Au nom du père, de tous, du ciel

De Marie-Violaine Brincard

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Le sacrifice n’est pas un mot à la mode. Avec le temps qui passe, on oublie ceux qui ont risqué leur vie, ceux qui l’ont donnée. Celui qui vote aujourd’hui pour l’extrême-droite mesure-t-il les sacrifices de ses prédécesseurs qui sont morts pour que cette même idéologie arrête de faire plonger le monde ? Que d’inconscience…
Aussi est-il plus que jamais nécessaire de rappeler que, face au danger, des êtres savent prendre le risque du sacrifice, par fidélité à leurs valeurs. « En aurais-je eu le courage ? » La question ne nous lâche plus. Voici donc un film qui leur donne la parole dans le contexte du génocide rwandais : des Hutus qui ont caché des Tutsis. Cinq témoignages sans fioritures. Si le titre évoque les raisons données – éducation, intérêt général, foi – c’est pour mieux rappeler combien il leur était naturel d’aller à l’encontre de la folie collective. Cependant, tant d’autres s’en abstenaient par peur, par instinct de survie.
En début de film, un enfant observe que les corbeaux mangent les petits oiseaux et demande si en retour les oiseaux mangent les corbeaux. Celui qui lui répond a perdu une jambe à vouloir sauver des Tutsis. L’instant est magique : la simple question de l’enfant résonne de toute la gravité du drame. Le ton est donné : ce film va à l’essentiel, sans détours, et laisse chacun de ces Justes, les « Bienfaiteurs » (Abagizeneza), témoigner de face, en dignité. Sa beauté est de leur donner pour écho leur environnement, des plans fixes de ces magnifiques paysages du pays des mille collines. Cette épure rend justice à leur simplicité, si bien que tout s’enclenche sans tambours ni trompettes et que l’émotion prend le dessus. Pas de commentaires, pas de structure complexe, pas de gros plans : seules quelques images de leur contexte de vie et une construction du film au cordeau. La justesse du point de vue est au diapason de la juste distance adoptée.
Et puis, la tragique constatation de la perte, qui nous concerne tout autant : au-delà des morts qui ne reviendront pas, c’est aussi la fraternité entre les vivants qui s’est effilochée. Et elle, même les Justes ne peuvent la restaurer.

Le film est projeté du 25 au 28 mars 2010 au festival du Cinéma du Réel à Paris et diffusé sur France Ô le 4 avril à 20 h 35.///Article N° : 9381

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