Événements

Festival Banlieues Bleues 2010
27ème édition

Français

« Le goût des chemins nouveaux, le vif désir de l’inouï » : le jazz, ça commence d’abord par là, disent Philippe Carles et Jean-Louis Comolli. Les artistes qui participent à l’édition 2010 de Banlieues Bleues, tous sans exception, sont engagés dans l’exacte même direction : celle d’une musique véritablement nouvelle, c’est-à-dire constamment ouverte « aux beautés sans nom du hasard ».

Hasard de l’improvisation en temps réel, fascinante sous la « Conduction » de Butch Morris qui sculpte en direct une musique inouïe, vertigineuse dans les recherches de George Lewis sur les systèmes aléatoires et interactifs, risquée et forte en sensations avec les souffles lyriques d’Archie Shepp, David Murray, Denis Colin, Julien Lourau, Soweto Kinch, ou les embardées sonores des Soul Rebels, de Médéric Collignon, Mike Reed, Anthony Coleman, Rétroviseur…

Beautés troublantes de nouveaux mélanges aux formes et couleurs imprévisibles : Ilhan Ersahin Istanbul Sessions, Ballaké Sissoko et Vincent Segal, les Gnawas du Maroc avec Joachim Kühn ou François Méchali… Heureuses rencontres qui ne se font jamais tout à fait par hasard : Salis-Angeli-Drake, Mulatu Astatké & The Heliocentrics, Braka et Carlo Mombelli, les Triaboliques, Omar Sosa et le NDR Big Band, ou bien cette joute franco-britannique à La Dynamo de Banlieues Bleues.

La voix humaine se retrouve en figure de proue de cette édition, comme sur l’image de l’affiche. Et les chanteurs sont souvent des chanteuses, honneur aux femmes pour une première fois si nombreuses : Buika, Cristina Zavalloni, Omara Portuondo, Rokia Traoré, Sandra Nkaké, Nathalie Natiembé, leurs robes chargées de la noblesse du monde, même si le monde souffre, car ces chants ne sont pas seulement d’amour.

La voix se pare de toute les puissances poétiques, celles de Roy Nathanson, d’un autre poète à New York, Garcia Lorca chanté par Benat Achiary, de Nougaro, d’Aznavour, de Farka Touré, où encore, en clôture de festival, du duende des deux plus grands cantaors du flamenco actuel, Miguel Poveda et Enrique Morente.

Les voix des jeunes acteurs de LA comédie musicale sur les débuts du jazz Ain’t Misbehavin’ se gorgent d’énergie -il en fallait pour vivre à Harlem dans les années trente. Pétillants sous les costumes et les crinolines, ces adolescents de la Nouvelle-Orléans et de La Courneuve pourront s’abandonner au rire et à la danse, après avoir formidablement travaillé pour réaliser une si belle aventure, comme beaucoup d’autres menées par les actions musicales de Banlieues Bleues. Comme le son de la trompette de Jacques Coursil ou les cordes du violoncelle de Didier Petit, le hasard ne tient qu’à un fil, ou deux. C’est là toute sa beauté, et sa fragilité, celles aussi de la musique quand elle n’est pas une marchandise, de l’art et de la culture en ces temps dits modernes.