Women’s love (Hob el Banat)

De Khaled El Hagar

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Ainsi donc, ce père qui n’était pas un modèle oblige après sa mort ses trois filles de mères différentes et qui ne se connaissent pas à vivre ensemble un an dans son appartement pour toucher son confortable héritage. Bien sûr, les trois sœurs sont très typées, du maternel au renfrogné, de vrais masques de la comedia del arte. Il ne manquait plus qu’un homme pour les faire bouger.
Voilà justement qu’un psychiatre vient de s’installer dans l’appartement d’à côté. Le jeu d’observation va dans tous les sens : les sœurs entre elles, le psychiatre qui s’intéresse aux femmes, et les femmes qui viennent le voir pour s’épandre sur leurs problèmes. Le tout sur le ton enjoué de la comédie où tout est bien rythmé, très parlé, plein d’humour et musical.
Cette vitalité du tournage malgré des décors d’intérieurs bourgeois très plombés est renforcée par un dispositif scénarique très efficace : le psychiatre traduit et conseille plus qu’il n’analyse mais contribue à faire tomber les masques pour faire des trois sœurs des caractères dont les émotions vont peu à peu prendre le dessus. Il est comme le metteur en scène sur le plateau du film, qui dirait aux actrices comment jouer leur rôle. Il orchestre les développements affectifs et fait les réponses, avec un message très simple : oser aimer pour être aimé. Lequel pourrait s’appliquer à lui-même puisqu’il a du mal à sortir de son rôle et se dit d’ailleurs une fois : « Quand arriveras-tu à te faire aimer au lieu de jouer au docteur ? »
Certes, la vision idéale de l’amour qui se doit d’être passionnel pour éviter de voir les défauts de l’autre reste le modèle ambiant et tout se résoudra dans un happy end musical réussi. Et ces femmes qui se mettent à parler d’amour librement devront finalement rester dans le moule. Mais ce psychiatre-réalisateur qui sait faire tomber les masques d’une société terriblement typée montre qu’avec un travail sur soi, il est possible de dépasser les différences et de s’ouvrir à l’amour et au bonheur. Il s’est passé quelque chose dans cet appartement : à la faveur de leur relation avec le psychiatre, ces femmes ont revécu dans leur huis-clos les tensions à l’œuvre autour d’elles et les ont dépassées pour s’accepter et s’ouvrir aux affects.
Si l’autodérision du psychiatre est à l’aune de celle des maîtres occidentaux de la comédie, les Woody Allen ou les Nanni Moretti, elle ne le handicape finalement que bien peu et facilite sa fonction de miroir dont profitent tant les femmes que le spectateur, invités ainsi à une joyeuse auto-analyse.

///Article N° : 3463


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