Fiche Livre
Littérature / édition
| Juillet 2005
Désenchantée (La)
Michèle Voltaire Marcelin
Pays concerné : Haïti
Edition : Cidihca
Pays d’édition : Canada
ISBN : -89454-184-8
Prix : 15.00
Parution : 11 Juillet 2005

Français

Le livre est disponible aux Éditions du Cidihca au prix de 15$
Fax 514 8450880 edition@cidihca.com

A la fin de sa vie, une femme navigue entre ses souvenirs et ses rêveries. Son enfance, ses amours, la vie violente, se déroulent comme un film dans sa tête et sous sa plume…


Extraits :

« C’est un autre jour. Une autre image dans le miroir. C’est le jour après le mardi gras, et je me le rappelle parce que nous arborions tous cette croix de cendre sur nos fronts. Almanzor Narcisse écrasa sa grande automobile ailée qui excitait la convoitise de mes frères au coeur d’un pylône électrique. Ancien traîne-misère, écorché par le soleil, ses pieds encore récemment foulaient la boue des quartiers de Bel-Air. Il s’affublait d’une panoplie de desperado mexicain: bandoulières, balles et pistolets, et était sujet à de fâcheuses sautes d’humeur. Mort d’homme s’ensuivait. Après une bataille , les peaux-rouges vainqueurs attachaient des scalps à leurs ceintures. Almanzor se contentait de décorer le pare-brise de sa voiture de petits bonhommes de caoutchouc pour marquer ses victoires. Jusqu’à ce jour, on en avait compté onze. Dernier venu dans le quartier, il avait construit cette maison, c’est du moins ce qu’on raconte, avec les gains d’un billet gagnant de loterie appartenant à un fonctionaire qui avait eu la délicatesse de ne pas lui refuser ce petit service. La légende est tenace. Almanzor s’approvisionnait en électricité de manière illicite. Il avait élaboré une combine qui lui permettait de garder toutes les ampoules de toutes les lampes de sa maison, allumées en plein jour. Munificence de lumière. Un jour très ordinaire, sur ordre de la compagnie, un employé était venu supprimer cette connexion. Almanzor, qui exhibait ses prouesses musculaires à demi nu sur son balcon, avait regardé grimper cet employé sur le pylône décoré d’un petit écriteau marqué Danger de mort. Il dit Bon. Il rentra dans une pièce et en ressortit avec un fusil à décharge. Il visa l’homme: Tu débranches un seul fil , je te débranche aussi. La maison d’Almanzor était reconnue d’utilité publique par tous les étudiants pauvres du quartier qui étudiaient à la lumière offerte. Ils applaudirent quand le jeune homme en uniforme se laissa glisser du poteau et déguerpit. »