De l’habitat collectif à l’individuel

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Le programme de réhabilitation des foyers avance. Il transforme, depuis une dizaine d’années, cet habitat collectif ancien en logements individuels. Une avancée certes, mais non dénuée d’inquiétudes. Rencontre avec le collectif pour l’avenir des foyers (Copaf).

« Nous examinerons attentivement la proposition de loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (Alur) de la ministre du Logement [1] ». Membre historique du collectif pour l’avenir des foyers (Copaf),Michael Hoare espère du concret de la part du gouvernement. Car si quarante années de militantisme ont fini par blanchir sa barbe, elles n’ont pas suffi à satisfaire ses revendications. Beaucoup des luttes du Copaf restent d’actualité et des mouvements comme l’association Droit au logement (Dal) en sont désormais solidaires. Aujourd’hui, l’enjeu est de s’assurer que les résidents soient associés au Plan de traitement des foyers de travailleurs migrants. Sorte de plan Marshall initié en 1997, il prendra fin le 31 décembre prochain. Ce programme vise à reconstruire 326 foyers prioritaires de l’Hexagone, sur un nouveau modèle d’habitat : la résidence sociale. Des studios autonomes en lieu et place des chambres collectives. L’espace privatif et l’intimité ayant toujours cruellement manqué aux habitants. Avec pour optique la « mixité sociale », la résidence accueille aussi des populations françaises précarisées, en « insertion ».
Espaces communs
Cette transformation de l’habitat semble toutefois se faire au détriment des espaces communs comme la cuisine et la salle de prière. Des endroits de partage importants pour les travailleurs et retraités, éloignés de leurs familles. « Malheureusement, je n’ai pas l’impression que les résidents sont suffisamment associés au travail de réhabilitation », regrette Michael. Aussi, pour qu’ils puissent porter leurs revendications, le Copaf accompagne et forme, si besoin, les résidents. La coordination des foyers de Plaine Commune ou la coordination des foyers Aftam [2]ont déjà acquis cette légitimité face aux gestionnaires des foyers et aux pouvoirs publics.
Devenir locataire
Outre la réflexion sur le travail de réhabilitation, le Copaf se mobilise sur la question du statut des résidents des foyers. Déjà dans les années 1970, au moment des grèves des foyers Sonacotral, ils réclamaient un statut de locataire qui les autoriserait à héberger un tiers (voir article p.19). Une demande restée lettre morte à ce jour. Ces mobilisations marquent d’ailleurs les prémices du Copaf qui se structure en 1996, en réaction au rapport du député Henri Cuq. Dénonçant à juste titre le délabrement de nombreux foyers mais jugé stigmatisant envers les habitants, ce rapport préconisait alors la destruction de foyers dépeints comme lieux d’une « organisation communautaire non soumise aux lois de la République » [3]. Seize ans plus tard, les débats sur le devenir des foyers demeurent vifs. Entre mode de vie individuel et collectif, ils projettent le regard que la société française porte sur ces habitants, dits « d’ailleurs « , malgré le fait que certains aient la nationalité française. « Aujourd’hui, on parle d’intégration à tout va. Mais être intégré signifie-t-il être seul le soir dans un studio, devant sa télévision ? », ironise ainsi Michael Hoare.

///Article N° : 12450

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