Fiche Livre
Littérature / édition
PHOTOGRAPHIE, CINéMA | Février 2004
Qui-vive, autoportrait des enfants des rues
Edition : Médecins Sans Frontières, Lettre Volée (La)
Pays d’édition : France
ISBN : 2-87317-228-2
Pages: 296
Prix : 20.00
Parution : 10 Février 2004

Français

L’artiste a réalisé cette « création en participation » avec une trentaine de jeunes vivant en rue à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso entre juillet 2002 et mars 2003. Le livre propose une sélection de 220 de leurs images, une centaine de témoignages et un forum. Ont également participé au projet éditorial : le psychothérapeute Joanny Bassolé, les graphistes Pierre Huyghebaert et Alexia de Visscher, le sociologue Riccardo Lucchini et le critique Pierre-Olivier Rollin.

EXTRAITS DU FORUM (inclus dans l’ouvrage)

« Ce qui m’a d’abord intéressé dans cette tentative, c’était de fournir la possibilité d’une prise de parole directe à ce public de la rue et ce tout en confrontant l’institution et ses travailleurs socio-médicaux aux représentations imagées des jeunes. Mais plus loin peut-être, ce qui se dessine dans ce projet hybride entre art et information, c’est une interrogation sur la production de l’imagerie humanitaire contemporaine. J’ai voulu dégager la production d’information de la question de l’auteur tout en impliquant directement les personnes concernées et donc en intégrant à la logique de production la richesse des processus humains. Tant au niveau de l’esthétique qu’au niveau du protocole de travail, on se situe alors à l’opposé du reportage. La photographie recouvre ici une valeur d’usage directe ainsi qu’une valeur d’échange non monétarisé. A travers ce workshop étalé sur neuf mois, ce projet explore timidement la voie d’une production de documents basée sur l’échange et le respect des autonomies. »
Vincent Meessen, artiste en résidence.

« Si les photos prises par les jeunes méritent de l’attention, il ne faut pas perdre de vue la dimension artistique du projet. Quand je parle de projet artistique, je parle de l’ensemble du processus mis en place, de la réflexion initiale jusqu’aux usages que l’on pourra avoir du livre, en Europe comme à Ouaga, en passant par les images et bien entendu les relations sociales qui se sont établies entre les personnes. Il ne faut pas focaliser exclusivement sur les photos qui sont une étape de la démarche; ce qui ne veut pas dire que je leur dénie toute qualité. Simplement, elles doivent être appréhendées en tenant compte du protocole de travail. D’autant que c’est précisément cette totalité qui lui a permis d’éviter les écueils habituels de ce type de travail. Le retrait de l’artiste derrière son protocole de travail a empêché que sa « personne » ne déteigne sur les travaux des enfants. En ne signant pas les images, en cherchant à interférer le moins possible dans leur processus de réalisation, il leur a permis de se « libérer » de son regard, de sa présence. »
Pierre-Olivier Rollin, critique et commissaire d’expositions (Charleroi, BPS 22).

« Ce qui est important, c’est de souligner que les jeunes ont l’initiative de la rue. Après les choses se compliquent parce qu’ils vont avoir tendance à reproduire des choses, à être dans un comportement répétitif ou en tout cas vu comme tel. Mais ils initient quelque chose qui est de l’ordre de la reconstruction. Ce qui me paraît original dans leur tentative, ce sont les liens de transparence qu’ils installent entre le site, c’est-à-dire le lieu de vie principal auquel ils se rattachent, et la rue. Il y a entre ces deux pôles des allées et venues transparentes, ce que l’on ne peut pas dire du rapport entre la maison et la rue. Les maisons sont bouclées, celles des classes aisées sont gardées et la rue est quadrillée et de plus en plus policière. Ces enfants présentent autre chose. Bien sûr, ils en souffrent mais ils sont aussi producteurs d’une articulation novatrice. Ils apportent à la société la proposition d’une transparence entre la maison et la rue. Est-ce un projet utopique ou réalisable? En tout cas, je le vois comme un projet. L’alternative que les enfants proposent est basée sur un refus de l’enfermement et d’un espace public cadenassé. Cette ouverture fait mal mais ce n’est pas pour autant qu’elle n’est pas viable. Ils en sont la preuve. Il y a donc clairement un enjeu qui dépasse la question des enfants des rues. « 
Joanny Bassolé, psychothérapeute (Ouagadougou)

« En Amérique latine, il y a cette idée de faire de l’enfant un acteur politique principal. Le danger, c’est l’utilisation qu’en font certains mouvements d’adultes ou certaines ONG lorsque ça devient une finalité pour elles, pour se profiler comme acteurs. Donner la parole au sens politique équivaut à donner des possibilités d’action et pas seulement permettre à l’enfant de raconter son histoire. »
Riccardo Lucchini, sociologue (Fribourg)
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