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Exposition de photographies de Patrick Zachmann, en partenariat avec Magnum Photos et avec le soutien de la Fondation BNP Paribas.
Exposition de photographies de Patrick Zachmann, en partenariat avec Magnum Photos et avec le soutien de la Fondation BNP Paribas. Du 26 mai au 11 octobre 2009.

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Exposition de photographies de Patrick Zachmann.. Onze séquences scandent le parcours de cette exposition : Vu d’ailleurs – No man’s land – Paysages de la banalité – Portraits de familles – Jardins ouvriers – La Pose – Lieux de prière – Maliens, ici et là-bas – Quartiers Nord de Marseille – Implosion – Enquête d’identité.

Vu d’ailleurs
Shanghai, novembre 2005, dimanche, 13h30. Des émeutes ont éclaté en France avec un pic de violence encore jamais atteint. Les banlieues s’enflamment. Au-dessus de la ville, un ballet incessant d’hélicoptères avec projecteurs et caméra vidéo…
Je découvre cette actualité à travers la télévision chinoise. Je voudrais être là-bas pour couvrir ces événements. En même temps, cela ne m’intéresse pas de photographier toute cette violence. Pour quelles images ? Elles se ressemblent toutes, n’expliquent rien. Mais comment ne pas en parler ?
Je décide alors de montrer cette révolte et son inévitable mise en scène à travers le prisme des captures d’écran.

No man’s land
Des immigrés clandestins sortent du centre d’accueil de réfugiés de la Croix-Rouge. La nuit, je les photographie qui tentent de fuir Sangatte, no man’s land perdu dans la banlieue de Calais, pour essayer de se rendre en Angleterre. Ils m’apparaissent tels des fantômes errant dans un environnement hostile ; figures de nulle part, effrayées, presque irréelles…

Paysages de la banalité
En 1997-1998, j’ai réalisé une série de paysages urbains sur une proposition du Comité de Développement du Val-de-Marne. Des panoramiques couleurs dévoilent ces paysages d’une manière réaliste tout en restituant leur banalité. Une banlieue, telle que la vivent, la voient – ou ne la voient plus – ses habitants et telle que ne la perçoivent pratiquement jamais les Parisiens. Loin des photographies de presse et des reportages télévisés s’intéressant généralement à la banlieue lorsque la violence éclate et sans nier cette réalité, je souhaitais révéler une image urbaine sous sa forme la plus visible, la plus quotidienne. À la fois banale, froide, tranquille et ennuyeuse.
En 1999, j’ai enrichi cette mission par un ensemble de photographies d’habitants traversant ces mêmes lieux.

Portraits de familles
En 1989, la Société Centrale Immobilière de la Caisse des dépôts (S.C.I.C.) et les éditions Denoël me passent commande sur le logement social en banlieue. Je parcours les cités de Villiers-le-Bel, de Sarcelles, d’Epinay-sur-Seine et enfin de la banlieue de Dunkerque.
J’entreprends un travail sur la cellule familiale où les gens que je choisis de photographier m’offrent une parcelle de leur intimité. Je décide alors d’associer un ou plusieurs détails de leur appartement à leur portrait. Si certains se plaisent dans leur environnement : « On est tranquille […] dans nos pyramides, tous les gens sont bien » (Madame Nys, Les Econdeaux), pour d’autres, en revanche, « les enfants se font racketter. Y a toujours eu des problèmes. C’est chacun pour soi. Y a rien du tout comme animation » (Monsieur et Madame Guignard, Villiers-le-Bel).

Jardins ouvriers
En 1994-1995, le Conseil général de la Seine-Saint-Denis me passe commande sur le thème de la terre. Je choisis comme sujet les jardins ouvriers. Tout en photographiant cette population ouvrière, en majorité française, souvent immigrée de la campagne ou d’origine italienne, portugaise ou espagnole, je recueille leur parole. Émergent alors des récits de vie. Le jardin apparaît comme un lieu de sociabilité et d’évasion : « Moi, j’suis au cinquième étage, alors quand j’descends, j’suis content », clame Ernest. Mais aussi comme un lien à sa terre d’origine : « Je ne conçois pas un jardin sans choux. C’est la base. On fait la soupe avec », me dit Madame Da Silva…
J’aime cette vision poétique et nostalgique d’une banlieue en voie de disparition.

La pose
En 2003, j’effectue pour l’Etablissement Public du Parc et de la Grande Halle de la Villette, un ensemble de portraits de femmes maliennes.
À la rupture du Ramadan, Fama, Djeneba, Astan, Awa, Fanta, Kani et Niagaté posent pour moi dans la salle polyvalente de la ville d’Evry. Je suis toujours frappé par l’audace des couleurs des boubous de ces femmes et par les motifs de leurs tissus qui contrastent généralement avec la grisaille de ces quartiers. Cette fois-ci, le hall me sert de studio photographique !

Lieux de prière
En 2003, répondant à une commande de l’Etablissement Public du Parc et de la Grande Halle de la Villette sur le thème des « Musulmanes et Musulmans en Ile-de-France », j’ai réalisé, en marge du cahier des charges, une série de photographies de lieux de prière, vidés de toute personne. Une manière d’échapper à l’image attendue de l’homme en train de prier. Depuis la Grande Mosquée d’Evry jusqu’aux F3 réunis de Clichy-sous-Bois, je tente de poser un regard neutre sur l’état de ces lieux dont certains sont détournés de leur fonction première et d’autres, installés dans un provisoire devenu long terme.

Maliens, ici et là-bas
Afin de comprendre l’immigration depuis le pays d’origine, je choisis de photographier ici, à Evry, la réalité des Maliens et de la confronter à celle de là-bas, à Kayes, à travers les membres des familles restées au pays. Faire le voyage, apporter des nouvelles, offrir des photos de ceux qui, un jour, ont construit leur vie ailleurs… Avoir le rôle de messager et permettre la correspondance.
En suivant ces familles et en les photographiant ici, en couleurs puis là-bas en noir et blanc, je m’attache à montrer les signes de leur intégration à la société française. Si les immigrés maliens gardent généralement un lien très fort avec leur pays d’origine, ils n’en sont pas moins perçus, dans leur village, comme des émigrés et considérés, ici, comme des étrangers. Autant de complexités identitaires et de chocs culturels que je tente de retranscrire visuellement.

Quartiers Nord de Marseille
En 1984, l’association « Faut Voir » demande à dix photographes français de participer à une commande culturelle consistant à animer, dans dix villes différentes, un stage de photographie auprès de jeunes en difficulté. J’ai choisi Marseille. J’ai eu alors, sous ma responsabilité, onze jeunes âgés de 16 à 17 ans, tous issus des quartiers nord. La plupart étaient des enfants de la première génération d’immigrés venus s’installer en France. Je leur avais confié à chacun un appareil photo. Pendant six mois, je les ai fait travailler sur le thème de l’identité, leur identité. Une quête que nous avions en commun.
Pendant un an ou deux, je suis resté en contact avec certains de mes stagiaires. Puis nos chemins se sont séparés. Je me demandais régulièrement ce qu’ils étaient devenus. Au fil des deux décennies écoulées, les banlieues se sont enflammées, mettant au-devant de la scène, des jeunes qui apparaissaient au rythme des violences. Ces « jeunes » se succédaient comme s’ils représentaient tous les jeunes et surtout comme s’ils ne vieillissaient jamais, comme s’ils étaient interchangeables.
C’est dans ce contexte que j’ai décidé, en 2005, vingt ans après, d’entreprendre des recherches pour essayer de retrouver mes anciens stagiaires qui devaient approcher de la quarantaine.
J’ai pris une caméra et un micro et je suis parti à leur recherche. De ce travail est sorti, en 2007, mon troisième film, intitulé Bar Centre des Autocars, du nom du bar que tenait Ali lorsque je le revis pour la première fois en 2005.

Implosion
Lors de la première démolition d’une barre de la Cité des 4 000 à La Courneuve en 1985, j’ai tenu à être témoin de cet anéantissement et à en fixer les traces. J’aurais pensé que la disparition instantanée d’une tour créerait plus d’horizon. Je découvre, en fait, d’autres barres cachées par la première.
Avec ces explosions, c’est tout un symbole qui vole en éclats. Cet habitat, jugé aujourd’hui monstrueux et inhumain, faisait figure de progrès à l’époque des bidonvilles dans lesquels s’entassaient les populations immigrées.

Enquête d’identité
Dans les années 80, j’ai commencé un travail introspectif sur mon identité, juive et française, brouillée à la fois par le silence de mes parents sur leur passé et par leur volonté d’intégration à la société française. À 22 ans, moi qui ne me sentais ni vraiment juif, ni complètement français, je suis parti avec mon appareil photo en quête d’identité. Pendant sept ans, j’ai photographié des centaines de Juifs dont les visages m’attiraient. Je retrouvais des attitudes, des gestes qui me semblaient familiers chez des inconnus et qui me troublaient sans que je puisse me l’expliquer. Une question m’obsédait : qu’est-ce qu’être juif ? Il m’a fallu photographier toutes ces personnes anonymes avant d’arriver à photographier mes proches. Avec l’image des autres, au fil des photos, j’ai, sans le savoir, recollé les morceaux d’une mémoire absente : celle que mes parents ne m’ont pas transmise. Et les planches contact sont devenues mon journal intime.
Dix ans plus tard, muni d’une caméra et d’un micro, je décide de rompre le silence en interrogeant mon père sur son histoire qui est aussi la mienne. Je réalise alors le film La mémoire de mon père. Cette histoire, qui vient de Varsovie et d’Aïn Temouchent en Algérie, passe par Belleville, l’Allemagne, Auschwitz, mais aussi par Choisy-Le-Roi où je suis né, par Champigny, où Louisette, la soeur de mon père habite – elle qui a survécu au camp de Drancy. Par Antony, Sarcelles et d’autres endroits encore… Elle passe par ces banlieues que j’ai arpentées ensuite, des années durant, pour, cette fois-ci, aller à la rencontre des autres, migrants et immigrants, enfants d’immigrés dont je me suis toujours senti proche.