Événements

Festival de Cinéma Queer 2007
2e édition – plusieurs films africains au programme dans le cadre d’une journée consacrée à l’entrecroisement entre Queer & Post-colonialisme le 17 ainsi qu’un film le 18.

Français

le samedi 17 mars à 15h50

Quartier Mozart, de Jean-Pierre Bekolo
(France, Cameroun, 1992, 35 mm, 79′)
S’il est avant tout une chronique urbaine des quartiers africains, ce film solaire et plein de grâce aborde en filigrane le motif du changement de sexe, rarement aperçu dans le cinéma de fiction africain. La sorcellerie étant ce qui permet d’y donner lieu, le film baroque et bigarré de Jean Pierre Bekolo, narre avec truculence les aventures d’une fillette habitant le quartier Mozart. Transformée par la sorcière Mama Thecla en jeune homme et désormais prénommé’Montype’, l’héroïne rejoint la bande de jeunes du quartier Mozart qui passent leur temps à draguer; ceux-ci la poussent à séduire Samedi, la fille de Chien méchant, le gros policier du quartier.
En présence de Jean-Pierre Bekolo

Des hommes et des dieux, de Anne Lescot et Laurence Magloire
(Haïti, 2002, DV, 52′)
Ce documentaire a été tourné auprès des masisis (« folles ou travestis », en créole) d’Haïti, dans un contexte donné: le vodou. La mise en relation de ces deux mondes nous conduit dans un univers symbolique particulier, où les non-dits de la société civile donnent à s’exprimer, parfois dans la plus grande extraversion et théâtralité, parfois avec une émotion profonde. Une émotion reflétant la quête de sens et de reconnaissance d’individus marginalisés dans un pays où l’évocation de l’homosexualité, et qui plus est du travestissement, reste encore tabou. Le vodou devient alors un espace libérateur inattendu, d’expression ou chacun, quelque soit son identité peut trouver protection et réconfort, nous entraînant peu à peu dans un monde spirituel complexe et fascinant. Ce film est le premier du genre à lier ces deux sujets sensibles et résolument actuels.
En présence de Anne Lescot et Laurence Magloire

18h30
Projection-débat : Politiques Queer & post-colonialisme

Black Nations / Queer Nations de Shari Frilot
(Etats-Unis, 1995, Béta SP, 59′)

Black Nations / Queer Nations est un rare et remarquable documentaire expérimental issu d’une conférence qui eut lieu durant trois jours en mars 1995 à New York. Y défilèrent de nombreux travailleurEs, activistes, artistes, universitaires de la diaspora africaine LGBT dont Coco Fusco, Essex Hemphill, Kobena Mercer, Barbara Smith, Urvashi Vaid, Isaac Julian ou Jacqui Alexander qui interrogèrent les situations économiques, sociales et politiques de cette diaspora LGBT et de ses luttes d’empowerment. Les participantEs discutèrent de plusieurs thématiques : les migrations, les identités black et queer, le black feminism, les imperfections du nationalisme noir, l’homophobie dans les communautés noires, les cultures, arts et imageries black queer, etc.
La vidéo condense les moments les plus déterminants de cette conférence, et dessine des connections entre la culture populaire et les productions de « média » gay et black contemporaines, notamment à partir d’extraits de films d’Isaac Julian et Bodily Functions de Jocelyn Taylor, tout en invitant le spectateur à considérer l’existence d’une identité black queer et la possibilité de la définir ou la représenter.
Débat en présence de Louis-Georges Tin (porte parole du CRAN – Conseil représentatif des Associations Noires, enseignant à l’université d’Orléans, auteur du Dictionnaire de l’homophobie), Eric Fassin (Sociologue, enseigne à l’ENS, auteur de L’inversion de la question homosexuelle et co-dir. De la question sociale à la question raciale ?), Elsa Dorlin (philosophe, enseignante à Paris 1, auteure de La Matrice de la race, généalogie sexuelle et coloniale de la nation française), et le collectif Les Panthères Roses

20h30
Artistes, Genres & Post-colonialisme

Chandelier, de Steven Cohen
(Afrique du Sud, 2002, Béta Sp, 17′)

La vidéo de Chandelier a été réalisée au milieu des SDF noirs de Johannesburg pendant la destruction de leur bidonville par les employés municipaux de la ville (habillés en rouge) dans un ballet où la violence est omniprésente. « Les artistes ont toujours dépeint la vie sociale de leur époque, par mes déplacements en chandelier-tutu à travers le bidonville en état de destruction et par le fait de filmer, c’est ce que je fais aussi : une peinture digitale de la vie sociale, à moitié imaginaire, et à moitié horriblement vraie ». Le travail de Chandelier révèle à travers l’art de la performance, de la danse et du film, les contradictions entre l’Europe et l’Afrique, les blancs et les noirs, les riches et les pauvres, l’ombre et la lumière, le privé et le public, les forts et les opprimés, la sécurité et le danger ». (texte extrait du programme des Ballet Atlantiques, pour la présentation du spectacle not so good, Steven Cohen).

22h
Black Feminism

Out – Naissance d’une révolutionnaire, de Rhonda Collins et Sonja de Vries
(Etats-Unis, 2000, 60′)
Condamnée en 1983 pour avoir posé une bombe au Capitole et pour avoir « conspiré pour influencer et changer la politique américaine », Laura Whitehorn a passé 14 ans en prison. Lesbienne déclarée, elle a été de tous les mouvements civiques américains, des Black Panthers au féminisme… et témoigne sur son passage à l’action violente et sur les centaines de prisonniers politiques toujours emprisonnés aux Etats-Unis. Très loin d’un documentaire classique, Out est un portrait passionnant d’une femme détonante et une incitation à l’action. (Pinkscreen)

The Edge of Each Other’s Battle – Audre Lorde, de Jennifer Abod

(Etats-Unis, 2002, DVD, 59′)
Audre Lorde, tant par sa personnalité que par ses écrits, a été une des figures marquantes du féminisme aux Etats-Unis. Elle a uniformément défié le racisme, le sexisme, le classicisme et l’homophobie. Jennifer Abod nous traduit cette vision à travers un colloque organisé en son honneur deux ans avant sa mort du cancer en 1992. Ce documentaire est une flamboyante exhortation à l’activisme perpétuel et joyeux. (Pinkscreen)

le dimanche 18 mars à 21h45

I’m still here: Becoming Legendary, de Gina Lamb
(Etats-Unis, 35′)
Inédit en France

La créativité, l’humour, et la luxuriance des performances de soi dans les ballrooms de Los Angeles, où les communautés black et hispanics se réinventent au travers de défilés de mode extravagants. Cette subculture a été popularisée par le film Paris is burning de Jennie Livingstone. Ici, on retrouve des entretiens avec les légendaires pionniers et actuels protagonistes d’une pratique qui a une longue histoire, connue sous le nom voguing, remontant aux années 30 à Harlem, où vêtus de leurs plus beaux vêtements, les descendants des esclaves noirs américains paradaient en ligne comme les nantis blancs de Park Avenue. On raconte que cette tradition s’ancre plus lointainement encore auprès des esclaves eux-mêmes qui, pour garder leur fierté, se réunissaient entre eux revêtus de leurs plus beaux habits afin de réaffirmer leur dignité. Depuis les années 70, le but du »Voguing » est de reprendre les poses des modèles blancs des magazines de mode, comme Vogue, et montrer qu’on peut être pauvres, noirs et exclus mais être chics et fiers. Le mouvement a peu à peu été repris par la communauté gay, drag queen, trans d’ Harlem et des « maisons » se sont créées. Il s’agissait de’gangs » portant les noms de Saint Laurent, House of Revlon ou House of Xtravaganza qui s’affrontaient dans des battles de « voguing » avec jury.