Murmures

Algérie : interdiction de la projection du film "L'Arabe" de Malek Bensmaïl
avril 2026 | Faits de société | Cinéma/TV | Algérie

Français

Dans un communiqué mentionné sur Twala, La Radio des Sans Voix et Just-Info DZ, 37 professionnels du cinéma algérien, parmi lesquels Belkacem Hadjadj, Adila Bendimerad, Lyes Salem, Hassen Ferhani, Karim Moussaoui et Nabil Asli, dénoncent la déprogrammation du film "L'Arabe" de Malek Bensmaïl au festival d'Annaba.

1. Préambule et cas de The Arab

Les cinéastes algériens dénoncent la multiplication des actes de censure et d'interdictions de projection qui frappent le cinéma national. Ils prennent pour point de départ l'interdiction de la première algérienne du long métrage The Arab de Malek Bensmaïl, programmée dans le cadre de l'Annaba Mediterranean Film Festival. Cette projection a été annulée au motif de l'absence de "visa culturel", une autorisation administrative exigée pour les projections non commerciales ou dans le cadre d'échanges culturels, délivrée par la commission de visionnage du ministère de la Culture.

Les signataires estiment que cette décision n'est pas un simple incident technique, mais s'inscrit dans un système d'entraves, d'opacité et de bureaucratie qui "fragilise durablement la création cinématographique". Ils affirment que le film n'a pas à être déprogrammé et qu'aucune raison recevable ne peut justifier sa censure, demandant que la place qui lui était réservée dans la programmation lui soit restituée au nom de la crédibilité du festival.

2. Une pratique systémique de censure

Au-delà du cas de The Arab, les cinéastes soulignent que plusieurs films algériens ont été empêchés de projection, que ce soit dans des festivals ou dans les salles, selon des procédures opaques et sans réponses claires. Ils insistent sur le fait que ces situations ne relèvent pas d'incidents isolés, mais d'un mode de fonctionnement qui, par la répétition des obstacles, met en péril le développement du cinéma en Algérie.

Ils pointent le décalage entre les discours officiels sur la relance de "l'industrie cinématographique" et la réalité du terrain, marquée par la censure, la bureaucratie, le manque de lisibilité des mécanismes de soutien et une accumulation d'interdictions. Ils jugent incohérent qu'un État consacre d'importants moyens aux festivals ou à la production, tout en interdisant ensuite la projection de films qu'il a lui-même financés ou coproduits.

3. Liste des films cités

Pour montrer l'ampleur du phénomène, le texte rappelle une série de films qui ont été, selon les signataires, interdits, entravés ou empêchés de diffusion en Algérie :

Barakat de Djamila Sahraoui

Ben M'Hidi de Bachir Derrais

Contre-Pouvoirs, La Chine est encore loin, Le Grand Jeu de Malek Bensmaïl

Délice Paloma, Le Harem de Mme Osmane de Nadir Mokneche

Le Démon au féminin de Hafsa Zinai Koudil

La Dernière Reine de Damien Ounouri et Adila Bendimerad

Alger by Night de Yanis Koussim

L'Effacement de Karim Moussaoui

Fragments de rêves de Bahia Bencheikh El Fegoun

Le Dernier Camarade d'Amine Kabbes

Janitou d'Amine Hattou

Papicha de Mounia Meddour

Constantina Babylone - Terminus 60 de Sid Ahmed Semiane

Vote Off de Fayçal Hamoum

Les auteurs affirment que l'histoire finit toujours par rendre justice aux œuvres malmenées, tandis que l'oubli guette ceux qui organisent la censure. Ils citent l'exemple de Tahya Didou de Mohamed Zinet, longtemps ostracisé avant d'être reconnu comme un film culte emblématique du patrimoine national.

4. Diagnostic politique et demandes

Les cinéastes mettent en avant le lien entre ces pratiques de censure et un cadre juridique qui criminalise de fait le travail des auteurs, notamment à travers la loi sur le cinéma qui fait planer la menace de sanctions pénales lorsque les œuvres sont jugées contraires à des "valeurs" ou à un référent religieux. Ils considèrent qu'une politique culturelle cohérente ne peut reposer sur de telles discontinuités et incohérences, ni sur des mécanismes de contrôle qui se substituent au débat public et à la critique.

Ils rappellent que l'on ne peut pas emprisonner les idées, et qu'un film interdit dans les salles à un moment donné finira tôt ou tard par "être projeté par l'histoire dans la mémoire et l'imaginaire des peuples".

En conclusion, ils formulent plusieurs revendications précises :

La levée des restrictions arbitraires qui entravent la diffusion des œuvres cinématographiques.

Le respect de l'autonomie des festivals dans l'élaboration de leur programmation.

Une révision du système de visa culturel pour qu'il ne soit plus un frein à la circulation des films.

Une réforme des instances de sélection, fondée sur la compétence et la transparence.

Une mise à plat du cadre juridique régissant le secteur, afin d'accompagner réellement la création.

L'ouverture d'un dialogue constructif entre les professionnels du cinéma et les autorités concernées.

5. Signataires

La pétition/communiqué est portée par une quarantaine de professionnels du cinéma : réalisateurs, producteurs, comédiens, techniciens. On y trouve notamment Boualem Ziani, Adila Bendimerad, Lyes Salem, Sid Ahmed Semiane, Malika Laichour, Oussama Rai, Amine Kabbes, Hania Chabane, Narimane Mari, Bachir Derrais, Amine Hattou, Yanis Koussim, Nabil Asli, Damien Ounouri, Amine Sidi-Boumédiène, Hassen Ferhani, Bahia Bencheikh El Fegoun, Karim Moussaoui, Malek Bensmaïl, ainsi que de nombreux producteurs, comédiens et réalisateurs cités nommément.
Partager :