Fiche Disque
Musique
ALBUM 2007
Lonji
Sara Gómez, Alessandra Muller
Genre : Album
Date de sortie : 05 Novembre 2007

Français

Lonji [Au loin], son nouvel album produit par Lenine, la superstar brésilienne du rock acoustique (à paraître le 5 novembre 2007) va encore plus loin dans le domaine expérimental. Tcheka reste fidèle aux accords acoustiques charpentés et aux rythmes afrocréoles, mais intègre des éléments électroniques et des sons d’ambiance qui confèrent à sa musique une sensibilité nouvelle, futuriste. On retrouve des sensations familières, déjà exploitées sur les précédents albums mais ici sublimées: ambiance cool et marine de la nouvelle version de Primeru bes kin ba Cinema; tension, sensualité et suspense de Lingua Pretu [Langue noire] et Ana Maria; onirisme planant de Lonji. Les percussions – un mélange peu habituel de percussions capverdiennes, afro-brésiliennes et africaines de l’ouest – sont également plus insistantes, jouant tantôt sur le registre de la douceur, de la discrétion, de l’espièglerie, tantôt sur celui de l’exubérance retentissante, mais toujours respectueuses des nuances poétiques de la voix de Tcheka, empreinte d’une tendresse vulnérable.
La valeur n’attend pas le nombre des années… malgré son jeune âge, Tcheka a inventé un art dont il est incontestablement un maître, un vrai, à l’essence insaisissable, indéfinissable. Contrairement à ce qu’écrivent les journalistes, il n’est ni moderniste, ni traditionaliste. Sa musique résiste à toute tentative de catégorisation ou de comparaison. Si elle fait allusion à de multiples genres musicaux capverdiens (batuque, funana, finaçon, tabanka, morna et coladera), elle est aussi un carrefour extrêmement animé où la pop capverdienne, brésilienne et africaine croise les formes traditionnelles, le folk, le jazz, le blues, le rock, la littérature, l’anthropologie et le cinéma.
Typique de Santiago, certes, purement capverdienne, certes, la musique de Tcheka transcende ses origines et va même bien au-delà de la musique.
L’artiste nous offre une vision tout à fait novatrice de la créolité à l’ère de la globalisation. Être créole aujourd’hui, c’est être le produit hybride des forces de l’Histoire, de l’esclavage, du colonialisme et des mouvements d’indépendance nationale. Mais c’est aussi être profondément affecté par les forces du postmodernisme, par l’inévitabilité croissante des voyages et des échanges transnationaux, par l’émergence de nouveaux régimes du savoir, de l’art et du capitalisme et par l’inséparabilité grandissante de la technologie et de l’imagination humaine.



résumé des chansons
Da-m b u M on [Donne-moi ta main]
Un jeune homme est venu de loin à la fête pour voir la fille qu’il aime en secret. À son grand désarroi, il découvre qu’elle est venue accompagnée de toute sa famille. Il admire sa beauté en silence, de l’autre côté de la pièce, et rêve de l’embrasser, de lui tenir la main, mais il ne peut le faire de peur de déclencher les foudres parentales. Il tente de communiquer avec elle par le regard et le geste. La jeune fille fait semblant de ne rien voir et se perd dans la foule. Il est jaloux, le coeur brisé.
Ana M aria
Ana Maria se plaint aux autorités car du bétail errant est entré sur sa propriété. La réaction des autorités ne se fait pas attendre: le bétail est saisi. Les bêtes appartiennent à la narratrice de l’histoire – il s’ensuit une mauvaise querelle ente les deux femmes. C’est l’escalade – mais avant le point de non-retour, Ana Maria aperçoit un pistolet à moitié caché dans la solada (ceinture traditionnelle des femmes de l’île de Santiago) de la narratrice. Paniquée, elle se réconcilie sans tarder avec cette dernière.
Tadja Korbu [Épouvantail]
Chaque année, au début des pluies, des communautés villageoises entières partent aux champs pour planter le maïs et les haricots. Une fois les graines dans le sol, les enfants sont dépêchés sur le lopin familial pour servir d’épouvantail humain. Leur tâche est de rester assis et d’empêcher les oiseaux de picorer les graines. Chaque enfant est pourvu d’un pique-nique pour son temps de travail d’épouvantail. L’enfant de la chanson transporte sa ration mais il est tenté par toutes les bonnes choses que transportent ses petits amis (poisson frit, cuscus, etc…).
Lonji [Loin d’ici]
J’habite loin, loin d’ici / le chemin est si long à pied / il va plus loin que tu ne l’imagines / je n’ai que les étoiles pour lumière / et quand je suis né, ma mère n’avait rien / ma famille n’avait rien / même pas une corde pour nouer le cordon ombilical / même pas un morceau de tissu pour m’envelopper.
Tuti S antiagu
Le fils d’un fermier va se marier. Tout est prêt pour le jour des noces et il compte sur son père (appelé Tuti Santiagu) pour tuer les nombreuses têtes de bétail engraissé pour la grande fête des épousailles.
Sabu
Au Cap-Vert, la coutume veut que les enfants fassent les petites courses, servent de messagers, etc. Dans ce récit, une mère envoie sa gamine porter le repas au père qui travaille dans les champs. Elle part, son panier sur la tête, mais en chemin, une violente bourrasque le fait tomber, éparpillant le repas aux quatre vents. La petite, en larmes, court chez une vieille voisine (Sabu) et la supplie de plaider sa cause auprès de ses parents pour éviter la fessée.
Primeru b es k in b a C inema
[La première fois que je suis allé au cinéma]
Un enfant voit des images animées pour la première fois de sa vie. Le mur de la maison d’un voisin sert d’écran, les spectateurs sont assis à même le sol. L’enfant décrit l’image de l’homme sur l’écran qui court, un pistolet à la main, l’air féroce… l’homme se rapproche de la caméra et tire en gros plan. Incapable de faire la part de la réalité et de la fiction, l’enfant tombe à la renverse, terrorisé et se retrouve en sécurité sous les jupes de sa mère.
Telemóvel [Téléphone portable]
Un homme pauvre annonce à la femme qui le poursuit de ses assiduités que, juste au cas où elle aurait des idées derrière la tête, il n’a chez lui ni télévision, ni sofa, ni ordinateur et qu’il ne possède ni téléphone portable, ni voiture.
Fla M antenha [Salutation]
Une chanson sur les manières capverdiennes – ou pour être plus précis, l’absence de manières. Un vieil homme est outré qu’une jeune femme le salue sans ôter son chapeau, comme il est d’usage lorsqu’un jeune salue un aîné. Il se plaint amèrement de cette impolitesse, d’autant qu’elle est issue d’une bonne et respectable famille.
Língua P retu [Langue noire]
La sorcellerie est pratiquée – et redoutée – dans tout l’archipel. Cette chanson brosse un portrait haut en couleurs de l’archétype de la sorcière: elle a une langue noire, sa longue queue lance des flammes et elle peut se transformer en chat noir aux petites heures du matin.
Árgui [Debout!]
Une des rares chansons de Tcheka où interviennent plusieurs protagonistes. Une mère réveille son enfant à l’aube et lui enjoint de prendre sa machette, un panier et une corde, de monter sur l’âne et d’aller abattre du bois pour le feu. L’enfant supplie en vain sa mère de le laisser tranquille: il a sommeil, il est fatigué, il ne peut pas aller travailler si tôt – et tout seul. Finalement, il se lève et part. Heureusement, il rencontre sur le chemin un homme qui lui propose de l’aider.
Sisterna [Le puits]
À Ribeira Tcharco, près de Ribeira da Barca, vit un homme qui a tout pour réussir: un verger, un trapiche (machine à broyer la canne à sucre), une petite distillerie de rhum, et un puits… il ne lui manque que la pluie pour le remplir!
Tenpul N ona, N egul P inha
[La saison de N ona n’est pas la saison de P inha]
Un jour, un homme originaire d’une bourgade au fin fond de Santiago, parti tenter sa chance ailleurs, reçoit des cadeaux, une carte et un message étrange de ses parents et amis: c’est un proverbe local qui peut se traduire par « La saison de Nona n’est pas la saison de Pinha et vice-versa » – c’est à dire qu’à présent qu’il a noué des amitiés ailleurs, il peut se permettre d’ignorer ses amis au pays. Le message fait mouche: l’homme se sent coupable et très gêné.
Tété L andin
Un homme supplie son ami Tété Landin de le ramener chez lui: il fait nuit et il est trop saoul pour y arriver tout seul. Il explique qu’il passe ses journées à boire pour oublier les incessantes querelles avec sa femme.