Murmures

« Jamais les mots ne m’ont paru si précaires et si solides à la fois »
janvier 2011 | Divers | Littérature / édition | Haïti
Source : Le Monde

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Yanick Lahens en réponse à Christine Rousseau (Le Monde) explique la forte mobilisation des écrivains haïtiens dans les médias peu après le séisme. « Beaucoup de médias internationaux ont interpellé des écrivains haïtiens. Mais notre première parole n’a pas été littéraire. Nous avons voulu profiter de cette visibilité pour alerter, témoigner, rappeler l’oubli organisé de l’histoire d’Haïti et dresser avec nos mots un grand rempart contre cet oubli et tous les autres. Parce qu’à mes yeux, ce malheur qui a frappé Haïti n’est pas un malheur de périphérie. C’est un malheur du centre, un malheur du monde. Ce n’est pas le séisme en soi qui a tué, détruit, blessé et lâché des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sur les routes ou dans des camps, c’est la pauvreté. Or cette pauvreté a une histoire. »

L’écrivain décrit sa faille intérieure ouverte par la séisme : « Quel est le poids des mots face à un enfant qui agonise ? Mais une fois la sidération franchie, on se raccroche à nouveau aux mots. Comme on peut. Et on se dit que la littérature est encore une parade essentielle pour nous, écrivains, contre le malheur. Le Mal. Jamais les mots ne m’ont paru si précaires et si solides à la fois. Jamais la littérature ne m’a semblé pouvoir donner autant la saveur du monde. »

Pour guérir ces failles et donner du sens aux interrogations, elle déclare : »Au Mal, aux failles, il faut opposer la Beauté, toutes les beautés, celle des mots, celle des saines colères, celle du rire des enfants, celle des hibiscus qui s’acharnaient à pousser dans mon jardin le lendemain, celle du désir. Sans tomber dans une posture de représentation surtout pour les médias à l’extérieur (piège dont on n’échappe jamais tout à fait) qui consisterait à « exotiser » ce malheur, à en faire un article d’exhibition de foire ou un produit d’appel. »

Extraits des propos recueillis par Christine Rousseau pour Le Monde le 14 janvier 2010.

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