Au Sud du Sud raconte les Afriques !

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Décembre 98, Marseille : le froid de l’hiver mais la douceur des échanges culturels… Après la Fiesta des Sud en septembre, le festival Au Sud du Sud programmait cette année cinéma, conteurs, musique (avec le groupe de rap camerounais Umar et Donny Elwood) et un marché africain.

Dans la cité phocéenne, Au Sud du Sud tente chaque année de se faire  » vitrine éphémère (…) sur un site européen « , représentative de l’ensemble des chantiers établis en Afrique tout au long de l’année par Jean-Louis Favier et ses amis. Avec une programmation éclectique, qui reste ouverte autant que possible à toutes les formes d’expression artistiques et qui répond aux seuls critères de l’émerveillement et de la réflexion. Autrement dit, on choisit de montrer au public de la ville un certain  » ressenti  » par rapport aux arts, à la culture, à la situation politico-sociale de l’Afrique, en défendant un principe de qualité artistique à travers les oeuvres présentées et en exigeant que ces mêmes oeuvres participent à l’ébauche d’une meilleure compréhension du continent. Que ces oeuvres soient le support d’une réflexion. Il ne s’agit pas de montrer l’Afrique pour montrer l’Afrique. Il s’agit aussi de s’interroger. La fête… oui ! Mais une fête intelligente, si possible.
L’équipe de Au Sud du Sud met un point d’honneur à collaborer avec le réseau des associations communautaires installées à Marseille. Mais elle évite de confondre son action avec la mission qui revient traditionnellement à ces associations. D’où sa présence quasi-permanente sur le terrain. Là-bas en Afrique, où elle multiplie les chantiers sur le long terme. Quelques exemples au hasard… Elle travaille avec l’école internationale de danse du Burkina Faso. Elle fait parallèlement évoluer Boyaba, la compagnie de danse managée par Jean-Louis Favier. Elle aide au  » redéploiement  » organisé en soutien à la petite principauté dont Paul Ténoga Ouedraogo, l’un des deux conteurs qui était au programme cette année, est le chef traditionnel. L’histoire d’amour avec cet artiste dure depuis au moins dix ans.  » Il est chef traditionnel de cinq villages. Une petite principauté qui est au fin fond du Sahel, dans l’un des endroits qui a le plus morflé durant les trente dernières années à cause des problèmes climatiques, sécheresse et autres. On a imaginé autour de ça tout un redéploiement au niveau de l’instruction, de la santé, de l’économie, de l’écologie, des voies d’accès, des communications téléphoniques, etc. qui nous a amené à monter des opérations assez importantes là-dessus « .
Les chantiers ne sont donc pas uniquement d’ordre artistique.  » C’est très déroutant l’Afrique. C’est un peu impalpable. Les cultures africaines au sens profond sont difficilement palpables par la pensée européenne. Et c’est donc pour ça qu’on a envie chaque fois [que le festival a lieu à Marseille]d’apporter quelque chose, d’apporter un petit machin, qui soit, en plus de la fête, de l’extase, de la force artistique, une interrogation dans un domaine donné. L’Afrique, ça vit aujourd’hui, bien sûr… sans nous d’ailleurs. Ils n’ont absolument pas besoin de nous. Et comment ça vit ? Nous soulevons un petit coin du voile « . Une occasion de parler d’économie, de social, d’histoire… Inviter par exemple le professeur Elikia M’bokolo, historien congolais, à venir animer une table-ronde sur la mémoire du continent rentre totalement dans cette perspective. Convier des économistes ou des gens de lettres à venir dialoguer avec le public n’est qu’une façon en réalité d’éviter la mort idiote pour ces militants pro-Afrique nouvelle tendance. La fête est une notion étroitement liée à l’éphémère. On consomme et puis on oublie. La fête intelligente au contraire laisse des traces dans les esprits longtemps après. C’est ce qui fonde en partie le succès d’Au Sud du Sud.
 » Peut-être qu’une part de cette originalité vient du fait que nous sommes des gens de terrain, nous sommes des journalistes, des fureteurs, des chercheurs. Nous sommes des gens dont l’angoisse n’est pas seulement de réussir un festival avec de beaux spectacles et plein de choses autour, tu comprends ? On a aussi ce besoin, cette envie. Bien sûr… Mais on a aussi tellement de façons de croiser l’Afrique… que, forcément, quelque part, ça se sent dans ce qu’on ramène dans nos filets, même inconsciemment « . D’où l’intérêt manifesté par le public marseillais pour ce type de manifestation. Un pari qui n’aurait peut-être pas si bien réussi dans une autre ville française. Marseille et son port légendaire prédispose à ce type d’événement et d’humeur. Jean-Louis Favier en est sûr.  » Marseille est la seule ville méditerranéenne et africaine de France (…) Tu demandes à n’importe qui, du sud, au sud du sud, où il a envie de vivre en France… s’il ne connaît pas géographiquement au départ, il va dire  » je veux le sud « . Et une fois qu’il connaît, il se sent intégré à Marseille. Pourquoi ? Parce qu’il y a tellement de gens différents. Tu peux être de n’importe quelle origine, tu déboules à Marseille, tu vas forcément trouver ta niche, ton milieu… tu vas trouver ton système de survie, au moins psychologique, au moins social « . Un atout de taille qui permet en tous cas à la bande d’allumés d’Au Sud du Sud de continuer à vivre leurs rêves d’Afrique… debout et sans trop d’angoisses. Rendez-vous est pris maintenant pour l’année prochaine et nous y serons certainement !

*Au Sud du Sud, Contact tél. 0491422050, fax 0491421618. ///Article N° : 631

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