Murmures
Maroc : Reporters sans frontières demande aux candidats aux élections législatives de s'engager en faveur de la liberté de la presse
septembre 2002 | | Média | Maroc
Source : Reporters sans frontières / Reporters Without Borders
Français
24 septembre 2002
Alors que les Marocains sont appelés aux urnes, le 27 septembre 2002, pour renouveler au suffrage universel la Chambre des représentants, Reporters sans frontières demande aux candidats de s'engager à agir en faveur de la liberté d'expression au Maroc. " Cette année encore, de nombreuses entorses à la liberté de la presse ont été recensées dans le royaume : intimidations de journalistes, convocations, surveillance des publications indépendantes, etc. Par ailleurs, un code de la presse aux conséquences potentiellement liberticides a été adopté en mai 2002 ", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. " Puisque cette élection se veut un symbole de la " transition démocratique " du royaume, nous demandons aux futurs députés marocains de s'engager, durant les derniers jours de la campagne, à amender de manière substantielle le code de la presse et à renforcer les mesures législatives garantissant l'indépendance de la presse au Maroc ", a-t-il ajouté.
Le 16 août 2002, alors que Nordine Miftah, directeur de l'hebdomadaire Al Ayyam, se trouvait à Agadir, il a été convoqué, par téléphone, par un commissaire de police qui lui demandait de venir " immédiatement " à Casablanca. Il a été interrogé plusieurs heures sur une interview, parue le 11 juillet 2002, d'un leader islamiste, Abdallah el Chadli. Deux jours plus tard, c'était au tour de l'auteur de l'interview, Anas Mezzour, d'être convoqué pour les mêmes raisons.
Le 12 juillet, Karim Selmaoui, photographe du Journal hebdomadaire, n'a pas été autorisé à se rendre à l'esplanade du Mechouar (situé en face du palais royal à Rabat) où se déroulait la célébration publique des noces royales. Un fonctionnaire du ministère lui a ordonné de descendre de la voiture officielle qui devait l'emmener en compagnie de l'envoyé spécial de Paris Match et de l'équipe technique d'Al-Jazira, sur les lieux des festivités. Le journaliste était pourtant dûment accrédité par le ministère de la Communication. Le 14 février, la cour d'appel de Casablanca avait condamné Aboubakr Jamaï, directeur de la publication de ce même journal, et Ali Amar, directeur général, à respectivement, trois et deux mois de prison avec sursis et à 500 000 dirhams (environ 50 000 euros) de dommages et intérêts. Mohamed Benaissa, actuel ministre des Affaires étrangères, avait porté plainte suite à une série d'article parus qui dénonçaient sa procédure d'achat, en 1996, d'une résidence à Washington pour le compte de l'ambassade du Maroc. Il était à l'époque ambassadeur aux Etats-Unis.
Le 10 juillet, le jugement de l'hebdomadaire Demain magazine a été reporté au 11 décembre. Le 21 novembre 2001, Ali Lmrabet, directeur de publication de l'hebdomadaire Demain Magazine, avait été condamné à quatre mois de prison et une amende de 30 000 dirhams (environ 3 000 euros) par le tribunal de Rabat. Il était poursuivi pour "diffusion de fausses informations portant atteinte à l'ordre public ou susceptibles de lui porter atteinte".
Le 8 et 9 mars 2002, un journaliste espagnol, Ignacio Cembrero, d'El Pais, quotidien espagnol, a fait l'objet d'une filature. Il était arrivé la veille à Rabat pour écrire des articles sur le Sahara occidental.
La presse islamiste n'a pas non plus été épargnée. Depuis le début du mois d'avril 2001, il est impossible d'accéder, depuis le Maroc, au site Internet de Rissalat Al Foutouwa (www.fotowa.com). Aljamaa.org et yassine.net, sites crées par l'association islamiste Justice et bienfaisance, hébergés sur des serveurs situés en dehors du Maroc, ne sont également plus accessibles depuis le Maroc.
Le 6 mai 2002, le projet de loi sur le code de la presse a été définitivement approuvé par la Chambre des représentants. En dépit de certains points positifs (allègement des sanctions pénales auxquelles s'exposent les journalistes, réduction du montant des amendes, assouplissement des procédures à la création d'un titre, justification des saisies), ce code demeure particulièrement sévère. Les peines de prison punissant la diffamation du roi, des princes et des princesses, ont été maintenues. Les auteurs de ces délits sont désormais passibles de trois à cinq ans de prison contre cinq à vingt ans de prison dans l'ancien code. Par ailleurs, l'article 29 maintient le droit, pour le gouvernement, d'interdire des journaux marocains ou étrangers "si les publications concernées sont de nature à porter atteinte à l'islam, à l'institution monarchique, à l'intégrité territoriale ou à l'ordre public".
Virginie Locussol ([email protected] / [email protected])
Bureau Maghreb et Moyen-orient / North Africa and Middle-East desk
Alors que les Marocains sont appelés aux urnes, le 27 septembre 2002, pour renouveler au suffrage universel la Chambre des représentants, Reporters sans frontières demande aux candidats de s'engager à agir en faveur de la liberté d'expression au Maroc. " Cette année encore, de nombreuses entorses à la liberté de la presse ont été recensées dans le royaume : intimidations de journalistes, convocations, surveillance des publications indépendantes, etc. Par ailleurs, un code de la presse aux conséquences potentiellement liberticides a été adopté en mai 2002 ", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. " Puisque cette élection se veut un symbole de la " transition démocratique " du royaume, nous demandons aux futurs députés marocains de s'engager, durant les derniers jours de la campagne, à amender de manière substantielle le code de la presse et à renforcer les mesures législatives garantissant l'indépendance de la presse au Maroc ", a-t-il ajouté.
Le 16 août 2002, alors que Nordine Miftah, directeur de l'hebdomadaire Al Ayyam, se trouvait à Agadir, il a été convoqué, par téléphone, par un commissaire de police qui lui demandait de venir " immédiatement " à Casablanca. Il a été interrogé plusieurs heures sur une interview, parue le 11 juillet 2002, d'un leader islamiste, Abdallah el Chadli. Deux jours plus tard, c'était au tour de l'auteur de l'interview, Anas Mezzour, d'être convoqué pour les mêmes raisons.
Le 12 juillet, Karim Selmaoui, photographe du Journal hebdomadaire, n'a pas été autorisé à se rendre à l'esplanade du Mechouar (situé en face du palais royal à Rabat) où se déroulait la célébration publique des noces royales. Un fonctionnaire du ministère lui a ordonné de descendre de la voiture officielle qui devait l'emmener en compagnie de l'envoyé spécial de Paris Match et de l'équipe technique d'Al-Jazira, sur les lieux des festivités. Le journaliste était pourtant dûment accrédité par le ministère de la Communication. Le 14 février, la cour d'appel de Casablanca avait condamné Aboubakr Jamaï, directeur de la publication de ce même journal, et Ali Amar, directeur général, à respectivement, trois et deux mois de prison avec sursis et à 500 000 dirhams (environ 50 000 euros) de dommages et intérêts. Mohamed Benaissa, actuel ministre des Affaires étrangères, avait porté plainte suite à une série d'article parus qui dénonçaient sa procédure d'achat, en 1996, d'une résidence à Washington pour le compte de l'ambassade du Maroc. Il était à l'époque ambassadeur aux Etats-Unis.
Le 10 juillet, le jugement de l'hebdomadaire Demain magazine a été reporté au 11 décembre. Le 21 novembre 2001, Ali Lmrabet, directeur de publication de l'hebdomadaire Demain Magazine, avait été condamné à quatre mois de prison et une amende de 30 000 dirhams (environ 3 000 euros) par le tribunal de Rabat. Il était poursuivi pour "diffusion de fausses informations portant atteinte à l'ordre public ou susceptibles de lui porter atteinte".
Le 8 et 9 mars 2002, un journaliste espagnol, Ignacio Cembrero, d'El Pais, quotidien espagnol, a fait l'objet d'une filature. Il était arrivé la veille à Rabat pour écrire des articles sur le Sahara occidental.
La presse islamiste n'a pas non plus été épargnée. Depuis le début du mois d'avril 2001, il est impossible d'accéder, depuis le Maroc, au site Internet de Rissalat Al Foutouwa (www.fotowa.com). Aljamaa.org et yassine.net, sites crées par l'association islamiste Justice et bienfaisance, hébergés sur des serveurs situés en dehors du Maroc, ne sont également plus accessibles depuis le Maroc.
Le 6 mai 2002, le projet de loi sur le code de la presse a été définitivement approuvé par la Chambre des représentants. En dépit de certains points positifs (allègement des sanctions pénales auxquelles s'exposent les journalistes, réduction du montant des amendes, assouplissement des procédures à la création d'un titre, justification des saisies), ce code demeure particulièrement sévère. Les peines de prison punissant la diffamation du roi, des princes et des princesses, ont été maintenues. Les auteurs de ces délits sont désormais passibles de trois à cinq ans de prison contre cinq à vingt ans de prison dans l'ancien code. Par ailleurs, l'article 29 maintient le droit, pour le gouvernement, d'interdire des journaux marocains ou étrangers "si les publications concernées sont de nature à porter atteinte à l'islam, à l'institution monarchique, à l'intégrité territoriale ou à l'ordre public".
Virginie Locussol ([email protected] / [email protected])
Bureau Maghreb et Moyen-orient / North Africa and Middle-East desk
English
Reporters Without Borders called today on candidates in Morocco's 27 September parliamentary elections to take a firm stand in favour of freedom of expression.
"This year, once again, many infringements of press freedom have occurred in Morocco, including intimidation and summoning of journalists and surveillance of independent publications" said Reporters Without Borders secretary-general Robert Ménard. "A particularly harsh law about press freedom was also passed in May."
Since this election has been presented as a symbol of the country's " democratic transition " we call on the future deputies to commit themselves, in the final days of the campaign, to substantially amending this press law and to taking other legislative action to strengthen press freedom in Morocco.
On 16 August, Nordine Miftah, managing editor of the weekly Al Ayyam, was summoned by telephone, while in Agadir, by police who demanded that he come at once to Casablanca. There, he was interrogated for several hours about an interview that appeared on 11 July with an Islamic fundamentalist leader, Abdallah el-Chadli. Two days later, the reporter who conducted the interview, Anas Mezzour, was summoned for the same reason.
Karim Selmaoui, a photographer with Journal hebdomadaire, was refused entry on 12 July to Mechouar Square, opposite the royal palace in Rabat, where the public celebration of King Mohammed VI's wedding was taking place. A government official ordered him out of the official car that was taking him, the special correspondent of the French magazine Paris Match and the technical crew of the Qatari TV station Al-Jazeera to the festivities. Selmaoui was properly accredited for the occasion.
On 14 February, the Casablanca appeals court handed down to Journal hebdomadaire's managing editor, Aboubakr Jamai, and its general manager, Ali Amar, suspended jail sentences of respectively three and two months and awarded damages against them of 500,000 dirhams (about _50,000). Foreign minister Mohammed Benaissa had filed a complaint about articles that had criticised the way he bought a house in Washington in 1996 for the Moroccan embassy there when he was the ambassador.
On 10 July, hearing of an appeal by Demain magazine was deferred until 11 December against the sentencing last 21 November of its managing editor, Ali Lmrabet, to four months imprisonment and a 30,000 dirhams (about _3,000) fine by a Rabat court for "putting out false news undermining public order or likely to do so."
A Spanish journalist, Ignacio Cembrero, of the daily El Pais, was followed on 8 and 9 March after arriving in Rabat to write articles about the situation in Western Sahara.
The Islamic fundamentalist media was also targeted. Since the beginning of April last year, access from Morocco has been blocked to the Internet website Rissalat al-Foutouwa (www.fotowa.com). Aljamaa.org and yassine.net, both set up by the fundamentalist group Justice and Charity and hosted by servers outside Morocco, have also been blocked.
The new press law was passed by the House of Representatives on 6 May. Despite some positive aspects (lighter penalties for journalists, smaller fines, easier procedures for launching a publication and the need to give reasons for confiscation), the law was especially tough.
Jail terms for insulting the king and the royal family remain, with offenders risking between three and five years in prison (compared with between five and 20 years previously). Article 29 retains the government's right to ban Moroccan or foreign newspapers if they are deemed to " undermine Islam, the monarchy, national territorial integrity or public order. "
"This year, once again, many infringements of press freedom have occurred in Morocco, including intimidation and summoning of journalists and surveillance of independent publications" said Reporters Without Borders secretary-general Robert Ménard. "A particularly harsh law about press freedom was also passed in May."
Since this election has been presented as a symbol of the country's " democratic transition " we call on the future deputies to commit themselves, in the final days of the campaign, to substantially amending this press law and to taking other legislative action to strengthen press freedom in Morocco.
On 16 August, Nordine Miftah, managing editor of the weekly Al Ayyam, was summoned by telephone, while in Agadir, by police who demanded that he come at once to Casablanca. There, he was interrogated for several hours about an interview that appeared on 11 July with an Islamic fundamentalist leader, Abdallah el-Chadli. Two days later, the reporter who conducted the interview, Anas Mezzour, was summoned for the same reason.
Karim Selmaoui, a photographer with Journal hebdomadaire, was refused entry on 12 July to Mechouar Square, opposite the royal palace in Rabat, where the public celebration of King Mohammed VI's wedding was taking place. A government official ordered him out of the official car that was taking him, the special correspondent of the French magazine Paris Match and the technical crew of the Qatari TV station Al-Jazeera to the festivities. Selmaoui was properly accredited for the occasion.
On 14 February, the Casablanca appeals court handed down to Journal hebdomadaire's managing editor, Aboubakr Jamai, and its general manager, Ali Amar, suspended jail sentences of respectively three and two months and awarded damages against them of 500,000 dirhams (about _50,000). Foreign minister Mohammed Benaissa had filed a complaint about articles that had criticised the way he bought a house in Washington in 1996 for the Moroccan embassy there when he was the ambassador.
On 10 July, hearing of an appeal by Demain magazine was deferred until 11 December against the sentencing last 21 November of its managing editor, Ali Lmrabet, to four months imprisonment and a 30,000 dirhams (about _3,000) fine by a Rabat court for "putting out false news undermining public order or likely to do so."
A Spanish journalist, Ignacio Cembrero, of the daily El Pais, was followed on 8 and 9 March after arriving in Rabat to write articles about the situation in Western Sahara.
The Islamic fundamentalist media was also targeted. Since the beginning of April last year, access from Morocco has been blocked to the Internet website Rissalat al-Foutouwa (www.fotowa.com). Aljamaa.org and yassine.net, both set up by the fundamentalist group Justice and Charity and hosted by servers outside Morocco, have also been blocked.
The new press law was passed by the House of Representatives on 6 May. Despite some positive aspects (lighter penalties for journalists, smaller fines, easier procedures for launching a publication and the need to give reasons for confiscation), the law was especially tough.
Jail terms for insulting the king and the royal family remain, with offenders risking between three and five years in prison (compared with between five and 20 years previously). Article 29 retains the government's right to ban Moroccan or foreign newspapers if they are deemed to " undermine Islam, the monarchy, national territorial integrity or public order. "
Partager :