Murmures

Mehdi Charef, cinéaste et écrivain franco-algérien, est mort à 73 ans
juin 2026 | Décès de personnalités culturelles | Cinéma/TV | Algérie

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Mehdi Charef, cinéaste et écrivain franco‑algérien, est décédé "dans son sommeil" dans la nuit du 9 au 10 juin 2026 à son domicile en région parisienne à l'âge de 73 ans. Révélé au milieu des années 1980 par Le Thé au harem d'Archimède, adaptation de son propre roman, il s'est imposé comme l'une des grandes voix de la culture franco‑algérienne, donnant une visibilité inédite aux récits de l'immigration, de l'exil et des quartiers populaires.
Né en Algérie et arrivé en France enfant, Mehdi Charef commence à travailler en usine avant de se tourner vers l'écriture puis la réalisation. Avec Le Thé au harem d'Archimède, chronique tendre et abrupte de l'adolescence en banlieue, il accompagne l'émergence de la "génération beur" et fait entrer à l'écran une jeunesse jusque‑là reléguée aux marges du cinéma français. Son regard, profondément social mais jamais démonstratif, privilégie les corps, les silences et les détails du quotidien plutôt que le discours théorique, ce qui donnera à son œuvre une dimension à la fois politique et intimement humaine.
Sa filmographie de réalisateur s'inscrit dans une continuité thématique forte. Dans Miss Mona puis Camomille, il explore des destinées fragiles prises dans la précarité et les dépendances, en poursuivant son interrogation sur ceux que la société tient à distance. Avec Au pays des Juliets, film de prison centré sur trois femmes, il confirme son attention constante aux personnages féminins, souvent au cœur de situations de rupture ou de survie. Marie‑Line offre à Muriel Robin un grand rôle dramatique, dans un drame social qui met à nu les tensions du monde du travail et des rapports de classe. En parallèle, La Fille de Keltoum et Cartouches gauloises marquent un retour assumé vers l'Algérie : il y revisite la mémoire coloniale, les blessures de l'histoire et les liens complexes entre pays d'origine et pays d'accueil. Son dernier long métrage repéré, Graziella, prolonge cette veine d'un cinéma attaché à la dignité des existences modestes.
Au fil des années, l'œuvre de Mehdi Charef se caractérise par quelques grands motifs récurrents : l'immigration et l'exil, la banlieue et ses frontières visibles ou invisibles, la précarité sociale, la quête d'identité d'enfants ou de jeunes adultes pris entre plusieurs mondes. Les femmes occupent une place centrale dans ce dispositif, non comme figures secondaires mais comme protagonistes dont il filme les combats, les ambiguïtés et la capacité de résistance. Son cinéma reste également profondément lié à la mémoire algérienne et à l'histoire coloniale, qu'il aborde sans manichéisme mais avec une fidélité constante aux humiliations et aux espérances des dominés.
Cinéaste, scénariste et romancier, Mehdi Charef laisse ainsi une œuvre qui a accompagné, de l'usine aux écrans de cinéma, le déplacement du centre de gravité du récit français vers ses marges sociales et postcoloniales. Sa disparition retire au cinéma franco‑algérien une conscience esthétique et politique majeure, dont les films continueront d'accompagner les débats contemporains sur l'immigration, l'égalité et la mémoire partagée.
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