Staff benda bilili sur la route

Entretien de Romy Luhern avec le Staff Benda Bilili

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Staff Benda Bilili ou littéralement « voir au-delà des apparences », c’est le message de paix et de tolérance que distillent les membres de cet orchestre congolais atteints pour la plupart de poliomyélite. Ils n’avaient qu’un rêve : chanter et donner du plaisir aux gens. Quelques années plus tard leurs souhaits se réalisent. Avec leur joie de vivre et leur énergie communicative, ces talentueux artistes issus du ghetto kinois ont conquis les meilleures scènes internationales. Dans leurs chansons, ils mêlent allégrement rumba congolaise, musique cubaine, reggae et funk sur des rythmes très blues. Retour sur le succès de leur album « Très Très fort » publié en 2009 (chez Crammed Discs) et sur leur parcours atypique.

Pouvez-vous nous parler de la formation du groupe ?
Le groupe est formé de 8 musiciens dont 5 handicapés qui ont contracté la polio dans leur enfance. Il s’est formé en 2003 par Ricky et Coco vu le refus de nombreux groupes « valides » de les intégrer vu leur handicap.
Votre style est unique et très différent de ce qu’on a l’habitude d’entendre en termes de musique congolaise. Comment peut-on définir votre musique, la rumba blues ?
Nous avons intégré les différents styles musicaux que nous connaissons et apprécions. Cela va du rock au funk en passant par le reggae le blues et le jazz avec comme fond notre propre culture qui est la belle époque de la rumba congolaise
Vous venez de Kinshasa où la musique est véritablement ancrée dans les mœurs. Est-ce que ça vous a influencé à chanter et composer ?
Bien sûr. Kinshasa a toujours été un vivier musical pour l’Afrique entière même si ces dernières années c’était en perte de vitesse, mais nous sommes là pour remettre Kinshasa au top. Il y a aussi la mouvance Tradi-modern avec des groupes comme Konono n° 1 ou Kasai Allstars qui font toujours la richesse de la ville.
Les instruments avec lesquels vous jouez sont originaux et ne ressemblent pas à ce qu’on voit habituellement sur scène. Est-ce vous qui les avez fabriqués ?
La batterie et le Satongé sont fabriqués par nos musiciens, les guitares sont fabriquées artisanalement par Soclo, l’un des derniers et rares luthiers de Kinshasa.
Que représente la scène pour vous ?
Tout ! c’est notre raison de vivre, c’est notre travail, c’est par la scène que le public peut réellement nous rencontrer et nous apprécier. C’est grâce à la scène surtout que nous avons radicalement amélioré nos conditions de vie.
Aujourd’hui vous avez chanté et joué dans de nombreux endroits du monde, quel souvenir de concert restera gravé en vous ?
Le tout premier concert aux Eurockéennes de Belfort en 2009, c’était notre premier concert à l’étranger, jouer avec une sono comme nous n’avions jamais vu devant 5000 personnes restera à jamais un souvenir inoubliable.
Vous tournez d’ailleurs pas mal en France et les critiques médias sont pour le moins enthousiastes. Vous vous attendiez à rencontrer un tel succès ?
Nous y avons toujours cru. Nous le chantions déjà dans nos chansons (Tonkara) des années avant de venir.
Votre album s’intitule très très fort, pourquoi ce titre ?
Car nous sommes très très forts !
D’où tirez-vous vos inspirations ? Est-ce que chaque membre du groupe compose ? Y a-t-il une organisation spéciale ?
Presque tous les membres du groupe composent, ensuite nous nous réunissons et faisons les arrangements tous ensemble.
Vous abordez des thèmes sérieux comme la vaccination contre la poliomyélite. Vous décrivez la vie quotidienne laborieuse de Kinshasa, vous donnez aussi des conseils judicieux pour s’en sortir au quotidien, on peut dire que vous êtes des artistes engagés…
Peut-être ? nous décrivons la vie autour de nous et donnons des conseils aux gens qui comme nous sont dans le malheur ce qui fait beaucoup de monde en Afrique, même si pour nous les choses s’améliorent.
Vos chansons pleines d’énergie prodiguent messages d’espoir et de courage, voire même quelques conseils pour vivre avec un handicap. Vous clamez d’ailleurs que « les véritables handicaps ne sont pas ceux du corps, mais ceux de l’âme » Avez-vous de nombreux retours de la part du public handicapé à ce sujet ?
Énormément. Nous pensons que nous sommes un peu un exemple pour beaucoup d’entre eux, que le handicap n’est pas une raison pour abandonner
Renaud Barret et Florent de La Tullaye ont réalisé un film éponyme en 2010 qui suit votre quotidien depuis les rues de Kinshasa jusqu’à votre ascension fulgurante. Pouvez-vous nous faire partager cette expérience ?
Il faut voir le film pour ça. D’ailleurs ce film retrace bien notre réalité et de ceux qui nous entourent.
Ce sont d’ailleurs ces deux réalisateurs qui vous ont aidé au départ à enregistrer votre album « Très très fort » sorti en mars 2009 sous le label Crammed Disc…
Crammed Discs était incontournable car Vincent Kenis le producteur du label est probablement le seul occidental à sillonner Kinshasa dans tous les sens depuis de nombreuses années et c’est un fin connaisseur de toutes les musiques congolaises. Tout comme nous ne pouvions ne pas rencontrer notre manager Michel Winter de Mukalo Production, le seul « Mundélé » avec Vincent à oser venir à Kinshasa et construire des carrières à long terme pour des artistes congolais. Ensuite RUN Productions en France a cru au projet et a produit nos concerts dans le monde entier
À partir de là tout s’est enchaîné très vite pour vous qui viviez dans des conditions très difficiles. Vous connaissez maintenant la célébrité. Comment gérez-vous ce changement de situation ?
Très bien merci. Nous construisons nos maisons pour mettre nos familles à l’abri, les enfants vont dans de bonnes écoles, nous nous soignons tous normalement, nous avons motos et voitures, une vie normale en quelque sorte. Mais nous investissons également dans toutes sortes de projets, chacun selon ses intérêts, qui nous permettrons de voir venir car comme vous dites le succès et la célébrité sont arrivés très vite, mais nous savons que demain il peut en être tout autrement.
À Kinshasa, vous viviez entourés de shegués ou enfants des rues, vous avez noué avec eux une relation très particulière. Retournez vous les voir de temps en temps ? Comment vous accueillent-ils ?
Bien sûr nous les voyons à chaque retour et eux nous accueillent en héros. D’ailleurs nous avons également des projets (la fondation Benda Bilili) pour leur venir en aide ainsi qu’aux handicapés qui n’ont pas notre chance.
Quels sont vos projets pour la suite ?
Un prochain album pour 2012 et toujours le spectacle vivant qui est l’essentiel… Nous avons encore des territoires à découvrir et à conquérir. Bientôt les USA, l’Australie le Brésil etc.….

///Article N° : 10226


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