Murmures

La biographie de Joseph Kpobly
juillet 2005 | | Cinéma/TV | Bénin

Français

Suite à son décès, Monique Phoba a rassemblé les éléments de différentes sources de presse.
Joseph KPOBLY, le chef décorateur attitré du cinéma africain, s'est éteint le mardi 14 juin 2005, à 19 heures.

Joseph KPOBLY est né en 1957, à Kpinnou, dans la commune d'Athiémé, au sud-ouest du Bénin. Titulaire, dans une famille de paysans, le père étant cultivateur et la mère potière. Contre les désirs de son père souhaitant le voir fonctionnaire, il s'est toujours intéressé à l'art et, après ses études secondaires, grâce à une bourse de la francophonie, il entre aux Beaux-Arts à Paris. Il y suit une formation en peinture, puis à l'Ecole du Louvre, il obtient un certificat en histoire de l'art. A l'Atelier de Formation Architecturale, il acquiert son brevet de technicien en art appliqué (Option : architecture d'intérieur), puis, il achève son parcours par une spécialisation à la société française de production et de créations audiovisuelles (SFP), d'où il est sorti chef décorateur, directeur artistique Télévision et Cinéma. Plus tard, il aura l'occasion de faire aux Etats-Unis un diplôme de commissaire d'exposition.

LES CIRCONSTANCES DU DECES

Joseph KPOBLY avait été chargé de la décoration du podium d'un concert géant et gratuit, organisé par l'ambassade des Pays-Bas, à Cotonou, le vendredi passé, pour fêter l'inauguration de ses nouveaux locaux, où ont notamment évolué, dans une liesse sans pareil, la vedette togolaise King MENSAH et le très populaire chanteur béninois Danièlou SAGBOHAN.

La veille du concert, Joseph s'affairait à finaliser les derniers éléments de son décor, quand il a été pris d'un malaise, sa tension artérielle étant monté à 20. Lors d'un séjour dans une clinique privée dans le quartier de Fidjrossé, il s'est plaint d'atroces maux de tête, ce qui a conduit son médecin à l'évacuer le lundi 13 dans le service des soins intensifs du Centre National Hospitalier Universitaire (CNHU) Hubert MAGA. Sa tension se normalisant, on a espéré le voir tiré d'affaire, mais il devait succomber le mardi 14 juin, à 19 heures.

Celui qui disparaît ainsi, les pinceaux à la main, a eu la mort qui lui ressemble. Il a laissé d'innombrables preuves d'un savoir-faire étonnamment polyvalent.

Il a eu notamment à réaliser le décor de plus d'une trentaine de longs-métrages au Bénin, au Burkina-Faso, au Burundi, au Cameroun, en Côte d'Ivoire, en Guinée-Bissau, en Thaïlande, en France…
C'est sur le film : "Ces terres", de son compatriote Thomas AKODJINOU, qu'il a connu son baptême du feu. Il a d'autres expériences de chef décorateur sur des films béninois ; notamment "Ironou", de François OKIOH. Ensuite, les collaborations prestigieuses afflueront : "Zan Boko" et "Buud Yam", avec Gaston KABORE, "Silmandé/Tourbillon" et "Moi, mon Blanc", avec Pierre YAMEOGO, à qui le liait une camaraderie sans failles, "Waati", avec Souleymane CISSE, "Gito, l'ingrat", de Léonce NGABO, "Saraounia", de Med HONDO, "Po di Sangui", de Flora GOMEZ, sans compter les derniers hauts faits d'armes : "Moolade", de Sembène OUSMANE et "Heremakono", d'Abderrahamane SISSAKO, pour lequel il a reçu au FESPACO, en 2003, le prix du meilleur décor de film.


TALENT ET GENEROSITE

Mais, entre 2 tournages, Joseph KPOBLY ne chômait pas.

Il avait trouvé le secret d'être toujours occupé, toujours sur les braises, de se trouver au centre d'activités diversifiées et apparemment dispersées, mais qui, sans cesse, nourrissaient sa pratique, sa vocation pour le décor de cinéma. Ici, on se souvient que c'est son décor aux inspirations hallucinées qui avait été l'atout décisif pour permettre au chanteur EBAWADE de remporter, avec sa chanson "Toula", le prix de la meilleure musique moderne d'inspiration traditionnelle aux Koras en 1998. De 1987 à 2004, il a créé plusieurs décors pour le Festival International du Théâtre du Bénin (FITHEB), imprimant sa marque également au festival GOSPEL et RACINES, à la mairie de Cotonou. Le temps d'une pirouette, le voilà accompagnant son collègue Romuald HAZOUME, en tant que commissaire d'exposition, à la biennale d'art plastique de Johannesburg, "Africus 95", encadrant au Rwanda les étudiants d'une formation sur le costume et la scénographie, incitant de jeunes amis cinéastes à tenter l'aventure du long-métrage (il avait des projets en cours avec Koffi GAHOU, Ignace YETCHENOU…), siégeant dans des jury pour le choix du logo de l'UMEOA ou du drapeau de la CEDEAO et tentant de calmer les nombreux conflits qui secouent le microcosme artistique béninois. "La plupart des crises qu'a connu l'art béninois, ont été réglés dans son atelier", jure Richmir TOTAH, artiste et promoteur musicien. Si disponible, gentiment facétieux, prêt à rendre service, que chacun peut aujourd'hui affirmer, la main sur le cœur, avoir perdu un ami proche, membre d'une famille de son cœur.

Très préoccupé de favoriser l'émergence en Afrique d'un véritable groupe de décorateurs de cinéma, il s'est toujours appliqué, partout où il a l'occasion de travailler, à la formation d'une pépinière susceptible d'assurer une relève de qualité. A en croire l'un de ses premiers élèves, Grégoire-Marie NOUDEHOU, Joseph KPOBLY définissait le décorateur comme quelqu'un au service du réalisateur, qui doit être le cordon ombilical entre les postes artistiques et techniques et avoir de bonnes notions de gestion et de budgétisation, pour ne pas provoquer des dépassements préjudiciables au film en cours. Il avait créé en 1984 les ateliers Jika Déco, devenus aujourd'hui une véritable institution réputée dans la formation des jeunes aux métiers des arts graphiques, plastiques et décoratifs, ainsi qu'en tapisserie.

Au plan des responsabilités, il cumulait au moment de sa mort, les postes de président de l'Association des Plasticiens du Bénin (APB), de président de l'Association des Cinéastes du Bénin (ACB), de président de l'Union des Créateurs et Entrepreneurs de l'Audiovisuel de l'Afrique de l'Ouest/section Bénin (UCECAO/Bénin), de vice-président de la Fédération des Associations d'Artistes du Bénin (FAABEN). Il a été également conseiller de la deuxième mandature du Conseil Economique et Social (CES).

Il en a certainement trop fait, s'est certainement trop donné. Il nous parlait ces derniers temps d'une voix essoufflée, grossissait et se fatiguait dans des voyages continuels. Et nous regardions tout cela sans broncher… Il était responsable de la survie de plus d'une vingtaine de personnes. Sur lui, reposait l'enjeu d'un nouveau départ du cinéma béninois, car seul, il était capable de faire le pont entre l'ancienne et la nouvelle génération des réalisateurs. A ce titre, sa nomination à la tête de l'Association des Cinéastes Béninois avait été ressentie comme le début d'une nouvelle ère.

L'hypertension est l'état logique où l'a conduit ce trop grand don de lui-même et la mort peut-être le seul repos qu'il se sera jamais donné.

Le présent texte est le résultat de la compilation d'une série d'articles parus ce jour, jeudi 16 juin 2005, dans les quotidiens béninois, en rapport avec la mort de Joseph KPOBLY, car hier, il n'y avait que la radio et la télévision qui ont relayé l'information. J'ai fait la mise en forme et ajouté des informations qui me sont propres, ainsi que toute la conclusion.

Il s'agit des journaux LE MATIN (Gilles-Hervé da SYLVEIRA), FRATERNITE(Gérard GANSOU et Amour GBOVI), LE MATINAL (Foulératou A. YACOUBOU) et L'AUTRE QUOTIDIEN (Franck-Raoul PEDRO).

Monique PHOBA.
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