That’s my face

De Thomas Allen Harris

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Ce qui passionne dans That’s my face, c’est le parallèle établi à partir du vécu entre la remise en cause identitaire et la démarche spirituelle. Le réalisateur parle à la première personne : il entrelace des images personnelles en super 8, des souvenirs et des impressions pour développer une introspection où les croyances de son enfance (parents méthodistes) et de son appartenance africaine (orishas) cessent de se faire concurrence et donc prennent véritablement sens quand elles apparaissent comme les facettes d’une diversité acceptée.
C’est ainsi lorsque le réalisateur « réalise » que la diversité des images qu’il peut « réaliser » sont à l’image de la vie de l’esprit que tout s’éclaire : identité et croyance ne sont plus figées et peuvent se rencontrer en un mouvement proche de cette recherche spirituelle du miroir qui marque le cinéma documentaire actuel, où la réalité n’est plus captée par une caméra directe mais analysée dans un collage d’images destiné à mieux la cerner, non par la reproduction mais par la métaphore ou le symbole, non par l’énonciation d’un message mais par la plongée dans l’intime et la mise en abîme. Le sens qui en découle place l’expérience individuelle dans un devenir collectif, celui de la communauté à laquelle l’individu décide d’appartenir. Non pour décrypter une identité figée mais pour la mettre en crise.
Cela passe bien sûr par une recherche formelle, où le montage rend honneur à la richesse des images et participe de leur rythme, celui-ci n’étant en définitive que celui des gens qui sont filmés. Les réflexions personnelles viennent alors enrichir par la voix ce que l’image dit déjà. Le film se fait partition d’orchestre autant que progression vers la compréhension, tant la chute des conventions esthétiques implique une perception et une intériorisation de la diversité à l’œuvre dans le monde.
« C’est mon visage » est ainsi une véritable expérience mystique, celle proposée par un réalisateur qui ose décalquer son visage sur un suaire et nous proposer d’y retrouver le nôtre.

USA, 2001, 56 min, Prod. Chimpanzee Productions. (La Lucarne).///Article N° : 3353


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