Fiche Spectacle
DANSE
Madame Plaza
Pays concerné : Maroc
Contributeur(s) : Bouchra Ouizguen
Date : 01 Janvier 2009
Durée : 55

Français

Divas, Naïma, Fatima, Hliouti, nostalgie.
Chant d’amour, fado.
Voix et corps écorchés, mais toujours debout, généreux et joyeux !
Voix ayant accompagné beuveries, mariages…
Voix et corps exploités.
Elles ont choisi l’art, pour certaines il y vingt cinq ans, passant par les coups sur leurs corps,
Les insultes et la rupture nette avec une famille qui les a reniées.
Par le public, elles sont tantôt adulées, tantôts méprisés.
Il est ici des femmes dérangeantes pour le peuple et pour la bourgeoisie.
Elles ne font pas de l’Art Contemporain,
Mais il serait trop facile de les enfermer dans un folklore,
Car leur présence est profondément actuelle.


Quelques notes sur mon travail chorégraphique avec les Aïta


Une Aïta
Née il y a un siècle une Aïta aurait appris très jeune à chanter et à jouer d’un instrument et dans les cercles de l’ancien pouvoir elle aurait été écoutée pour sa poésie, son chant, sa répartie et adulée pour sa beauté. Un siècle plus tard les femmes Aïta, dont l’art est encore apprécié des connaisseurs sont devenues des artistes du peuple.

Une figure
Dans ma courte vie antérieure de danseuse orientale je les ai souvent croisées, jouant et dansant en groupe. Je ressentais notre proximité et la différence entre nos façons d’être.
Le public, très majoritairement masculin, leur parle de manière vulgaire, à la limite des mots qu’on prononcent pour parler aux prostituées.
Ce qu’elles ont de touchant dans leur art, c’est cette capacité à dédramatiser la vie, à la chanter au plus profond, à faire rire l’audience là où ça dérange ; cette trivialité assumée par ces femmes mûres sont comme une figure transgressée de la mère …

Le chemin de la liberté du corps.
Partir d’elles, leurs corps, leur histoire, tenter d’aller vers des chemins inconnus d’elles et de moi, se laisser surprendre. Elles me guident, je les guide, on se laisse entraîner vers une rencontre.
Ma démarche a été toute d’abord de les convaincre de danser avec moi autre chose, car leurs corps ont des possibilités très étonnantes.
Quand à moi en danse contemporaine, elles me font refaire le chemin de l’apprentissage de la danse : je suis partie à des milliers de kilomètres pour apprendre, alors qu’à côté de moi d’autres femmes pouvaient me transmettre quelque chose de si évident : le chemin de la liberté du corps.

Du corps et de la voix…
Dans ce travail ou plutôt dans cette rencontre humaine, amoureuse, amicale, maternelle, je n’hésite pas à me détacher pour reconstruire un ailleurs. Ici avec Naïma, Fatima et Hliouti je cherche… je tente de percer l’histoire de ces vies pour faire éclore de la voix et du corps.
Cela me met d’emblée dans le vide absolu, le rire aussi. Je suis surprise, émue par elles, n’est ce pas cela la danse d’abord ?


Equipe
Chorégraphie : Bouchra OUIZGUEN
Interprètes et chants : Fatima EL HANNA, Fatima AÏT BEN HMAD, Naïma SAHMOUD, Bouchra OUIZGUEN
Musique utilisées : « Ahat » de Youssef EL MEJJAD – « Akegarasu » de SHIN-NAI
Lumières : Yves GODIN
Scénographie : Bouchra Ouizguen
Costumes : Nouredine AMIR
Consultant production : Michel LAURENT
Régie : Amal Naji
Photo : hibouphotografy