Murmures

Cinéma et télévision : Libreville fait craquer
janvier 2014 | Faits de société | Cinéma/TV | Gabon
Source : Jeuneafrique.com

Français

Deux nouvelles fictions gabonaises détrônent les telenovelas. Leur secret ? Des intrigues typiquement locales. Leur décor ? Libreville, avec son université, son bord de mer et ses bas-fonds.

On s’était habitués aux tele­novelas projetées chez le boutiquier du coin, et à la cohue tous les soirs à 19 heures pour suivre les aventures de Rubí (héroïne de la série éponyme), de son bel Alejandro et de la sculpturale Maribel de La Fuente à Mexico. Mais aujourd’hui, c’est à Libreville que se jouent les drames. La capitale rivalise avec l’industrie télévisuelle mexicaine ou carioca pour produire ses propres séries. Et ça marche ! Première du genre, Kongossa (« commérages »), diffusée en 2003, a connu un succès fulgurant. Scènes de ménage, relations tumultueuses entre belles-familles, plongée dans les bas-fonds de la ville… Le feuilleton dépeint avec humour les travers de la société gabonaise.

Dix ans plus tard, une nouvelle génération de réalisateurs s’empare du phénomène « sériel » en adoptant un style urbain et moderne. Kiara a été entièrement tourné à Libreville par trois frères d’origine ivoirienne : Mad, Muss et Adams Sankara. L’avant-première, en mars, s’est déroulée en grande pompe avec tapis rouge, invités people et champagne, dans un cinéma de la capitale. C’est la première expérience du genre pour ces jeunes producteurs de rap qui ne connaissaient « pas grand-chose au cinéma », explique Mad, la trentaine. Jusqu’alors, la société de production qu’ils ont fondée en 1998, Boss Playa, réalisait surtout des clips pour les rappeurs locaux et quelques artistes du continent, comme Singuila, Patience Dabany, Alpha Blondy ou Magic System.

Mêlant drame, humour et romance, la série suit une jeune fille de 22 ans, Kiara, élevée dans un ghetto par une tante violente et sans pitié. Livrée à elle-même, l’héroïne fraye avec l’univers de la rue et de ses bad boys. La belle métisse essaye de s’en sortir mais rencontre des hommes troubles qui lui font des propositions malhonnêtes en lui faisant miroiter succès et argent. Si le scénario se veut réaliste, l’ambiance rappelle parfois celle des séries B américaines où des gangsters en virée sniffent de la coke dans des clubs VIP. Comme si Elbève c’était le Bronx !

Diffusés par Gabon Télévision, la première chaîne publique, les douze épisodes de la série ont battu des records d’audience. « Depuis qu’on a les chaînes câblées, plus personne ne regarde la télé gabonaise, c’est trop ennuyeux ; mais là, c’est différent, on voit défiler notre paysage, notre ville. Et l’histoire de Kiara, ça nous parle, à nous, les jeunes », témoigne Guy-Roger, 19 ans, impatient de voir la prochaine saison, en 2014.

Une série qui flirte avec l’horreur et le fantastique

Libreville est aussi le décor choisi par la réalisatrice Samantha Biffot, 28 ans, pour tourner L’OEil de la cité, prix de la meilleure série au dernier Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespaco), fin février. Les trois premiers épisodes, qui n’ont pas encore été diffusés sur le petit écran, sont très attendus au Gabon. Et Canal+ Horizons a déjà proposé d’en racheter les droits. Crimes rituels, inceste, drogue… Le projet soutenu par l’Institut gabonais de l’image et du son (Igis) devait parler aux jeunes de problèmes de société « sans être trop rébarbatif », explique le cinéaste Imunga Ivanga, directeur général de l’Igis. Qu’à cela ne tienne, la jeune Biffot a su trouver un style original, flirtant tantôt avec le fantastique, tantôt avec le film d’horreur.


LIRE L’INTÉGRALITÉ sur Jeuneafrique.com

Tags : Afrique, Images, Monde, Société
Partager :