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Oumar Ly photographe à Podor
60 photos inédites de la societe de Podor, bourgade de la vallée du fleuve Sénégal, prises entre 1963 et 1972 Dans le cadre des rendez-vous de la photographie de Dakar 2009

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EXPOSITION DU PHOTOGRAPHE OUMAR LY. DAKAR 8 au 20 MAI
Galerie Le Manège.

Pigments présente :


OUMAR LY Photographe à Podor. Chronique des années 60.

Exposition de 60 photos originales et inédites d’Oumar Ly.
Présentée dans le cadre des Rendez-Vous de la photographie de Dakar 2009

Commissariat assuré par Jean Claude Thoret.


Les images que vous allez découvrir sont présentées pour la première fois au public de Dakar.
Sélectionnées dans un fonds de plus de 2000 négatifs, en cours d’inventaire, ces photographies ont été prises entre 1964 et 1972, à Podor au Sénégal, à l’aide d’un appareil Rolleiflex 6×6.


Né vers 1943 à Podor, dans la région du Fouta, Oumar Ly découvre la photographie au contact des français installés à Podor, petite bourgade située à la frontière sénégalo-mauritanienne, le long du fleuve Sénégal.
En 1963 Oumar Ly ouvre son premier laboratoire, qui allait rapidement devenir le Thiofy Studio, où il continue d’exercer son métier jusqu’à présent.


On allait chez le photographe vivre un rituel : Le photographe officiait, préparait la cérémonie, plaçait le décor, ajoutait les accessoires qui marquaient le statut de la personne photographiée. Chacun était affublé de ses marques distinctives : le vêtement, les chaussures, les lunettes de soleil, arborant un poste radio, un sac de dame, un chapelet…
– Le décor était au choix : soit très simple, un fond uni, le modèle assis ou appuyé sur une chaise, soit plus sophistiqué, des peintures servant de toile de fonds ou à même le mur, représentant des scènes aussi diverses qu’une plage ombragée de cocotiers, un avion « boeing 747 » en vol au-dessus d’une prairie verdoyante, un tapis précieux, un énorme baobab, le fort de Podor, les minarets de Médine sous une lune éclatante, servant indifféremment pour un individu ou un groupe.
Chacun de ces fonds transporte le sujet photographié dans un univers onirique extrêmement apprécié par la clientèle. La magie du décor qui crée un monde de rêve sacralise encore plus l’acte d’être photographié, et donne au photographe le pouvoir d’un démiurge.

La place d’Oumar Ly dans la photographie africaine.

L’originalité première de cette œuvre est à rechercher dans le contexte exclusivement régional des personnes ou des scènes photographiés par Oumar Ly.
Le monde qu’il dépeint laisse transparaître la mutation socio-culturelle en cours chez les habitants de Podor et sa région, l’attachement aux valeurs anciennes pour certains, la quête de signes visibles, témoins d’une volonté de marquer sa différence pour d’autres, d’affirmer son appartenance à l’avant-garde, à la nouvelle génération tirant ses modèles de la « ville », abandonnant les anciennes pratiques quitte à bousculer les canons établis.
C’est particulièrement évident dans les photos de groupes de jeunes gens qui rompent avec la tradition, l’audace des filles qui n’hésitent pas à porter des mini-jupes très courtes et des chaussures à talons, même si chez certaines, soucieuses de laisser apparaître une transition mesurée, la rupture s’arrête au port de lunettes de soleil ou au signe extérieur de prestige, radio transistor ou sac à main.
A côté de la photo du griot hiératique, du notable portant fier son grand boubou, on découvre l’exubérance des danses modernes, les jeunes yéyés qui exhibent leurs chaussures à bouts pointus, leurs pantalons pattes d’eph et leurs cravates multicolores.
Comme Malick Sidibé, qui, dans les années 50-60, suivait les jeunes de la nouvelle bourgeoisie de Bamako dans leur virées nocturnes, Oumar Ly décrit les nouvelles modes, la nouvelle gestuelle dans les attitudes du corps, les poses ostentatoires.
Une gestuelle que les lutteurs, héros sportifs, pratiquaient depuis longtemps, et que le photographe va fixer également pour la postérité.

Oumar LY témoigne et plus encore participe car il est membre de ces groupes de jeunes gens, il est l’un des « frérots », ce groupe d’amis, qui s’étaient jurés amitié sans faille, et qui animaient la vie nocturne de Podor, surtout pendant les vacances. Car, le vent de la « ville » soufflait plus fort lorsque les étudiants et les étudiantes ou les jeunes professionnels arrivaient de Dakar et montraient à leurs copains restés dans la province les derniers usages des gens « branchés ».

La qualité de son travail est une source précieuse d’informations sur l’évolution du vêtement, de la parure, des sociétés de la vallée du fleuve Sénégal (Halpular, Maure, Soninké) et donne à son œuvre une valeur historique et anthropologique.


Cette exposition constitue un évènement dans la découverte de la photographie au Sénégal. Comme d’autres de sa génération, Oumar Ly a su, non seulement relater, décrire la société qui l’entoure, mais faire preuve d’un sens esthétique impressionnant.
A la véracité et à l’aisance des personnages photographiés, à leur dignité et leur grande élégance, Oumar Ly y ajoute son talent de metteur en scène : il compose l’espace, joue avec la lumière, place le décor.
Au travers de tous ces portraits, il nous donne une grande leçon de photographie.

Un site lui est consacré : www.oumar-ly.com
Contact : Pigments, Jean Claude Thoret 77 328 08 65 Mèl : jcthoret@yahoo.fr



Cette exposition a pu être réalisée grâce au concours de Eiffage Sénégal, avec le soutien d’AGF assurances.