Vers un réseau culturel africain

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Dans un Bangui en plein dysfonctionnement où la misère s’étend à perte de vue et où le quotidien est une lutte pour la survie, la culture n’est pas la préoccupation première. La République centrafricaine se relève avec peine des mutineries des années 96 et 97 et voyait au 15 février 2000 le départ des troupes de l’ONU, dernière présence militaire étrangère après que les troupes françaises ont levé le camp l’année dernière. Le Centre culturel français ayant brûlé lors des mutineries dramatiques, une Alliance française est en cours de construction, sur une large surface et avec d’impressionnants moyens. Le circuit de cinéma Ecrans noirs du Camerounais Bassek Ba Kobhio, des représentations théâtrale en plein air, des expositions sont déjà organisées au milieu du chantier. Initiatives louables bien sûr, mais fallait-il un nouveau château français à la culture ? N’aurait-ce pas été l’occasion de privilégier la décentralisation des actions en s’appuyant sur les multiples tentatives d’émergence d’expressions artistiques ? Ne vaut-il pas mieux (même pour  » diffuser la pensée française « ) s’associer à des lieux culturels existants ou en favoriser la création ? Nécessité du prestige ? Question de définition.
Car, même dans le dénuement, des artistes existent, qui réfléchissent, animent et représentent leur temps. Grâce à Gérard Batreau, coopérant passionné d’arts plastiques qui s’engage en organisant des expositions, nous avons découvert toute une vie artistique dans les quartiers (cf. textes et exposition sur notre site internet www.africultures.com). Plus encore, une semaine durant, l’Espace Linga Téré, espace indépendant situé dans un quartier populaire en périphérie, a organisé le festival Wandara (cf encadré) offrant chaque soir théâtre, musique et défilé de mode et en parallèle une rencontre des responsables des espaces culturels privés d’Afrique centrale débouchant sur une véritable mise en réseau. Travaillant actuellement à une synergie avec les associations africaines pour un partage mondial via internet de l’information culturelle, Africultures était conviée à la rencontre et heureuse d’y participer.
Des participants du Cameroun (Espace Nyanga d’Elyse Mballa Meka, Rencontres théâtrales internationales du Cameroun présidées par Ambroise Mbia, association Scène d’Ebene de Guy-Marc Mefe), de RDC (Ecurie Maloba représentée par Jean Shaka et Tam-Tam théâtre de Kinshasa de Valentin Kuamba Kuka), du Congo (Théâtre de l’imaginaire d’Eric Mampouya), du Tchad (Sao Productions  : ballet-théâtre Leila et Logo Chari Théâtre) se retrouvaient à l’Espace Linga Téré de Bangui animé par Vincent Mambachaka en compagnie d’Oumar Sall du Groupe 30 de Dakar et de Camille Amouro qui dirige la Médiathèque des Diasporas de Cotonou, ainsi que Marcel Oroufico du Théâtre Wassangari du Bénin. Bernard Petterson, directeur du Patrimoine et de la Culture à l’Agence internationale de la Francophonie participait également à la rencontre, l’Agence considérant l’espace Linga Téré comme un centre pilote pouvant jouer un effet multiplicateur au niveau régional. But des opérations : poser les jalons d’un réseau culturel durable, non seulement entre les structures d’Afrique centrale mais aussi en lien avec les initiatives en ce sens sur le reste de l’Afrique et en Europe.
L’intérêt d’un tel réseau est manifeste : une prise en main par les acteurs culturels africains eux-mêmes de leur propre développement pour pallier aux problèmes de formation, de circulation des spectacles et des artistes, et d’information interne et externe. C’est une démarche clairement politique car jusqu’ici, seuls les Centres culturels étrangers jouent le rôle d’appui à l’émergence d’artistes africains dans un terrain laissé vacant par les ministères de la Culture, lesquels ayant tendance à tout vouloir contrôler et à ne voir dans les initiatives privées qu’une intolérable ingérence. De plus, les festivals, qui n’ont pas accès au crédit bancaire mais reçoivent rarement à temps les subventions allouées le plus souvent par l’Occident, sont de ce fait souvent perçus comme mal gérés. Pourtant, l’émergence de structures privées ces dix dernières années correspond à une prise en main par les artistes eux-mêmes de leurs problèmes comme de leur indépendance. On voit ainsi des compagnies artistiques se munir de lieux de répétition et de formation comme l’espace Nyanga de Yaoundé (Cie Nyanga Dance), et d’autres se regrouper pour créer des espaces culturels pluridisciplinaires comme l’espace Linga Téré de Bangui ou les divers lieux créés par des compagnies théâtrales à Kinshasa (Ecurie Maloba, Tam-Tam théâtre, Théâtre des Intrigants). On voit ainsi des lieux de forums, d’exposition et de documentation comme la Médiathèque des Diasporas de Cotonou, dirigée par Camille Amouro, émerger sans aucune subvention. C’est ainsi en position forte de structures réalisant déjà ce que les ministères peinent à faire que ces espaces indépendants abordent sans ramper la négociation d’un soutien par leur Administration. En se regroupant actuellement en réseau, elles se renforcent et se soutiennent. Des bases de données seront publiées sur internet dans le cadre du CIDAC (centrale de l’information artistique et culturelle de l’Afrique centrale) et du réseau Afrique synergie. Une lettre de diffusion interne sera relayée par celle d’Africultures.
La perspective est bien sûr d’étendre cette initiative à toute l’Afrique et la diaspora, de façon à offrir en temps réel au public comme aux chercheurs, ainsi qu’aux décideurs culturels et aux journalistes, une information structurée sur les créations et les événements de culture africaine. L’enjeu est de taille face aux manques d’information actuels et au manque de moyen des créateurs pour faire leur communication.

Le rapport final de la Rencontre des structures professionnelles privées du spectacle d’Afrique centrale (Bangui, 2-10 février 2000) est publié intégralement sur notre site internet.
La lettre d’information hebdomadaire d’Africultures (envoyée par e-mail), qui se fait l’écho de ce réseau, est gratuite : elle donne l’agenda de la semaine et une série d’informations (inscription sur la page d’accueil du site www.africultures.com).///Article N° : 1329


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