Audacieuses et créatives : Arte explore la beauté africaine

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Le Théma consacré à la mode et la beauté vendredi 9 janvier 2003 sur Arte se concentre sur la réponse africaine à la mondialisation culturelle.

Arte fait la part belle à la styliste sénégalaise Oumou Sy en débutant ce Théma par un 52 min. des réalisatrices allemandes Susan Chales de Beaulieu et Claudia Deja centré sur elle et intitulé  » la grande dame de la mode africaine « . Grande dame, elle l’est par sa force créatrice qui enthousiasme le public autant occidental qu’africain, elle l’est aussi par sa détermination, son combat de femme pour vivre indépendante tout en conservant le lien avec son origine. Le film s’attache ainsi à la montrer dans toutes ces dimensions : femme exigeante, acharnée au travail, parfois vécue comme dure par ses mannequins qui doivent essuyer ses critiques, femme  » qui s’est faite elle-même  » comme le dit son mari blanc Michel Mavros, répondant ainsi aux dénigreurs néo-colons qui supputent que c’est grâce à lui qu’elle réussit, femme pour qui l’ambition et l’amour vont de pair et qui s’implique donc totalement dans son travail, femme qui respecte tant la volonté de son père (mort quand elle avait 5 ans) qu’elle ne veut apprendre ni à lire ni à écrire, ajoutant  » mais j’utilise ma mémoire ! « , et qui revient régulièrement dans sa Casamance natale pour ne pas perdre le lien avec ses racines.
Les racines, ce sont sans doute elles la clef du succès d’Oumou Sy : c’est dans l’intégration des éléments traditionnels dans une création contemporaine que réside la puissance d’attraction de ses créations, non comme une juxtaposition ou un exotisme mais comme l’intégration globale d’une pensée, d’un mode de vie, d’une approche des choses et des êtres. Le mérite de ce film est de prendre cette constatation comme base, ce qui amène les réalisatrices à nous faire partager des moments de vie, de quotidien, les réactions de tous et les confidences au crépuscule d’une femme dont on saisit l’indépendance construite à bout de bras ( » je n’ai jamais eu de facilités « ) mais qui œuvre plutôt que de se donner comme modèle.
Ce qui les amène aussi à mettre l’accent sur la formation de jeunes stylistes dispensée à Dakar par Oumou Sy ainsi que sur son projet  » made in Africa  » d’une ligne de prêt à porter à prix abordables qui pourrait concurrencer les vêtements occidentaux de seconde main bradés en Afrique sur tous les marchés. Le projet est lourd : une unité de production et donc la recherche d’investisseurs qui auront leurs exigences. Cela, c’est Michel Mavros qui s’en occupe. Leur mariage tardif, issu d’une rencontre sur le tournage de Po di sangui, le film de Flora Gomes (Guinée-Bissau) où Mavros était producteur délégué et Oumou Sy costumière, fait lui aussi partie de la panoplie d’Oumou Sy : une connivence sans soumission au service d’un projet commun.
Si Oumou Sy fascine, c’est donc parce qu’elle puise sa force créatrice dans cet ensemble à la fois traditionnel et futuriste qui se résume en une recherche de dignité, non seulement pour elle-même mais pour le Continent.
Ce thème, la soirée d’Arte sur les belles Africaines l’égrène ensuite sur d’autres exemples.
Les mêmes réalisatrices Susan Chales de Beaulieu et Claudia Deja signent un 13 min. intitulé  » Beauté noire « , sorte de mosaïque tant graphique (écran partagé en deux, alliance de bouts d’interview, de photos et de danse) qu’idéologue confrontant la diversité de pensée de la beauté. L’écrivaine zimbabwéenne Yvonne Vera se détache, qui rappelle que la beauté n’est pas une idée simple et que la colonisation l’avait utilisée comme une arme de discrimination culturelle, dénigrant les scarifications, les coiffures et même la façon de faire l’amour des Africains comme non-civilisés. Copier-coller allant dans tous les sens, le film joue la multiplication des images pour transmettre un message simple : la beauté est affaire de culture.
 » La mode tendance Kenya « , un 29 min de Birgit Virnich, reprend avec l’exemple kenyan la problématique développée par Oumou Sy : l’invasion des vêtements bradés par l’Occident (souvent issus des dons recueillis par les organisations humanitaires) et que l’on retrouve à bas prix sur tous les marchés africains déstructure l’industrie ou l’artisanat local. Mais leur succès n’est pas seulement lié à leur prix : l’exemple d’une jeune mannequin qui rêve d’être sélectionnée par l’agence Elite installée au Kenya pour sélectionner des modèles montre à quel point les jeunes Africains dénigrent comme primitifs les vêtements traditionnels et s’alignent sur les critères occidentaux. La mode est alors un possible vecteur d’inversion des mentalités, lorsqu’elle intègre comme la styliste Sally Karago, des étoffes traditionnelles dans les créations contemporaines.
La soirée est complétée par un 52 min. de Karin Junger sur les négociantes en textile du Burkina Faso,  » A la mama Benz !  » qui décortique le pouvoir de la société hollandaise Vilnius sur le marché du textile ouest-africain. Fabriquées en Europe, les étoffes sont vendues sur place par d’habiles négociantes qui s’enrichissent et gagnent en influence, mais restent dépendantes de la firme, comme le montre une âpre négociation sur l’exclusivité des produits.
Tous à vos cassettes !

Oumou Sy, la grande dame de la mode africaine, documentaire de Susan Chales de Beaulieu et Claudia Deja (Allemagne, 2003, 52 min.).
La mode tendance Kenya, documentaire de Birgit Virnich (Allemagne, 2003, 29 min).
Beauté noire, documentaire de Susan Chales de Beaulieu et Claudia Deja (Allemagne, 2003, 13 min.).
A la mama Benz ! Négociantes en textile au Burkina Faso, documentaire de Karin Junger (Pays-Bas, 2002, 52 min.)
///Article N° : 3257

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