Terra Incognita

De Ghassan Salhab

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« Terra incognita » commence par la carte d’identité du réalisateur : né à Dakar en 1958, de confession musulmane chiite. Histoire d’ancrer le film dans un ton personnel proposé au spectateur, pas toujours facile d’accès, mais d’une grande richesse pour qui veut bien l’accompagner. L’écriture est fractionnée par boucles, en une spirale ponctuée de déplacements routiers, de visions partielles, et d’ouvertures sur la mer, le ciel, les paysages. Ici encore, comme dans « Beyrouth fantôme », des visages de face, un ton déclamatif. « Ce que tu sais doit rester secret – si tu l’exprimes, tu t’enfonces dans des contradictions sans fin », dira un personnage. Ces contradictions, le film préfère les explorer par la métaphore que par les mots. La ville est décryptée par les plans de l’architecte qui la reconstruit sur son ordinateur, mais surtout par le corps de Soraya : elle qui se livre à des rencontres passagères, à des reconstructions sans fin, accumulant les visas d’un départ sans cesse reporté.
« Terra incognita » est un film exigeant, mais sa complexité, à l’image d’un pays tiraillé par l’exil (les trois quarts des Libanais vivent à l’étranger) et déchiré par son histoire, par sa succession de ruines, est à l’image de cet entre-deux entre une guerre de 17 ans et une paix encore improbable, à l’image du monde.

Liban/France, 2002, coul 35 mm, 120 min, avec Carole Abboud, Abla Khoury, Rabih Mroueh, Walid Sadek, Carlos Chahine. Prod : Agat Films, GH Films, Arte France. Contact : [email protected]///Article N° : 2321


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