Sami Tchak n'est pas seulement un écrivain exigeant, il est également un observateur méticuleux de la vie littéraire, un lecteur passionné, un discoureur hors pair mais aussi - peut-être que toute la clairvoyance que procure ses multiples casquettes y conduit - un intellectuel cynique, conscient, trop conscient de sa condition d'écrivain noir, africain, en France et dans le monde. S'il ne craignait pas les références pompeuses et surannées, Sami Tchak aurait pu intituler son livre "comment peut-on être écrivain africain?" car telle est la question qui le traverse de part en part. Et pour y répondre, l'auteur choisit un format quelque peu singulier. Dans un livre qui tient autant du journal que de la satire, de l'autobiographie que du traité de poétique, l'auteur de Place des fêtes, nous dévoile la partition qu'il joue dans la grande "comédie littéraire."
COMPOSITION FRAGMENTAIRE, La Couleur de l' écrivain, s'ouvre, fort à propos, sur une question qui vient à l'auteur, avec un mélange de naïveté et de reproche, de bonne foi et de vanité, envoyée d'un public qui assistait à un débat littéraire, par une femme blanche, non autrement identifiée. C'est avec cette Vox que Sami Tchak engage a posteriori un dialogue sur divers sujets qui concernent la littérature africaine, son histoire, ses héros, ses combats et ses agents. Il revient sur les questions de l'archétypale dame blanche pour y apporter d'autres réponses que les réactions à chaud, toutes faites, des rencontres littéraires en librairie.
La couleur de l'écrivain, c'est trois parties - (syllogisme ou plan dialectique ?), discours dont l'acmé serait la "comédie littéraire" ? - qui cristallisent trois pôles importants de la scène littéraire africaine en France. Premièrement, le pôle identitaire. Il semble que plus que tout autre, l'écrivain africain qui écrit en français, doive répondre à la question "qui es-tu ?" Et plus d'un siècle après les "premiers" textes littéraires africains, cette littérature est toujours, en France, un cabinet de curiosités et en Afrique, un lointain rêve qui se concrétisera un jour. En attendant, l'auteur devra, secondement, prouver "de quoi il est fait". Peut-il aller au-delà de sa peau? Quel espace occupe-t-il entre Camara Laye et Mongo Beti ? Peut-il, si le cur lui en dit, rire avec Gombrowicz,
Tolstoï ou Gracq? Troisièmement, et c'est là une conclusion efficace, l'apodose de Sami, ne vaut-il pas mieux de lire les auteurs, les textes, ceux d'Ananda Devi, qui résolvent les questionnements identitaires, renvoient à leur insignifiance les jeux des institutions, laissent transparaître les influences et les diversités de parcours. Mais encore faut-il que ces textes rencontrent des lecteurs avec lesquels ils feront sens.
Sami Tchak propose un tour de passe-passe et rentre dans la vulgate sur le texte et l'auteur africain avec le sourire pour mieux nous en montrer les limites.
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