba
Livre concerné : Cahier d’un retour au pays natal
Contributeur(s) : Philippe Chemin

Français

avec des extraits de « Cahier d’un retour au pays natal »

scénographie et costumes : Robin Chemin
avec : Dominique Michel et Léopold Congo Mbemba
création musicale : Joël Grare
création lumières : Philippe Chemin et Chaker Majhoub
coproduction : Cie du Dahut Synthétique /
Forum Culturel de Blanc-Mesnil, scène conventionnée
coréalisation : L’Atalante
avec le soutien du Conseil Général de la Seine-Saint-Denis
Sélection Le Printemps des Poètes

La poésie, telle que Aimé Césaire la conçoit « c’est la plongée dans la vérité de l’être ». C’est la pression de l’expérience qui pousse la langue à la poésie.
Césaire traite de la condition du peuple noir, de l’humiliation coloniale, de la lutte pour la dignité humaine. Déjà sa première œuvre poétique, Cahier d’un retour au pays natal, se définit comme un drame collectif vécu par lui-même et par tous les nègres colonisés. Puis en 1946 paraît Et les chiens se taisaient, une tragédie lyrique, un long cri révolutionnaire en langage clair, direct.
J’avais envie de mettre en parallèle ce premier chant poétique avec cette première pièce dramatique, deux reflets d’une même obsession : faire coïncider le destin individuel avec celui de la communauté en quête de la liberté.

Préfigurant la décolonisation, Et les chiens se taisaient raconte l’histoire d’un homme, un révolutionnaire, révolté par sa condition d’esclave, qui tue son maître et appelle son peuple au soulèvement.
C’est la réflexion sur la solitude du héros qui refuse le compromis et passe par la tentation, la peur, l’arrestation et la mort.
Mais la mort du rebelle c’est le prélude de sa renaissance et de celle de son peuple.
Comme écrit N’Gal : « Le sacrifice du rebelle garde sa valeur en soi et restera devant le peuple comme une lumière qui l’éclaire, bien qu’il préfère par peur les ténèbres de la nuit. Le héros disparaît mais son action reste dans la mémoire du peuple comme un rappel. Le bienfait acquis par le rebelle est irréversible, qu’il soit accordé ou pas ».

C’est la première phase historique de la lutte révolutionnaire et la poésie, par son aspect synthétique, par son raccourci dynamique, se révèle certainement plus apte à exprimer des passions fortes, des sentiments douloureux. Inspirée par la tragédie grecque, par Nietzsche, et brechtienne par son refus de la psychologie, la dramaturgie césairienne est surtout africaine et africaine dans la conception globale de la vie, de l’art.

L’œuvre de Césaire qui est à la fois lyrisme et politique, histoire et philosophie, ne procède pas d’un réalisme scientifique mécanique, mais d’un réalisme humain, parce que complexe. Il s’agit désormais de dépasser l’état présent, de se projeter en avant à partir de ces expériences mêmes du passé et du présent.

Comme dit Aimé Césaire dans Cahier d’un retour au pays natal,

Mais les faisant, mon cœur, préservez-moi de toute
haine
ne faites point de moi cet homme de haine pour qui
je n’ai que haine
car pour me cantonner en cette unique race
vous savez pourtant mon amour tyrannique
vous savez que ce n’est point par haine des autres
races
que je m’exige bêcher de cette unique race
que ce que je veux
c’est pour la faim universelle
pour la soif universelle.
Philippe et Robin Chemin