L’Algérie des Chimères

Série en trois épisodes de François Luciani

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Il serait réducteur de ne ramener le cinéma colonial qu’à un cinéma de propagande : il a certes cristallisé le mythe colonial et renforcé une imagerie encore vivace aujourd’hui, il a célébré et renforcé par les images l’assujettissement des colonies mais, en explorant à travers de multiples relations intimes le rapport affectif qu’entretenait la France avec elles, il a également représenté une introspection particulièrement lucide de l’ambivalence profonde de la domination coloniale. On y parle de rapports maternels, de mariage entre deux cultures, tout en révélant une phobie absolue du métissage qui en résulte.
L’Algérie des Chimères, 40 ans après la fin de l’aventure coloniale, conserve cette veine d’auto-analyse. Cette minisérie est ainsi un regard purement français. Les Arabes n’y sont présents que pour refléter les contradictions des colons et n’y sont finalement le plus souvent que des éléments du décor. On souffre ainsi de ne voir qu’évoquées de fort loin les abjections coloniales et la violence à l’œuvre – et l’on se prend à rêver de ce qu’auraient fait sur le sujet des cinéastes algériens avec les mêmes moyens (limités il est vrai).
Il n’en demeure pas moins que cette série trouve son actualité en mettant l’accent sur les chimères françaises, du rêve saint-simonien d’un mariage entre le progrès scientifique occidental et les valeurs spirituelles musulmanes (qui triomphera avec la décision de Napoléon III de faire de l’Algérie un royaume arabe, mais qui face aux résistances ne put jamais trouver d’application sur le terrain) au triomphe des Républicains qui trouvent dans le devoir de civiliser la légitimité de la sujétion coloniale. Cet affrontement des idéologies, incarné par les deux héros Hélie et Odilon qui prendront des voies radicalement opposées, l’un idéaliste impérial et l’autre colon républicain, constitue le centre et finalement tout l’intérêt d’un film sinon plutôt classique dans l’image comme dans l’intrigue.
Ce n’est donc pas l’Histoire de l’Algérie qui s’éclaire, mais la relation France-Algérie. Cela n’empêche pas ce film (qui a déjà en soi le grand mérite d’exister face au désert sur ce sujet) d’être ainsi passionnant : il faut voir cette saga car elle pose de vraies questions sur un sujet longtemps tabou et profondément méconnu. On perçoit à quel point, tout comme le cinéma colonial portait en lui la décolonisation, les descendants des héros de L’Algérie des chimères ne pourront échapper à leur destin.

Durée totale : 4 h 20, scénario de Henri de Turenne et Robert Soulé, coproduction Arte, GTV (Gaumont Télévision), France 2, avec Aladin Reibel (Odilon Hubert), Olivier Sitruk (Hélie Toussaint), Marion Beulque (Leïla), Nozha Khouadra (Bahia), Lilah Dadi (Hadj Hamou).///Article N° : 2432


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