Brasileirinho

De Mika Kaurismäki

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Brasileirinho participe d’une double redécouverte. Non seulement l’Occident se branche sur des musiques à forte consonance traditionnelle tombées dans une relative désuétude en raison du désintérêt de la jeunesse locale et en fait des succès mondiaux (le plus bel exemple étant Buena vista social club avec la collaboration de Ray Cooder et Wim Wenders), mais aussi une frange de cette même jeunesse retrouve le chemin de musiques qui définissent son identité. Le film suit le Trio Madeira Brasil, un groupe de Rio qui manie la guitare comme trois dieux en jouant du choro (rythme issu à la fin du XIXème siècle du métissage des sonorités afro-brésiliennes et d’une interprétation mélancolique de la musique indienne avec, comme la biguine, les mélodies européennes telles que valses et polkas), avec une telle dextérité qu’on en resterait scotchés à son fauteuil si l’on n’était pas déjà à remuer des fesses. Car la magie de la musique joue ici encore à plein, à cette différence près que, comme dans son précédent documentaire qui se concentrait sur la samba Moro no Brasil, Mika Kaurismäki (frère aîné d’Aki, le célèbre réalisateur), nous frustre sans cesse en réduisant à portion congrue les morceaux de concerts. Il balade sa caméra sur les instruments comme sur des corps de beauté, multiplie les gros plans et les angles « originaux », mais rate par la même occasion la distance qui permettrait de rentrer de son plein gré dans le film et d’y adhérer vraiment. Tous ces musiciens sont merveilleux de passion et de maîtrise mais un montage morcelant tant la musique que leur propos essentiellement centré autour de leur passion et finalement assez limité parce que très éclaté empêche une véritable familiarité de s’installer. Les musiciens se répondent en écho, apportent quelques précisions ou échangent entre eux, et le film évolue ainsi de la définition du choro à ses mariages avec la samba et ses influences sur la bossa-nova avant de se concentrer sur la chanson (« le candomble dans l’arrière-cour, la samba dans la cour et le choro dans le salon », dit l’un des interlocuteurs). On voudrait adhérer à ce beau voyage mais on ne reste finalement que des touristes aux oreilles grandes ouvertes. Ce n’est déjà pas si mal et le périple vaut le détour. Il faut voir ce théâtre entier chanter par cœur « Mon cœur ! » sur la musique d’un Yamandú seul en scène et qui n’a même pas besoin de lancer les strophes ! Tant le choro (le « pleur », en portugais) n’est pas seulement une musique jouée sur des instruments parfois étonnants comme la guitare à sept cordes ou le cavaquinho (petite guitare à 4 cordes) mais il se chante et se danse, comme en témoigne le beau morceau final « Baraque de favela ». Le film se termine par un soleil couchant sur des gamins dansant sur la plage en contre-jour : on danse avec eux mais on aurait volontiers échangé le chromo contre une esthétique qui magnifie vraiment cette magnifique musique.

http://www.editionsmontparnasse.fr/brasil////Article N° : 3951

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Les images de l'article
Trio Madeira Brasil Show
Rio Penha
Yamandú + Carlinhos




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