Événements

Jazz Nomades – La Voix est Libre 2013
Célébration du « libre-étrange », Le festival La Voix est Libre est devenu la terre d’accueil de danseurs, acrobates, acteurs poètes et musiciens hors-normes venus du monde entier.

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En 2013, La Voix est Libre se tient en écrit libre sur les fils conducteurs du poète dissident et musicien chinois Liao Yiwu, de l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau, du dramaturge Valère Novarina, de la rappeuse Casey, de l’œuvre du poète libertaire russe Daniil Harms…

D’un univers à l’autre, les collisions s’annoncent fertiles avec la danseuse Kaori Ito (Aurélien Bory, Platel, Decouflé…), l’équilibriste Vimala Pons (Cie Mosjoukine), Albert Marcoeur et le Quatuor Béla, les éruptions sol-air de Louis Sclavis et Mathurin Bolze (trampoline), le clash interstellaire de Médéric Collignon avec Thomas de Pourquery !

Toujours prêt au décollage, ce programme nous embarque dans des dialogues transculturels de haut vol, avec Forabandit (Iran/France/Turquie), Erol Josué et David Murray (Haïti/Etats-Unis/Europe), Arthur H et Nicolas Repac (« l’Or Noir » d’Aimé Césaire et Edouard Glissant)…

Musiques des sphères, chants d’attraction, chocs et fusion des corps… bienvenue dans la Voix Actée !

28 mai 2013 à 20h30
Dissidanses

Liao Yiwu (Chine/paroles et chants de liberté, orgue à pouce, flûte xiao, bols tibétains)
Frédérique Bruyas (poèmes de prison)
en partenariat avec la Maison de la Poésie

Forabandit :
Sam Karpienia (voix, luths)
Ula? Özdemir (Turquie/voix, saz)
Wassim Halal (Liban/darbuka, doholla, daf)

Kaori Ito (danse et contorsions)
Chloé Lévy (chant lyrique et jazz)
Marcus Hagemann (violoncelle)
Deux cordes, une voix

Médéric Collignon (voix, bugle, cornet)
Thomas de Pourquery (saxophone, voix)
Création La Voix est Libre 2013

Valère Novarina (textes, voix)
Christian Paccoud (accordéon)
Dissidanses

En accordant l’asile poétique à Liao Yiwu, exilé à Berlin depuis 2011, la voix s’annonce libre et sans condition. Camp de rééducation, tortures quotidiennes, menaces et intimidations n’ont pas eu raison de l’auteur de « Massacre » (poème prémonitoire du drame de la Place Tien’Anmen) et de « l’Empire des Ténèbres », tableau dantesque d’une société en forme de prison géante. Citée à comparaître, la comédienne Frédérique Bruyas nous en livre les pièces à conviction, accompagnée par les chants, traits d’humour, flûtes et autres moyens de survie appris par l’auteur auprès de ses co-détenus.

Le corps a ses raisons que la prison ignore… pris sur le vif, celui de Kaori Ito, entraîné par les bandes organisées d’Alain Platel, Aurélien Bory et Philippe Decouflé, s’applique méthodiquement à détruire les murs invisibles séparant encore la scène des parois friables de nos âmes, avec la complicité avérée d’artivistes berlinois fuyant les formes établies : Marcus Hagemann, violoncelliste au talent prémédité, et une certaine Chloé Lévy, au chant présumé lyrique. Aussi inquiétant, le trio Forabandit, mené par les voix radicales d’un Occitan des plus recherché (Sam Karpienia/Dupain) et d’un Turc alévi au soufisme patent (Ulas Özdemir), passe clandestinement de la face cachée de l’orient à la langue d’un occident insoumis, soutenu par la rythmique intrépide d’un Libanais exfiltré (Wassim Halal)… Avec remise d’une forte récompense à un public déjà très arrosé.

Après un entracte délibérateur, voilà que, séance tenante, l’audience assiste au mariage outrageusement gai, voire scandaleusement euphorique, de deux multirécidivistes traqués par la Police des Frontières Musicales et Capillaires : Médéric Collignon et Thomas de Pourquery. Un acte irrévocal rejoué en grandes trompes sur la scène du cri, peu avant que l’accordéon vengeur de Christian Paccoud ne se décide à confier la clef des chants à Valère Novarina : la libération immédiate de la langue est promulguée, les jurés en ont la chair de plume. Seul verdict possible : la Loi est « Vibre », les « je » sont fées !
29 mai 2013 à 20h30
Explicites Lyriques

Mathurin Bolze (trampoline)
Louis Sclavis (clarinettes)
Elise Dabrowski (chant, contrebasse)

Incidents/Daniil Harms :
Noémi Boutin (voix, violoncelle)
Fantazio (voix, contrebasse)
Sylvaine Hélary (voix, flûte traversière)
Frédéric Aurier (voix, violon)
Jean-François Vrod (voix, violon)
Benjamin Colin (voix, percussions)

Vimala Pons (équilibrismes)
Denis Charolles (batterie, arrosoirs)
Création La Voix est Libre 2013

Albert Marcoeur (textes, chant)
et le Quatuor Béla :
Julien Dieudegard, Frédéric Aurier (violons)
Julian Boutin (alto), Luc Dedreuil (violoncelle)
Création La Voix est Libre 2013, en coproduction avec l’Atelier du Plateau


Explicites Lyriques

Du jazz ils ont gardé la liberté, du classique la virtuosité, de l’opéra le lyrisme, du cirque les rêves en apesanteur. Mais d’où qu’ils viennent, où qu’ils aillent, ces oiseaux là ne sont pas prêts de se laisser enfermer par les opérateurs de conscience, faiseurs d’étiquettes et autres cerbères qui s’appliquent à ce que nous soyons de plus en plus les seuls à penser comme tout le monde.

L’archet en lieu et place du fouet, Elise Dabrowski dompte le minotaure qui sommeille en chacun de nous, faisant rugir ou ronronner sa contrebasse, projetant sa voix de diva sur des siècles d’opéra dont les partitions s’envolent en éclats de rire, de rage et de tendresse. Ces divines effluves ne tardent pas à mettre les clarinettes de Louis Sclavis en émoi et faire surgir le pégase Mathurin Bolze, qui s’élance aussitôt dans leurs airs : parade d’amour à trois où la pulsion se lie à la pulsation, le coeur de Dyonisos au cerveau d’Apollon. Mais voilà que Fantazio, Noémi Boutin, Jean-François Vrod, Sylvaine Hélary, Frédéric Aurier et Benjamin Colin envahissent la scène telle une armée de centaures menée par le devin Daniil Harms, « voyou littéraire » annonciateur du courant absurde du XXè siècle. Son humour acerbe envers « la pétrification, l’immobilité du goût et l’hypocrisie du monde » lui valut l’asile psychiatrique sous le régime soviétique. Écartant tout soupçon d’instabilité, c’est sur sa tête impavide que la déesse Vimala Pons tient l’univers en équilibre sur le fil du hasard… dans ce tremblement de chair avivé par les secousses rythmiques, le feu animal et la joie vorace d’un Denis Charolles en pleine expansion, la faim du monde demeure imprévisible !

Après un entracte rédempteur, Albert Marcoeur, hydre à mille têtes de la chanson française, être mythique parmi les plus libres et insaisissables de notre ère, se laisse glisser sur les cordes ultrasensibles du Quatuor Béla, dont les filets ensorcelèrent jadis Moriba Koita, Fantazio, Jean-Louis ou George Crumb… Des planches au paradis en passant par les muses de l’Atelier du Plateau et les gourous de l’Olympe, la Voix est Ivre !
30 mai 2013 à 20h30
Archipels

Patrick Chamoiseau (Martinique/chant libre)

Le Dire des Femmes :
Frédérique Bruyas (lecture)
Elise Dabrowski (voix, contrebasse)
poèmes de Joyce Mansour (Egypte),
Ken Bugul (Sénégal), Assia Djebar (Algérie)
Création La Voix est Libre 2013 en coproduction avec la Maison de la Poésie

Casey (texte, voix)

L’Or Noir :
Arthur H (voix)
Nicolas Repac (guitare, sampleurs)
poèmes d’Aimé Césaire, Edouard Glissant (Martinique), James Noël (Haïti)…

Erol Josué (Haïti/chants, danses vaudou)
Jean-François Pauvros (guitare électrique)
Cyril Atef (batterie)
invité : David Murray (saxophone)

Archipels

Ici même, un jour de mai 2007, le poète martiniquais Edouard Glissant, fondateur de l’Institut du Tout- Monde, déclarait que « nous devons enfin comprendre que notre unité passe par une infinité de diversités, et qu’il faut les assumer toutes ». Des Îles Caraïbes aux accents mêlés de nos cités, son frère de sens Patrick Chamoiseau, porteur du souffle positif du choc des civilisations, révèle les secrets d’une genèse éternelle qui s’offre à chacun de nous. Dans son sillon, les mots d’amour, de liberté et de colère de poétesses d’Afrique et du Moyen-Orient, clâmés tout-feu-tout-femme par Frédérique Bruyas, s’enfilent comme autant de perles rares sur les cordes vocales et instrumentales d’Elise Dabrowski. À sa façon – brut de béton, vers à vif – la rappeuse Casey jette l’encre noire dans les abîmes de la pensée de Deleuze, qui écrivait « qu’au moment où le maître, le colonisateur proclament « il n’y a jamais eu de peuple ici », le peuple qui manque est un devenir, il s’invente, dans les bidonvilles, les camps, ou bien dans les ghettos, dans de nouvelles conditions de lutte auxquelles un art nécessairement politique doit contribuer ». Plus secrètement, l’Or Noir du magicien Arthur H et de l’alchimiste Nicolas Repac nous offre les pépites amassées auprès des poètes des caraïbes et flibustiers de la langue que sont Aimé Césaire, Édouard Glissant, René Depestre, James Noël… Départs sans fin, points de rencontre entre lieux connus et insoupçonnés de nos mémoires, de nos atlas intérieurs, de nos racines et de nos c(h)oeurs.

Après une brève escale au comptoir international des Bouffes du Nord, notre odyssée sonore nous emmène à Haïti avec, à bord, le cultissime Jean-François Pauvros, guitariste au long cours, le légendaire David Murray qui déchaîne ciel et mer avec son saxophone, et le batteur Cyril Atef qui distille un roulis entêtant, défiant les vagues les plus tonitruantes. Un équipage de rêve entraîné par le capitaine de cérémonie Erol Josué, voix éruptive, corps fougueux, esprit habité : aller simple au royaume de la transe. La Joie est Libre, à l’abordage !