Coup de coeur Littérature sur TV5 : Une saison au Tarmac

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Chaque 15 jours, Africultures propose son coup de coeur littéraire dans le Journal Afrique sur TV5 monde. Le 8 juin, alors que le théâtre Le Tarmac à Paris, scène dédiée aux écritures et dramaturgies francophones, est menacé de disparition, Virginie Brinker présente sa dernière publication ; un recueil de trois pièces de théâtre signées par trois auteurs africains. 

 

Trois textes

Il s’agit de Comme un goût de sang, une pièce de Eric Delphin Kwégoué, dramaturge congolais, qui aborde frontalement le thème du terrorisme en mettant en scène le personnage de Jean-Jules, membre de Boko Haram ; Arènes intérieures de Kokouvi Dzifa Galley, dramaturge togolais, qui nous fait entendre la voix d’un jeune homme s’apprêtant à se livrer à un combat rituel pour reconquérir la gloire de sa lignée ; et enfin Que ta volonté soit Kin de Sinzo Aanza, jeune dramaturge né à Goma, peignant un tableau de la nuit kinoise à travers le portrait de deux femmes qui se partagent un bout de trottoir, racontent des histoires et s’en racontent.

Le pouvoir du théâtre et de la parole au coeur de ces trois textes

Chaque pièce nous donne à lire le pouvoir d’une métamorphose, permise par le théâtre, parce qu’au théâtre la parole est action et que cette croyance permet au théâtre de réinventer le monde et de nous donner la force de le faire. Cela passe par un traitement de la parole très singulier.

Par exemple, dans Comme un goût de sang, il y a le dialogue du couple que Jean-Jules forme avec sa femme Danielle, qui essaie de le raisonner. Ces échanges passent par une langue dense qui nous plonge dans une horreur brute, celle des exactions intégristes, et, à côté de cela, il y a une autre voix, presque prophétique, qui vitupère et dénonce tour à tour la démagogie des discours pseudo-religieux qui prolifèrent, la corruption politique et économique planétaire, jusqu’à ce solder par une voix d’enfant qui fait jurer au public d’ériger l’éducation en valeur absolue… et le public jure ! C’est une véritable profession de foi (au sens précisément religieux) qui s’exerce ici, représentant le pouvoir de métamorphose du théâtre.

Arènes intérieures présente une sorte de parole « au bord » de l’action, au sens où on ne verra rien du combat – simplement évoqué par la didascalie « Noir » au milieu du texte – car le monologue de Tchaaaa correspond au prélude du combat mais aussi à son épilogue. Mais si cette parole est comme « au bord » de l’action, c’est précisément parce qu’elle est action elle-même et donne à entendre la métamorphose du jeune homme, qui nous livre ses ambitions et ses craintes, ses audaces et ses défaites, son échec et sa souffrance, pendant ce combat rituel qui, malgré la défaite, fait de lui un homme. Chez Sinzo Aanza, c’est la question de la force de l’imagination face à un quotidien sordide et difficile qui est posée, dans une pièce à mi-chemin entre poésie, conte et farce, qui met en scène, Lily et Sophie, deux femmes gouailleuses et un peu fées. Elles parviendront, par la magie du théâtre, à plier le réel (représenté dans la pièce par l’intrusion de voix, d’une sorte de brouhaha de la ville) à leur désir, faisant même d’un représentant des forces de l’ordre, le Capitaine Pilate, le Michel tant aimé et disparu de Sophie.

Des textes lauréats du Comité de lecture du théâtre Le Tarmac

Ces textes ont été découverts et lus dans le cadre du comité de lecture du Tarmac, le théâtre dédié aux créations francophones contemporaines à Paris, dont le ministère a décidé de la fermeture. Or, à côté d’une salle de spectacle, ce théâtre est également un lieu-ressource qui reçoit une centaine de manuscrits par saison, accompagne et fait connaître des auteurs émergents du monde entier, et notamment du Continent africain, devenus parfois des figures majeures de la création théâtrale d’aujourd’hui comme Dieudonné Niangouna, Julien Mabiala Bissila ou encore Hakim Bah.

 


 

 

 

 

 

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